Il n’y a que la classe politique française qui ne se rend pas compte de l’évolution des choix électoraux qui résonnent comme autant d’avertissements dans le monde. Il serait pourtant urgent qu’elle se réveille quand on constate combien les égos surdimensionnés, les déclarations à l’emporte-pièce, les promesses en carton pâte et les querelles d’intérêt ouvrent la porte aux candidats venus de nulle part. La surenchère populiste ne sert pas seulement le FN mais elle finira par détruire totalement la crédibilité des représentants des partis. Il suffirait pourtant que les ténors tournent leurs regards vers le Brésil pour comprendre que le vide dans lequel s’ouvre la pré-campagne présidentielle. Les braves consommateurs de démocratie n’ont plus envie de feuilleter le catalogue du prêt à porter idéologique que l’on tente de leur imposer.

A Rio un sénateur évangélique qui diabolisait il y a quelques années catholiques et homosexuels, Marcelo Crivella, a été élu maire au second tour des municipales confirmant le virage à droite du Brésil. Il n’appartient absolument pas au registre habituel des politiciens. Déçus par la gauche traditionnelle qui les a oubliés, inquiets sur les dérives d’une droite ultra-libérale, outrés par les dépenses olympiques les habitants les plus défavorisés ont soutenu un évêque de l’Église universelle du royaume de Dieu (néo-pentecotiste) qu’ils ont choisi comme Maire ! A sa troisième tentative Marcelo Crivella du Parti républicain brésilien (PRB, droite) l’emporte largement avec 59,07% des voix contre 40,93% à son adversaire de gauche Marcelo Freixo.

Sa victoire ne souffre aucune contestation et illustre le fossé créé avec le peuple habituel de la gauche dont le candidat jouissait d’une bonne réputation. Combatif Marcelo Freixo, s’est notamment illustré en tant que député local dans la lutte contre les milices armées, pour la défense de l’IVG, la libéralisation du cannabis mais il a payé cher la débâcle historique du Parti des Travailleurs (PT) de l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva et de son héritière politique Dilma Rousseff,. Les scandales en série et l’inefficacité des politiques de résorption de la misère ont pesé très lourd. En fait la désillusion politique s’est traduite par le fait que le nombre cumulé de suffrages blancs, des nuls et des abstentions a atteint 50% dans le pays.

Le Parti des Travailleurs a perdu plus de la moitié de ses mairies et toutes les plus grandes, au profit du parti de Michel Temer (Président ayant pris le fauteuil de Dilma Rousseff dans des conditions suspectes) mais surtout de ses nouveaux alliés du Parti social démocrate brésilien (PSDB, droite), qui a enregistré la plus forte progression, remportant notamment la mairie de la capitale économique Sao Paulo. Cette réalité devrait inquiéter tous les partis traditionnels en France puisqu’il traduit un vrai rejet du système !

Rien n’y a fait. La presse a sorti l’artillerie lourde contre le candidat de l’extrême droite en rappelant ses outrances déclinées dans un ouvrage de référence publié en 2002. Dans ce livre il n’y allait pas de main morte. Il accusait l’Église catholique de «prêcher des doctrines démoniaques» en Afrique et qualifiait l’homosexualité de «mal terrible». A peine remise des Jeux qui l’ont ruinée Rio s’est choisis un maire conservateur au plus haut point et surtout à contre-courant de l’image de la ville du carnaval débridé. Face aux accusations tirées de sa publication Marcello Crivella a simplement plaidé des «erreurs de jeunesse». D’ailleurs, après son élection, il a remercié l’Église catholique et les autres religions de l’avoir soutenu plaçant clairement son mandat dans le contexte religieux ! Il peut commencer à faire une prière en faveur des travailleurs des jeux olympiques !

Près de deux mois et demi après la fin des J.O., l’ambiance n’est pas terrible et elle a sûrement renforcé le mécontentement des « petites gens ». En effet, des centaines de personnes ayant travaillé pour l’organisation des Jeux attendent toujours de recevoir leur salaire. Il s’agit principalement de celles ayant travaillé dans l’animation des JO, que ce soit dans les stades ou à travers des shows spécialement mis en place. Plus d’argent et un scandale qui se profile !

La religion sous des facettes différentes occupe de plus en plus dans des dizaines de pays, directement ou indirectement, l’espace public. Cette confusion des genres s’avérera catastrophique pour les démocraties car dans l’histoire toutes les formes de théocraties ont conduit les civilisations vers leur perte. L’Église universelle du royaume de Dieu se développe en Afrique (Cote d’Ivoire, Cameroun) et elle traîne déjà dans les allées des pouvoirs en place ou passé. On enregistre des pratiques inquiétantes visant à profiter au maximum des fidèles pour un enrichissement de ses cadres et… à stériliser par vasectomie ses pasteurs. Pourvu que ça n’arrive pas en politique chez nous !