Dans un entretien à Sud Ouest (1) Alain Juppé s’interroge sur les raisons pour lesquelles les Françaises et les Français risquent de voter beaucoup plus largement que prévu pour le FN. Il reconnaît implicitement qu’il n’a aucune solution et que le matraquage de slogans simplistes fait son effet dans une population déboussolée politiquement. « Le FN est un parti attrape-tout »…explique-t-il sans avancer de solutions. « Nous devons convaincre les électeurs du FN -qui le plus souvent n’adhèrent pas à ses thèses- qu’il est aussi dangereux pour leurs intérêts ». Toujours pas de solutions face à une pression médiatique entretenue par des déclarations ambiguës constantes de membres de l’UMP ayant choisi le « ni…ni… » comme réponse pour convaincre les électeurs de faire barrage aux idées du Bleu Marine !
D’ailleurs avec cynisme en conclusion de son interview il annonce froidement à propos des cantonales : « il faut absolument que nous arrivions en tête et là la question «…ni…ni » ne se posera pas . Aucun de nos candidats ne refusera les voix socialistes.(sic) » la situation qui évitera la mise en évidence de la difficulté de l’UMP de se positionner dans la cas inverse. Tout Juppé est dans ce constat : les gens de gauche peuvent aisément servir de force d’appoint à la Droite face au FN mais l’inverse n’est en rien assuré car il ne maîtrise pas le parti. Et dans le fond c’est révélateur du mépris que l’on cultive à l’égard des « socialistes » et leur électorat mou au sein de son parti ! Bien évidemment cet entretien avec Sud-Ouest ne comptera pas dans les équilibres politiques du grand quotidien républicain même si ces déclarations sont liées aux élections départementales en… Gironde et non pas aux enjeux nationaux !
Alain Juppé part avec un avantage certain puisque la Gauche aborde le rendez-vous en ordre dispersé (on parle de 5 ou 6 candidatures sur le canton de Talence!) ce qui permet effectivement aux troupes juppéistes de terminer à l’une des deux premières places qualificatives contre le FN au second tour ! Il y a en effet peu de chances, selon toutes les prévisions dont j’ai eu connaissance  qu’il n’y ait pas d’élus validés au premier tour (abstention annoncée à 60 %) dans les deux camps ce qui va conduire à pléthore de duels… Il faut alors reposer la question essentielle : quelle sera la position de l’UMP si un soutien explicite aux candidats socialistes permet au PS de conserver la majorité au sein de l’assemblée départementale ? Il vaudrait mieux ne pas trop se faire d’illusion dans cette situation si l’on se réfère à l’étude qui vient de sortir après le second tour de la législative partielle de la 4° circonscription du Doubs.
Dans une étude le chercheur Joël Gombin affirme que près de la moitié des électeurs ayant voté pour l’UMP au premier tour de la législative partielle du Doubs se sont reportés vers le FN au second tour, contre seulement un quart en faveur du PS. Le « ni…ni… » conduit à cette réalité. Selon lui : « la moitié environ des électeurs ayant choisi l’UMP au premier tour se sont portés sur la candidate frontiste au second tour. Un quart ont choisi le candidat socialiste ; le dernier quart s’est abstenu ou a voté blanc ou nul ». Et maintenant Alain Juppé annonce triomphalement que si les candidats UMP sont en tête les… socialistes voteront pour eux ? C’est ce qu’il appelle certainement la « Gironde qui…positive ! »
Joël Gombin évoque clairement « la fusion, relative certes, mais bien avancée, des électorats de l’UMP et du FN » et estime que l’on ne peut « guère parler de succès du rassemblement républicain ». Il estime également que « le FN n’aurait guère mobilisé de nouveaux électeurs entre les deux tours, à peine plus de 4 % des abstentionnistes du premier tour » et note que « la progression de 16 points enregistrée entre les deux tours par la candidate frontiste n’a rien d’exceptionnel ». Il affirme avoir « observé des progressions du même ordre, souvent même supérieures, à peu près chaque fois que le FN s’est retrouvé en duel au second tour d’une élection législative en 2012 et depuis, et ce, quel que soit son adversaire ».
En fait ce sont les abstentionnistes qui ont sauvé le PS en se ressaisissant face à la responsabilité qu’il prendrait en laissant élire un député frontiste. Le chercheur estime que la victoire du candidat socialiste Frédéric Barbier « devrait beaucoup à sa capacité à mobiliser de nouveaux électeurs : pas moins de 17 % des abstentionnistes du premier tour auraient voté en sa faveur au second tour. Si ce calcul scientifique est exact, ces nouveaux électeurs (environ 6 800) auraient même été plus nombreux que ceux qui ont voté pour le candidat socialiste aux deux tours (5 200) ! Les électeurs de Charles Demouge (UMP) ayant choisi Barbier au second tour ne seraient, eux, que quelque 1 750… A méditer en relisant la page Juppé dans Sud Ouest !
(1) SUD-OUEST 13 février 2015 page 5