Depuis des années et des années le débat autour de l’énergie nucléaire agite la société sans qu’en véritable position soit trouvée. L’enjeu est maintes fois répétés : l’autonomie énergétique électrique du pays dépend essentiellement des centrales dont celle de Fessenheim dont on peut au moins douter de la fiabilité à plus ou moins long terme. Les terribles catastrophes déjà intervenues n’ont pas eu d’effets réels sur les analyses stratégiques à faire sauf en Allemagne ! Il y a fort à parier que dans une décennie la situation n’aura évolué qu’à la marge compte-tenu de l’état réel de la fourniture énergétique dans l’Hexagone. En effet un véritable bars de fer vient de s’engager entre EDF (en très mauvaise situation financière) et le gouvernement autour du coût du démantèlement de la centrale alsacienne.
L’indemnité liée à la fermeture anticipée avait été estimée d’abord à 4 milliards dans une enquête parlementaire puis ramené à 2,5 à 3 milliards d’euros par des experts. Dans une première estimation, Ségolène Royal propose 20 à 50 fois moins qu’espéré par EDF… on parle de 80 à 100 millions soit une obole dans le contexte actuel où tout est à inventer et à mettre en place. « Sidérant », « surréaliste », « apocalyptique » ont aussitôt déclaré les dirigeants d’EDF qui espéraient au moins… 2 milliards ! En fait tout va être fait pour que la querelle dure et que l’on décale les décisions sur 2017 après les présidentielles où il y a de fortes chances que l’occupant de l’Élysée soit de Droite et donc contre l’arrêt de Fessenheim ! On agitera l’épouvantail de la pénurie énergétique et on attendra qu’il soit trop tard.
Les solutions de substitution au nucléaire en France stagnent… et on s’y mettra encore une fois sous la menace on repoussera des projets sur le solaire, l’éolien, l’hydraulique ! C’est en Suède que la part des énergies renouvelables est la plus élevée, d’après l’Office européen de statistiques. Celles-ci contribuent à plus de la moitié (52,6%) de la consommation finale, devant la Lettonie et la Finlande (38,7% chacune), l’Autriche (33,1%) et le Danemark (29,2%). La France, elle, est à la peine, très à la traîne même. Alors que le pays s’est engagé à atteindre 23% d’énergie renouvelable d’ici 2020, cette proportion n’atteignait que 14,2% en 2013. Il faudrait considérablement accélérer pour arriver à des objectifs fièrement décliné lors de la COP 21 ! Or ailleurs on commence à ne plus être dépendant du nucléaire pour la fourniture d’électricité. Un pays en crise et privé de ressources pour investir vient d’ailleurs de donner une leçon ! On en parlera guère chez nous au cas où…ça donnerait de mauvaises idées !
Selon l’association portugaise spécialiste des énergies renouvelables la semaine passée, le Portugal a franchi une étape importante en couvrant ses besoins en électricité uniquement grâce à des ressources renouvelables. Tiens donc ce serait possible ? Pendant quatre jours, entre 6h45 le samedi 7 mai et 17h45 le mercredi 11 mai, il n’a pas été nécessaire de recourir à une source d’énergie fossile comme celles des centrales thermiques au charbon ou au gaz. Pendant 107 heures, le pays a fonctionné grâce à l’énergie solaire, éolienne et hydraulique. En 2013 le Portugal tirait pourtant 27% de son électricité du nucléaire (généré ailleurs en Europe car acheté aux voisins dont la France), 13% de l’hydraulique, 7,5% de l’éolien et 3% du solaire.
Le résultat d’une ambitieuse politique de transition énergétique enclenchée il y a plusieurs années a donc bouleversé la donne. Très dépendant des importations d’hydrocarbures, le pays a lourdement investi dans un important parc éolien et dans ses capacités de production hydroélectrique rééquilibrant sa balance commerciale et gagnant en indépendance ! Cette prouesse énergétique, « qui semble extraordinaire aujourd’hui, sera monnaie courante en Europe dans seulement quelques années ». La part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique de l’Union européenne est effectivement en hausse mais trop lentement en France !
Comme le veut une tradition séculaire française on discourt beaucoup en France, on met des années à faire émerger un parc photovoltaïque ou éolien, on ergote sur les tarifs d’achat tant que l’amortissement gigantesque du parc nucléaire n’est pas atteint. Il n’y a pas de volonté politique réelle de développer d’alternative et surtout il existe une indifférence largement partagée dans l’opinion dominante sur le sujet. La transition énergétique reste un concept abstrait, inconnu, complexe, éloigné du quotidien des gens et présentée comme onéreuse et souhaitée par des hurluberlus verts… Les Portugais viennent de démontrer que tout n’est que volonté politique. Sauf qu’eux n’avaient pas les moyens de faire autrement qu’innover.