Les variations de température et surtout l’illusion donnée par des conditions météorologiques inhabituelles laissent accroire que le froid ne tue plus dans notre pays… En 2013 en France selon des statistiques extrêmement sérieuses il y avait eu 453 décès de sans domicile fixe. En 2014 on en a recensés 483 et en 2015 on a relevé 448 ayant 48,6 d’âge moyen ! Des nombres qui sont à mettre en rapport avec d’autres mettant toute notre société en émoi. On a déjà dépassé la vingtaine en 2016 mais le système médiatique déchaîné par la venue au sein de l’Assemblée nationale de la Vénus de Malibu, ignore tout de cette réalité qui se répète chaque hiver dans la plus grande indifférence collective. La société se lamente sur la terrible souffrance des oies devenues trop grasses ou celle des canards gras mais elle n’a pas une larme pour les femmes et les hommes qui dans la nuit meurent de faim ou de froid.
Ces victimes n’auront pas leur photo sur les magazines glacés, sur des sites dédiés et ne bénéficieront d’aucun hommage d’un Nation qui détourne le regard pour ne pas avoir à régler l’addition morale de leur disparition. Tous iront dans la fameux carré des indigents de quelques cimetières à condition que leur ville de décès en ait la volonté. La fosse commune n’existant plus on leur offrira un coin de terre meuble alors qu’ils ont vécu parfois des décennies sur le pavé dur et luisant. Les SDF ont aussi leur légende créée pour dédouaner les consciences ou pour tout simplement éviter de régler le problème.
Les hébergements nocturnes insuffisants étant parfois refusé pour des raisons diverses par certains d’entre eux la République solidaire s’en tire avec les honneurs dans ces cas mortels. Le froid venu une part de l’opinion s’émeut et les reportages se succèdent avec l’espoir que les associations finiront par trouver les subsides indispensables pour améliorer durant quelques semaines le sort de ces hommes des rues. Cet hiver un nouveau phénomène s’installe avec la présence dans les centres d’accueil de migrants ou de réfugiés à la dérive car dans des situations matérielles épouvantables. La France terre d’asile, pays des Droits de l’Homme mais aussi de plus en plus contrée où le parti recueillant le plus d’assentiments prône l’exclusion et la ségrégation sociale n’aime pas son hiver culpabilisateur.
Les soupes qualifiées de « populaires » ont certes disparu pour l’appellation plus élégante de restaurants ayant le cœur sur la table ou sur la main mais les files d’attente n’ont jamais été en ce moment aussi longues lors des distribution de nourriture. Mieux on en manque et on la rationne pour la réserver aux systèmes institutionnalisés qui ont bien du mal à assumer leur rôle. Davantage d’égoïsme, toujours plus de ratios de gestion, toujours ces vapeurs nauséabondes du racisme en augmentation…rendent tous les efforts inutiles. Il suffit qu’une mort soit « glorieuse » pour que l’opinion se réveille en sursaut et pour quelques heures. En fait alors que l’on meurt de froid les décideurs jouent paisiblement et sans honte à la patate chaude !
Sur France Bleu Isère, le président de l’association qui gère le 115,  estime par exemple à 900 le nombre de personnes qui dorment dans la rue ou dans des squats. Parmi ces personnes, il y a au moins 80 enfants  « de zéro à 16 ans ». Femmes seules avec leur progéniture, familles dont la présence sur le sol français est illégale, adolescents oubliés par le système figurent parmi ces statistiques affolantes. En France probablement que des milliers de gosses ou de jeunes (l’estimation serait de 35 000) recherchent un logement pérenne, errent seuls ou avec un parent alors que le grand froid n’est probablement pas encore arrivé. En cause une répartition des rôles entre les différentes structures publiques qui pour de vrais problèmes de fric mettent le frac des prestidigitateurs. En fait il faut bien reconnaître que la « catégorisation » de la misère ou de la pauvreté permet de laver les consciences à moindre prix.
La protection de l’enfance dépend du conseil départemental pour les « petits » jusqu’à 3 ans si l’on se fie aux nouvelles compétences. Pour le reste on parle de solidarité envers les femmes, les familles mais à condition qu’ils aient une existence légale dans le pays. En Gironde la vision de cette prise en charge est plus large et plus humaine mais elle connaît aussi ses limites. Dans la nuit de vendredi à samedi dernier tous les services du Conseil départemental disponibles ont été mobilisés pour sauver une jeune femme camerounaise en situation d’accoucher sur un trottoir bordelais… Nul n’en a parlé. Nul n’a osé le dire. Elle était sans papiers et donc en situation d’être expulsée. Une goutte de solidarité mêlant les travailleurs sociaux, les personnels de santé, les services sociaux dans un océan de besoins!
Le responsable isérois accuse pourtant les élus locaux de ne pas jouer leur rôle. « L’État a fait des efforts, une soixantaine de places supplémentaires sont financées mais on ne trouve pas de lieux d’accueil dans les communes. Les élus locaux n’ont pas la volonté de participer à cet accueil solidaire » constate celui dont le rôle est de trouver chaque nuit des lits. C’est vrai ! Dans certaines villes ou certaines communes la pression des idées toutes faites du FN est telle que même les logements sociaux qui ne le sont plus déchaînent les polémiques. Pourtant en 2014 au moins 15 enfants sont morts dans la rue en France ! Combien seront-ils cette année ? Qui s’y intéresse quand le débat porte sur la survie du foie gras, la réforme constitutionnelle, l’aide aux entreprises qui n’embaucheront jamais et les déclarations de Macron qui joue à écrire la fable du « patron courageux et du salarié jamais satisfait » ?