C’est parti ! En pleine crise liée aux attentats dont on ne cesse de ressasser qu’ils ont une imprégnation religieuse intégriste on nous ressert le couvert sur la contestation du caractère laïque de la gestion publique déléguée temporairement à une femme ou un homme par un électorat forcément divers. Pour avoir eu le malheur d’éditer un « vade-mecum » sur ce sujet diffusé auprès de ses adhérents l’Association des Maires de France s’offre une belle polémique avec toute l’extrême-droite de l’échiquier politique français. Les tenants d’une laïcité à géométrie variable c’est à dire applicable selon son choix à une religion et pas à une autre montent en première ligne. Ils inventent la laïcité ségrégative !
On retrouve ainsi associés dans une critique véhémente de ce document les maires du Front National et des élus nationaux comme Hervé Mariton ou Philippe Gosselin issus de la droite de la droite classique. Ils accusent de tous les mots une association pourtant pluraliste présidée par François Baroin issu des rangs de l’ex-UMP ! « Nous partageons la valeur de laïcité dans la République, mais nous refusons qu’elle s’exprime dans un sentiment antireligieux. L’époque n’est pas au déracinement de nos concitoyens dans une ‘émancipation’ militante. Un élu n’est pas désincarné et n’a pas de raison de cacher ses convictions religieuses , s’il souhaite les exprimer respectueusement de celles des autres » expliquent doctement ces parlementaires qui tordent ainsi le cou à l’une des valeurs républicaines essentielles en ces moments difficiles. Une déclaration qui donne un boulevard à tous les intégristes !
En fait ils jouent sur une ambiguïté permanente en vogue depuis quelques années qui confond la conviction personnelle d’une femme ou d’un homme et le rôle que lui ont confié les électrices et les électeurs. L’AMF prend soin de bien distinguer les deux aspects de la vie sociale. l’AMF précise d’ailleurs qu’il ne retirera pas son vade-mecum. « Il ne s’agit que de recommandations aux maires par rapport à la législation ou de la jurisprudence. L’AMF n’intervient pas sur le fond, n’impose rien mais formule des conseils afin que les maires puissent faire face, dans certains cas, à une instabilité juridique. » Elle donne une véritable définition de la laïcité tellement malmenée par justement tous les interprètes zélés de ce qu’ils appellent (toujours au nom de leurs convictions personnelles) la liberté religieuse ! Plusieurs dispositions font réagir ces élus qui oublient qu’ainsi ils ouvrent la porte à absolument tous les abus commis par d’autres.
Le document de l’AMF insiste fortement sur le fait que « les élus, et tout particulièrement les maires et leurs adjoints, se doivent d’adopter une attitude personnelle neutre et laïque dans l’exercice de leurs fonctions ». Où est le problème ? Un musulman, un juif, un bouddhiste, un catholique, un membre d’une secte (il y en a qui exerce leur mandat discrètement) se doivent de « s’abstenir de faire montre de leurs propres convictions religieuses ou philosophiques. (…) Dans ce cadre, la participation à des cérémonies religieuses, en tant qu’élu, (c’est la considération la plus importante) devra se faire dans le strict respect de la neutralité républicaine, c’est-à-dire sans manifestation de sa propre croyance ou non-croyance ».
Depuis maintenant 32 ans de mandat électif je me suis strictement imposé ce principe en distinguant les manifestations où j’étais présent en tant qu’élu et celles où j’étais là entant qu’individu. Dans le premier cas je n’ai jamais témoigné du moindre signe de participation à un office de quelque confession que ce soit et pour ne pas qu’il y ait d’ambiguïté j’allais dans la manifestation ceint de mon écharpe.
Les anti-laïques (oui ça existe!) illustrent leur hostilité à ce principe par un questionnement absurde car détaché de ces deux postures ordinaires de la vie : « Ça signifie qu’un élu catholique qui irait à l’enterrement d’un autre élu n’aurait pas le droit de se signer? » Se poserait-on avec le même principe si l’élu en question était présent aux obsèques d’un musulman ? Je ne lui reconnaîtrais pas le droit de se prosterner au prétexte que l’élu décédé est honoré par un imam dans une mosquée.
Un Maire est en effet un représentant direct de la République. S’il est présent à ce titre l’AMF a raison de lui conseiller de ne pas effectuer le signe de croix, de ne pas mettre une kippa, de ne pas faire tout signe religieux qui engagerait sa fonction. Par contre personnellement or de sa fonction il est en droit de s’associer à ce qu’il pense relever de ses convictions ! Rappelons d’ailleurs à ces élus anti-laïques que l’église dans laquelle se trouve un Maire est un bien public qui appartient à la collectivité qu’il représente et qu’il doit à cet égard toujours se faire respecter par son attitude.
En ce qui me concerne quel que soit l’édifice religieux où je me trouve je me refuse à participer aux rites religieux. Je considère simplement que je dois le respect aux gens qui s’y associent et je leur dois le respect. Il m’est arrivé d’être pour un ami, pour une cérémonie, dans un temple, une mosquée, une synagogue, à un enterrement civil et de me considérer comme totalement libre de participer ou pas.
Autre règle émise par l’AMF qui énerve ces élus du XIX° siècle: celle selon laquelle « une commune ne saurait subventionner une manifestation dont le caractère cultuel est affirmé, même si elle est traditionnelle et accompagnée d’actions culturelles ou festives ». 
Et immédiatement la caricature du « bouffeur de curés » resurgit : « A quand l’interdiction de la procession votive, pendant nos Bravades à Cogolin et à Fréjus? Les élus du Front national défendent avec fermeté le principe de laïcité, mais ils n’ignorent pas l’histoire (sic). Il est incontestable que, le christianisme est une expression de la culture française (sic) », s’insurge le F.N illustrant ainsi de manière terrible une « laïcité ségrégative » justement portée par des comportements variables. Une polémique bien inutile mais que les « crèches dans les bâtiments publics » ravivent surtout… moins de 15 jours avant un scrutin ! Dramatique ! La laïcité ne s’adapte pas selon l’Histoire : c’est une loi de la République et à ce titre elle doit simplement être respectée! Il ne peut pas y avoir d’égalité, de fraternité et de liberté sans elle !