La laïcité est certainement un vrai trésor d’avenir pour la société française. Elle n’a pas de prix tellement elle pourrait constituer un vrai rempart contre l’angoissante montée des communautarismes en tous genres. Or, faute d’être capables de la protéger et de l’appliquer avec intransigeance, nous finirons par « assassiner » une valeur républicaine spécifique. Elle périclite déjà rongée par l’ignorance citoyenne et plus encore pulvérisée par un système médiatique tenant de l’opinion dominante toute faite. En remettant à la justice le soin de trancher ce qui relève de l’application de la loi on va vers de graves désillusions. La laïcité c’est en effet essentiellement un état d’esprit et surtout pas une règle. Cette dernière découle de l’application de la loi de 1905 ! Le cas des crèches dans des lieux publics va certainement aggravé la situation. Déjà on entend les « traditionnalistes » ou même les « intégristes » se réjouir de la décision du Tribunal administratif de Montpellier en se basant sur un ersatz de jugement reposant, comme toujours sur la forme mais pas sur le fond ! Et bien entendu les télés perroquets et quelques journaux complaisants vont transformer en victoire ce qui n’est qu’un épisode malencontreux d’une fausse querelle.

La ligue des droits de l’homme (LDH) de Béziers voulait en effet faire interdire en référé (c’est le plus important!) l’installation d’une crèche dans l’hôtel de ville biterrois par le grand ami de marine Le Pen, l’ex-journaliste Robert Ménard. Le référé portait sur le fait que cette installation constituait un « trouble à l’ordre public », interprétation très abstraite de la laïcité qui ne peut en aucune sorte préserver de manifestations dangereuses pour le plus grand nombre. Le Tribunal a ajouté que manquait une preuve de l’atteinte « aux principes de laïcité et de neutralité ». Bien entendu il s’agit d’une interprétation stricto sensu des textes en vigueur sur la « dangerosité » d’une telle provocation. A Nantes pourtant, le tribunal administratif a exigé qu’une crèche soit retirée du hall du Conseil général de Vendée… et comme le veut une « tradition » bien française on finira au Conseil d’Etat dans de longues années afin que les juges donnent un sens à une loi datant d’un siècle ou presque.

L’article 28 de la loi de séparation de l’église et de l’Etat est Pourtant très claire : pas d’emblème religieux en quelque emplacement public que ce soit. La mairie de Béziers mélange ce qui est public et ce qui doit rester privé. La religion doit rester dans le domaine du privé. La laïcité, c’est respecter le fait que chacun puisse avoir une crèche chez soi. Ce n’est pas de favoriser une religion par rapport aux autres. La laïcité c’est permettre le libre exercice d’une religion mais jamais le fait que l’on impose avec les moyens publics une « vision » religieuse aux autres. L’application de cet article ne peut pas être interprétée au nom de la « tradition culturelle » puisqu’il s’agit d’une référence « cultuelle ». Laisser accroire que c’est en accueillant tous les symboles religieux dans une espace public que l’on est laïque c’est tout simplement travestir les principes républicains pour dresser justement des parties de la population les unes contre les autres. Que faire vis à vis d’une demande des sectes plus ou moins identifiées ? Comment autoriser les unes et pas les autres ? De quelle tradition parle-t-on ? Doit-on dresser une liste des rendez-vous agréés ? Qui a le monopole du choix ? Une mairie, une école publique, n’est pas le lieu où les religions doivent être représentées, quand bien même elles auraient une certaine importance sociologique. Elles doivent rester dans le domaine du privé, relever de leur propre choix, de leur responsabilité. Un Maire ne peut pas s’arroger le droit d’engager les autres autour de symboles clairs de la religion sauf à vouloir se faire de la publicité. La LDH est tombée selon moi dans le panneau tendu par un élu connaissant parfaitement le système médiatique qu’il a exploité à son profit pour se construire au nom de grands principes une notoriété que ne lui donnait pas l’exercice de son métier. Cette initiative venant de lui aurait un retentissement particulier et qu’il en tirerait un bénéfice politicien. Et il a réussi ! Maintenant peu importe pour lui que dans plusieurs mois sa « faute » soit reconnue et condamnée. D’ici là il aura inventé une nouvelle provocation !

En fait le véritable risque est de faire basculer la société dans une partition sur la base de religions toutes plus dangereuses les uns que les autres par le fait qu’elles ne veulent pas ou ne peuvent pas exclure les extrémistes se présentant justement comme des exemples pour les plus tièdes ! Le vivre ensemble est menacé par des initiatives anodines de ce type qui peu à peu sapent le pouvoir républicain fragilisé par sa faiblesse à faire simplement appliquer la loi. Attendons la prochaine fête religieuse ou « sectaire » du calendrier pour vérifier que bien d’autres utilisations du « chiffon religieux » vont fleurir  Encore une fois on ira demander à la justice de juger une atteinte aux valeurs ce qui n’est absolument pas son rôle!