Antoine Griezmann devient au fil des matches d’un Euro très décevant sur le plan de la qualité du jeu une nouvelle icône du football français. Rien d’étonnant ! Le bonhomme possède tous les atouts pour plaire à ce peuple du ballon rond élargi par l’influence médiatique passagère. La France a toujours été la terre d’élection pour les « David » vaillants, courageux, adroits, rusés qui viennent à bout de « Goliath » présomptueux. C’est enraciné dans les gênes des Françaises. Pour eux, celui qu’ils ont déjà surnommé affectueusement « Grizou » entre dans la catégorie « Robin des Bois » dont ils raffolent. Sa fraîcheur comble d’aise les non-initiés qui voient en lui une sorte de Gavroche se permettant de faire la nique aux nantis et son opportunisme lui vaut les suffrages des tenants de l’efficacité. Voltigeur audacieux prompt à aller guerroyer en terre ennemi sans aucun complexe, il cumule les qualités de Fanfan la Tulipe et de Cyrano de Bergerac. Le bougre n’a peur de rien pour avec légèreté et vitesse, faire s’écrouler le mur des certitudes adverses.
Griezmann lutin des stades a ridiculisé déjà bien des colosses aux pieds agiles tombés de leur piédestal devant ses facéties. Dès le début de sa carrière ce blondinet discret n’a pas intéressé les sergents recruteurs des armées friquées du foot business. De ce mépris pour sa taille en une période où la puissance, pour ne pas parler de violence, constitue la clé de la réussite dans bien des sports, il a tiré une force morale du « tignous » ne s’avouant jamais battu. C’est l’anti Ibrahimovic ! Quand ce dernier impose sa puissance et joue les canonniers le « Grizou » affiche la finesse du Mousquetaire. Inexorablement les touches marquées par le natif de Macon ont une valeur symbolique largement supérieure à celle du Goliath suédois orgueilleux. Dans le cœur du peuple la place prise par « Peter qui fait pan » en une fraction de seconde, grandit donc logiquement à chaque sortie… Il va devenir « Antoine le bienheureux » semant sa joie de vivre à la volée !
Ayant séduit des Basques intéressés par les « révoltés » combatifs il a grandi dans le sentiment d’avoir une revanche à prendre sur le sort que lui avait été réservé par un Lyon grand seigneur de la jungle du football européen tourné vers le Brésil des artistes créateurs de dribbles. De la même manière que Zinédine Zidane avait dû faire ses classes à Cannes puis à Bordeaux il est arrivé chez les Bleus sur la pointe des crampons. La nique faite sur le pré, aux armadas friquées par celui qui était devenu le Speedy Gonzales de Bilbao, a évidemment attiré l’attention des sergents recruteurs. Pas ceux qui ne voulaient que du « rentable » mais ceux de l’Atletico Madrid, club du peuple justement avide de pépites certes talentueuses mais surtout prêtes à ne briller que pour le collectif. Arrivé avec cet état d’esprit en équipe de France, il a aisément éclipsé les « gosses têtes » davantage préoccupées de leur ego que de l’objectif général d’autant qu’elles avaient parfois l’esprit mal placé ailleurs.
Griezmann casse toutes les certitudes du vedettariat organisé. Il est devenu au cours de cet Euro le « petit prometteur » des grands-parents devant leur télévision et le gendre idéal des rêves des mamans ayant une fille à placer… Ses allures de gamin avec ses manifestations sincères d’une joie juvénile non ostentatoire, le rend proche des jeunes en mal de modèle. Il leur démontre par sa vitalité qu’il n’est pas toujours nécessaire d’avoir des moyens physiques exceptionnels pour réussir. Avec de la promptitude, de la malice, de l’audace, de la simplicité et un opportunisme louable « Grizou » leur offre une part d’espoir dans une société ne cessant de valoriser l’exploit, la stratégie, l’efficacité et la durée. Il constitue un antidote contre tous les poisons distillés par le comportement abject de certaines professionnels de la provocation inutile. Les Français avaient bien besoin de cette bouffée d’oxygène.
Bizarrement en finale il se retrouvera forcément comparé à Ronaldo comme si la lutte fratricide entre le Real des riches et l’Atletico des pauvres se poursuivait au-delà de la saison des clubs. C’est vraiment la « guerre des deux mondes » du ballon rond et même de deux visions actuelles de l’Europe. « Grizou », Jacquou croquant la vie à belles dents peut devenir le héros face à « CR7 » l’homme arrogant qui a déjà été couvert d’or institutionnel. L’un a encore tout à gagner quand l’autre aura tout à perdre…
N’empêche que restera dans les mémoires les envolées tranchantes ou les coups de griffes rageurs de celui qui est devenu la coqueluche bleue de cette France qui a tant besoin de conquérants positifs résistant aux défenseurs de ce qui doit être l’ordre établi. Antoine Griezmann, est un petit bout d’homme libre comme le vent dont le plaisir est dans le jeu comme devrait l’être plus que jamais le football. Il est une sorte d’André Boniface de la balle ronde !