Le 19 juin 2010, il y a plus de 5 ans Créon commémorait le 19 juin 1960 et le jour où 300 000 délégués des départements étaient réunis à Vincennes pour prêter serment « de manifester, en toutes circonstances et en tous lieux, notre irréductible opposition à la loi Debré, contraire à l’évolution historique de la Nation » qui ouvrait la brèche dans la laïcité de l’État, et un demi-siècle plus tard, nous constatons qu’elle a conduit à une inquiétante dérive. En cette occasion la municipalité de Créon plantait le premier arbre girondin et l’un des premiers en France « Arbre de la laïcité » et réclamait que le 9 décembre soit proclamée journée nationale de la laïcité.
Comme les fondateurs de la République le firent en plantant des « arbres de la liberté » (généralement un peuplier) en 1792, pour fêter la liberté conquise, dans chaque commune. Ces arbres furent en grande partie abattus ou déracinés à la restauration, sur l’ordre de Louis XVIII. Avec la Révolution de février 1848, le peuple replanta « l’arbre de la liberté », démontrant ainsi que le combat pour une République, respectueuse de ses valeurs n’est jamais fini. On peut mesurer actuellement, en cette semaine cruciale pour une certaine idée de notre pays du vivre ensemble l’importance de cette première cérémonie lançant un mouvement qui a récemment débouché sur des recommandations de l’Association des Maires de France
Aujourd’hui sous l’égide du Comité des arbres de la laïcité repris et développé dans le Département par Marie-Christine Darmian a été replanté celui de Bordeaux scié à la base par des intégristes et un autre a été mis en terre à Le Taillan. Des gestes symboliques dont on ne mesure pas l’importance dans une société de l’indifférence.
En fait il est utile de rappeler le combat mené par Aristide Briand jeune député de 43 ans comme rapporteur de la loi séparant « l’église et l’Etat » alors qu’il serait plus juste de lui donner comme objectif « la séparation entre les religions et l’Etat » puisqu’elle s’applique aux quatre confessions alors représentées en France : le catholicisme, la confession d’Augsbourg (les protestants luthériens), les réformés (les protestants calvinistes) et les israélites. Elle clôture 25 ans de tensions entre la République et l’Église catholique, l’un et l’autre se disputant le magistère moral sur la société. En est-il vraiment autrement à notre époque quand on se souvient des manifestations de ces deux dernières années sur des sujets sociétaux ? Pas certain !
Depuis peu s’est rajoutée même une confusion dramatique mais sélective entre appartenance religieuse et vie collective. Avec la loi de 1905, la France est devenue un État laïc : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». La loi met fin au régime concordataire mis en place en 1802. Sous le concordat, l’État reconnaissait quatre cultes (catholique, réformé, luthérien, israélite) qui étaient organisés et financés dans le cadre du droit public. La loi de 1905 supprime le régime des cultes reconnus : il n’y a plus de religion recevant une consécration légale et tous les cultes sont sur un pied d’égalité.
Autre volet de la loi de 1905, son article 1er reconnaît la liberté religieuse : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public ». Elle prolonge ainsi l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui consacre la liberté d’opinion, même religieuse. Avec la Constitution de 1958, la laïcité, principe qui établit, sur le fondement d’une séparation rigoureuse entre l’ordre des affaires publiques et le domaine des activités à caractère privé, la neutralité absolue de l’Etat en matière religieuse. est devenue un principe à valeur constitutionnelle : »La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »
Or alors que la République devrait fêter le 110e anniversaire cette loi fondatrice de la liberté, de l’égalité et de la fraternité un sondage affolant est sorti. Seulement 48 % des sondés jugent ce texte « équitable » (-6 points en dix ans) tandis que 38 % l’estiment dépassé (-8 points). Ils sont paradoxalement 59 % à le trouver « utile » (-6 points) et seule la moitié des sondés (51 %) sait que les relations entre l’État et les cultes sont régies par une loi, proportion qui progresse néanmoins de 12 points en dix ans. Désastreux ! Plus de huit personnes interrogées sur dix (81 %) estiment que la laïcité est plutôt ou tout à fait en danger en France (+23 points en dix ans) mais on ne sait vraiment pas qui est visé par cette prise de position..
Parmi ces sondés, 43 % (+3 points) justifient leur réponse en affirmant qu’« il y a de plus en plus de personnes qui portent des signes religieux ostensibles » (sic) et 34 % (+13 points) « parce que certains veulent que l’État subventionne la construction de mosquées » (deux réponses possibles). Plus de huit sondés sur dix également (81 %) considèrent que ce serait une bonne chose « d’interdire le port de signes religieux ostensibles aux accompagnateurs bénévoles de sorties scolaires » et 64 % de « proposer des menus diversifiés dans les cantines publiques, sans céder aux revendications communautaires ». Une large majorité (87 %, +8 points) considère que la laïcité à l’école est quelque chose d’assez ou de très important et ils sont 85 % à être plutôt ou tout à fait favorables à la loi de 2004 interdisant le port de signes religieux ostensibles par les élèves dans les établissements scolaires publics, un chiffre en hausse de 30 points par rapport à octobre 2003. Le FN a de beaux jours devant lui car les non-dits ou les sous-entendus dans ce sondage sont les reflets d’un détournement raciste de la loi de 1905. Il y a DONC encore beaucoup d’arbres à planter… mais surtout un énorme travail d’éducation populaire citoyenne à effectuer.

Une réponse

  1. Cubitus

    La laïcité, tout le monde en parle et la plupart ne savent même pas réellement ce que c’est. De façon paradoxale et détournée, elle est devenue l’outil prétexte de l’intolérance. On la brandit à la moindre occasion pour justifier un racisme ou un ostracisme sous jacent. On l’oppose de façon très courageuse bien entendu à des enfants qui observent certaines pratiques alimentaires, les mêmes d’ailleurs qui installeront une crèche à Noël dans un bâtiment public au nom d’une tradition bien pratique. On l’oppose à une maman qui accompagne bénévolement des enfants lors d’une sortie scolaire parce qu’elle porte un foulard. Le comble a été atteint récemment quand une poignée d’excités irresponsables a conspué violemment la mère de l’un des militaires victimes de Merah qui faisait un exposé en faveur de la paix et du pardon dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale et la pauvre femme a dû se justifier qu’elle portait un foulard en signe de deuil ! Dégueulasse.
    Lorsque récemment, les professeurs de mon fils ont dit qu’il avait un esprit très ouvert et qu’il était très tolérant, j’étais très fier de lui, même si à côté il n’a pas de résultats scolaires extraordinaires. Je me suis dit que, malgré tout, je n’avais pas complètement perdu mon temps avec lui.

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