La France estivale est devenue celle du pire ! Chaque année le scénario est le même : la météo est la pire que l’on ait connue, la baisse de fréquentation des commerce est la pire depuis très longtemps, le comportement des touristes est le pire qui puisse être supporté, le niveau élevé des prix est le pire que l’ait eu à supporter et les récoltes n’ont jamais été pires dans l’histoire de l’agriculture. Bref l’été est une véritable catastrophe sur le territoire national. Les journalistes stagiaires vont chaque été de pire en pire pour brosser les résultats économiques et sociaux d’une période de « marronniers » intensifs.
Je ne vous dis pas quel sera le bilan dressé pour celui que nous traversons avec ses guerres, ses atrocités, ses lâchetés, ses révoltes, ses cataclysmes climatiques, ses pluies diluviennes et ses menaces de rentrée encore pire que toutes les autres. En fait pour la première fois depuis belle lurette un gouvernement prévoit même que ces mois de juillet et d’août seront idylliques par rapport à ceux qui attendent les vacanciers décontractés. On écrit même que les ministres seraient « tétanisés » (sic) par un mois de septembre pire que pire ! Pour peu qu’ils pleuvent à verses et le moral des Français qui serait au niveau le plus bas jamais constaté ressemblerait au plat pays de Jacques Brel avec la terre de la réalité qui se confondrait avec le ciel de l’espoir.
En fait question météo il y eut en 1816 le plus terrible été de l’histoire. On ne connaîtra sûrement jamais pire sauf que les vacances et les congés n’existaient pas et que la résignation régnait sur les peuples. L’Europe, qui ne s’était pas encore rétablie suite aux guerres napoléoniennes qui avaient ravagé tant de pays connut une famine. Des émeutes de subsistance éclatèrent en Grande-Bretagne et en France, et les magasins de grains furent pillés. La violence fut la pire en Suisse pays privé d’accès à la mer, où la famine força le gouvernement à déclarer l’état d’urgence. Des tempêtes d’une rare violence, une pluviosité anormale avec débordement des grands fleuves d’Europe (y compris le Rhin) furent rien à coté du gel survenu en août 1816. En fait la cause en fut une éruption volcanique qui perturba l’équilibre climatique planétaire.
Désormais il suffit de peu de chose pour que les commentaires soient toujours plus catastrophistes… d’année en année. Les étés se suivent et ne se ressemblent pas. C’est la seule certitude. Alors que 2013 a été l’une des années les plus chaudes depuis 1950, le mois de juillet 2014 a été exceptionnellement pluvieux et orageux. Selon Météo France, il s’agit même du mois de juillet le plus arrosé depuis 1959… et selon les prévisions ce sera encore le cas en août ! Mais peut on parler de drame national quand la canicule de 2003 qui n’avait eu comme seule concurrente celle de 1947. Chaque fois un seul qualificatif revient : pire ! Pire vous dis-je !
Il n’y a jamais eu un été durant lequel les récoltes aient été globalement parfaites. Tardives une année car non matures, impossibles une autre en raison de la pluviométrie, peu productives car liées à la sécheresse : la seule certitude que l’on peut avoir, c’est que si par le plus grand des hasards tout va bien le silence constitue le révélateur des réussites commun à toutes les spécialités. Durant des siècles on ne craignait pas les surplus de blé, d’orge, de seigle, de fruits ou de légumes mais la famine comme on ne parlait pas des dangers du virus Ebola mais de la peste qui avait somme toute, les mêmes effets. Il y a 700 ans débutait en été la pire période de l’histoire du peuple de France. Jusqu’en 1317 on a par exemple une série d’années froides et pluvieuses caractéristiques, qui culmine avec la famine de pluie de 1315, récoltes inférieures de jusqu’à 50 % à l’année commune, une des plus importantes du dernier millénaire. Entre 5 et 10 % au moins de la population française est passé de vie à trépas cet année là !
De tous temps les étés ont été orageux, pluvieux, caniculaires, froids, ensoleillés, tristes, heureux mais il n’y avait pas quotidiennement des exégètes pour faire l’analyse. Le pire est toujours celui qui finit car il ne porte jamais tous les espoirs que l’on a mis en lui. Et c’est une constante française valable dans tous les domaines, même en politique. La société de consommation est à son apogée : on achète du soleil comme la crème qui en protège et on souhaite avoir de la pluie en soldes quand elle est utile. L’été doit être parfait et correspondre aux aspirations de toutes celles et tous ceux qui le traversent. Et comme elles sont contradictoires il est donc condamné à être le pire pour tous !