La gauche a subi, dimanche 7 décembre, sa douzième défaite lors d’une élection législative partielle en moins de deux ans. Il s’agissait cette fois du premier tour de l’élection dans la 3e circonscription de l’Aube, organisée pour remplacer François Baroin, devenu sénateur et président de l’Association des Maires de France. L’UMP Gérard Menuel, arrivé en tête avec 40,76 % des suffrages du premier tour, marqué par une forte abstention, affrontera au second le candidat du Front national, Bruno Subtil (27,64 %). Le candidat socialiste, Olivier Girardin (14,69 %, soit un recul de 14 points pour le PS par rapport à 2012), est devancé dans tous les cantons par le FN, sauf dans celui de La Chapelle-Saint-Luc, dont il est maire et où il arrive en tête. Une preuve s’il en fallait encore une que le discrédit du PS est national mais pas local quand les électrices et les électeurs connaissent le candidat. En fait les gens confondent partout la dimension locale de la politique et celle conduite par le gouvernement. On peut encore dans ce pays gérer selon les valeurs de gauche une commune, un conseil général et même une région sans qu’il y ait un lien avec les errements reprochés au Président de la République. Cette chape de plomb pèse lourdement sur les prochaines élections cantonales car elle risque de détruire des acquis girondins précieux.
La majorité actuelle du conseil général est fortement « départementaliste » et il faut la conforter, la maintenir, la développer afin de donner un signe fort aux éventuels pourfendeurs de l’échelon départemental. Pour ma part je n’ai cessé depuis plus de 4 ans de combattre par exemple la métropolisation souhaitée par les leaders du RPR de la Communauté Urbaine de Bordeaux. D’ailleurs doit on rappeler que Alain Juppé (JDD du 18 mai 2014) a salué la volonté du gouvernement de réformer le millefeuille territorial ? « Je milite pour la suppression des départements depuis 1998. À l’époque, ça m’a valu une remontrance de la part de Jacques Chirac qui, en bon Corrézien, était un farouche départementaliste. » Il continue même si désormais il a fait un demi-tour complet à poursuivre ce but mais cette fois de manière plus adroite en tentant d’annexer le conseil départemental et en faire une colonie bordelaise ou métropolitaine en y installant une majorité UMP ! Ce sera l’enjeu essentiel des cantonales car les dégâts sur les valeurs socialistes de solidarité humaine et territoriale seront alors irrémédiables et toucheront très durement le quotidien de toutes les catégories sociales.
Or cette série de défaites « nationales » pourrait se poursuivre. En effet, la démission de Pierre Moscovici, nommé commissaire européen, de son mandat de député de la 4e circonscription du Doubs, va entraîner une nouvelle élection législative partielle les 1er et 8 février, pour laquelle l’UMP et le FN fourbissent leurs armes avec l’intention d’infliger un nouveau camouflet électoral à l’exécutif. En cas de défaite, le groupe socialiste, républicain et citoyen perdra la majorité absolue à l’Assemblée nationale (289 sièges). La sagesse consisterait à ne pas plonger l’organisation territoriale française dans le doute la même année où on la plonge dans le plus profond des désarrois sur le plan financier. Le seul problème c’est que les électrices et les électeurs qui sont intoxiqués par l’opinion dominante ne font plus de différence entre les échelons du pouvoir et réclament la suppression de ce qui fait leur confort. Ils pratiquent l’amalgame ou la généralisation voulant que toutes celles et tous ceux qui portent une étiquette socialiste soient responsables des contraintes de la politique nationale. Il paraît que 60 % des acheteurs de vin choisissent leur bouteille sur l’esthétique de l’étiquette… donc c’est devenu identique en matière électorale sauf que faute de trouver son bonheur dans ce domaine on s’abstient ou on opte pour les casseurs de bouteilles !
La globalisation ne touche pas que l’économie mais elle concerne aussi la démocratie. Elle se porte mal face à des phénomènes qui la dépassent et surtout elle n’arrive pas à percer la barrière despréjugés. Aucun des candidats du premier tour des législatives partielles de Troyes n’a atteint la barre de 12,5 % des inscrits pour se maintenir au second tour. Le candidat UM et son concurrent du front National sont « repêchés » l’un et l’autre.
«On n’arrive pas à parler aux Français de leur avenir», constate Olivier Girardin le candidat malheureux du PS prophète en son canton mais pas au-delà. . « La crise frappe tellement fort qu’il y a une déconnexion totale entre ce que nous produisons comme discours et la manière dont le ressentent les Français.» Il est lucide comme toutes les femmes et les hommes de terrain mais sa parole ne dépassera pas les limites de son fief électoral !
En ce qui me concerne je n’approuve ou désapprouve une décision nationale qu’en fonction des valeurs qui sont les miennes. Comme je l’ai toujours fait depuis des décennies. Je me réserve le droit personnel à la différence et à la sincérité. Et si les électeurs sont souvent d’accord avec cette méthode de pensée…ils jugeront l’homme et ses valeurs avant l’étiquette !