Discours prononcé lors du « jubilé » de Martine Faure Députée de la Gironde dont j’étais le suppléant et qui met , comme moi un terme à ce mandat. Nous avons fini par un bain d’amitié !  

(…) Cette année il y a exactement 50 ans que j’ai été un élu dans une responsabilité de prise en charge d’un projet de vie collective. Jamais depuis que la promotion de quatrième année de l’école normale m’a choisi pour la représenter et organiser l’original voyage de fin d’études en Allemagne… de l’Est je n’ai quitté l’engagement au service des autres.

Je n’ai jamais cessé un seul instant via le syndicalisme, la mutualité, la vie associative, le sport, la politique, de militer à des niveaux différents allant du balayeur de rues, du porteur de table, du cuiseur de sardines ou d’andouillettes, du secrétaire, du trésorier, de l’entraîneur sportif, de présidences locales, départementales, nationales ou de fonctions électives, de donner un sens aux valeurs que mes très nombreux « pères » en vie publique m’avaient inculquées.

Tous ont été des premiers (André Meynier et Georges Vasseur) au dernier (Yves Lecaudey) en passant par Aimé Lepvraud, Charles Champaud, Roger Caumont, Philippe Madrelle, Jean-Emmanuel Bonnichon de vrais instituteurs, c’est à dire les bâtisseurs de mon parcours au service des autres. Ils m’ont secoué. Ils m’ont remis en cause. Ils m’ont tapé sur les doigts avec les règles de leur expérience et de leur sens moral. Ils ont aimé ce que j’étais, sans jamais me le dire car c’est la manière de faire pédagogie. Ils ont tous été à un moment ou un autre mes vrais instituteurs, de « institutor », celui qui établit, celui qui instruit, celui qui institue l’humanité dans l’homme : quel beau mot ! » selon François Mauriac.

Je vous assure que jusqu’à mon dernier souffle je demeurerai un instituteur, seulement un instituteur, rien qu’un instituteur, inexorablement un instituteur. Tant pis c’est inexorable !

J’approche, après mon renoncement à la présidence de la Communauté de commune du créonnais en 2008, mon renoncement à la Mairie de Créon en 2014, ce départ avec Martine du couple parlementaire, au terme d’un parcours si riche en émotions, en amitiés, en rencontres, en échanges de mon retrait complet de la vie publique. Vous dire que ces dix années furent de tout repos, sans effort, sans crise, sans déception, sans désillusion, que ce fut toujours…sans divergences avec bien des gens serait mentir.  Et si j’ai un défaut qui m’a coûté cher dans cette vie tellement changeante ou artificielle de la politique c’est celui de ne pas savoir su tenir ma langue ce qui était déjà dangereux pour Martine. Quand en plus j’ai ajouté celui de lâcher ma plume mon parler-vrai a pris souvent des allures de catastrophes.

Dans cet interminable cheminement sur les sentiers abrupts de la vie associative, les chemins ruraux des campagnes, les voies communales ou les routes départementales j’ai rencontré de belles personnes dont beaucoup sont disparues auxquelles je pense (nos parents notamment) et vous encore présentes aujourd’hui… J’ai eu l’extraordinaire chance de partager avec une génération, celle qui a construit entre 1965 et 1990 le socialisme positif, le socialisme de gouvernement par le débat, par la motivation, par la conviction, par l’action dans la proximité. C’est ma richesse pour la suite !

Je n’ai jamais renoncé à être moi-même, à contester, à refuser, à râler, à combattre pour ce que je pensais sincère et utile. J’ai été haï par les uns et oublié par beaucoup d’autres. Je me suis certainement beaucoup trompé. J’ai certainement beaucoup déçu. Avec un peu plus de soumission j’aurais pu aller ailleurs et autrement. J’en ai conscience mais jamais, pas une seule fois je n’ai été effleuré par des regrets. J‘ai sans cesse pensé que les regrets n’étaient que des fleurs fanées des passions que l’on a pas su faire vivre.

Quand en 93 Bernard Castagnet m’avait dans un contexte politique chaotique demandé de devenir son suppléant dans sa candidature à l’assemblée nationale j’avais accepté d’être à ses côtés dans une bataille au moins aussi difficile que celle qui vous attend. Il avait fallu un vote des militants pour que le ticket soit validé à peine un mois avant le premier tour. Novices tous les deux, partis tardivement, plus ou moins soutenus, oubliés par des amis qui ne nous voulaient que du mal, nous avons tout donné pour que la circonscription remodelée redevienne socialiste. Ces moments formateurs, intenses, précieux partagés avec les plus solides, les plus fidèles, les plus attachés à nos valeurs communes encore présents ici près de 25 ans plus tard, m’ont permis lorsque la même demande est arrivée de Martine de bien savoir à quoi je m’engageais. Jamais je n’ai oublié cette campagne de 93, la seule que Bernard et moi dans notre parcours politique nous ayons perdue. Si je n’aime pas la défaite Bernard l’aime encore moins ! Avec Martine je ne voulais pas perdre et donc je ne pouvais pas perdre !

Nous sommes partis sans l’avoir demandé, sans complot, sans accord, en vaillants soldats du socialisme contre le député sortant avec la conviction que la sincérité, la proximité et surtout l’exemplarité de nos parcours constituaient nos meilleurs atouts ! Nous avions les mêmes racines, une vraie volonté de ne pas oublier nos valeurs communes : une forte envie d’écouter, une volonté d’expliquer mais surtout avec le souhait de ne jamais rejeter les autres, de ne jamais mépriser les autres, de ne jamais voir un ennemi dans l’autre. Un instituteur aime tous les enfants qu’on lui confie s’il est digne de ce métier. Il doit aimer les autres, avoir envie de leur apporter le meilleur de nous-mêmes. Inutile de nous parler pendant des heures. Jamais de différences et de rares divergences tant sur le fond que sur la forme : nous étions en phase. Avec votre aide matérielle, votre envie de gagner, votre soif de convaincre, nous avons fini par regagner ce territoire diversifié et très ingrat.

Madame Faure, la députée qui était déjà reconnue en tant que vice-présidente du Conseil général en charge de cette culture qui est son credo de l’égalité, de la fraternité, a réussi très vite grâce à la sincérité de ses engagements, la loyauté de son comportement, la facilité de son contact à devenir, ce qui est exceptionnel, pour les élus locaux de toutes tendances, pour les associatifs de tous les secteurs, pour les femmes et les hommes de l’Entre-Deux-Mers, à devenir simplement « Martine ».

Dix ans plus tard, au moment de quitter le devant de la scène tout le monde parle du départ de Martine, ce qui témoigne bien plus que les discours grandiloquents de l’estime que les électrices et les électeurs lui portent.

Pour eux c’est une proche, une amie qui s’en va ! Pour eux Martine était l’incarnation du vrai socialisme à visage humain, non agressif, ferme sur les principes, intransigeante sur les fondamentaux, préférant sa conscience aux consignes ! Pour eux leur représentante proche et abordable c’est Martine ! Pour eux leur députée toujours présente, toujours disponible, toujours discrète, toujours attentive c’est Martine ! Pour eux le cœur, la générosité, la compréhension c’est Martine,

Martine c’est après dix ans l’incarnation d’absolument tout le contraire de ce que la société reproche aux élus nationaux. Et pourtant la souffrance réelle, pour Martine comme pour moi, est que nous avons été parfois traînés et nous sommes encore traînés avec condescendance à voie basse dans le sac du « tous pourris » par des ayatollahs politiciens parés dans leur supériorité théorique sans légitimité élective. Dur de se retenir. Dur de ne pas rappeler la réalité. Dur de ne pas pouvoir mettre derrière leurs mots blessants la vérité de leurs propres contradictions. Dur de s’astreindre au respect des individus.

Mes chères amies je me permets en pensant fort à toi Martine, à ta collègue Corinne Erhel récemment décédée sur scène, derrière un pupitre, pour tenter d’arracher des voix contre le Front national. Elle est morte de son investissement loyal, discret, efficace au service de la république. Elle est morte d’avoir tout donné à la République ! Etre député c’est en effet souvent oublier son conjoint ou sa conjointe, sa famille, ses enfants, ses petits-enfants, sa santé et ses soucis personnels pour donner aux autres qui vous le rendent rarement ce que vous avez enlevé aux vôtres.

Martine je voulais devant tout le monde, te dire que j’assume tes doutes, tes craintes, tes hésitations et tes décisions car je sais qu’elles ont toujours été faites en conscience ! Je n’ai pas honte, mais vraiment pas honte du travail accompli ! Je t’ai souvent causé du souci par mon caractère acariâtre, mes prises de position intempestives, mes déprimes idéologiques ou mes idées saugrenues. Je te demande Martine et je vous demande mes amis, de me pardonner mes incartades, ma mauvaise humeur, mes erreurs, mes faiblesses, mes découragements, mes échecs de suppléant.

Je ne suis plus vous le savez adhérent du parti socialiste après 41 ans de présence. Vous savez, je vous l’assure, que je reste un citoyen attaché à une gauche sincère, humaniste, tolérante, claire, proche, amoureuse des gens humbles et des gens simples par fidélité à mes racines, à mon parcours et à votre soutien. Je bouclerai mon engagement le 18 juin au soir en faveur du duo que vous avez choisi et que je pense en conformité avec nos valeurs socialistes et républicaines.

Je resterai un homme de gauche haïssant les certitudes faciles, le prêt à porter idéologique, la facilité de l’opinion dominante, les combines parisiennes, les trahisons lentes, les oublieux de leurs parcours. Mais ma liberté personnelle retrouvée aujourd’hui m’autorisera à appliquer la phrase référence de Martine : « je pardonnerai à celles et ceux qui m’ont offensé mais je conserve précieusement la liste ! »

Je vous dois tout. Je le sais ! Je le reconnais ! Je l’admets !

Mon amitié durera après ces dix ans de mandat commun. « Ce que j’étais hier je le serai demain ! » Mon affection à votre égard restera grande et mon envie de partage avec Martine d’un bon rosé frais avec celles et ceux qui voudront bien encore de nous, sera intacte. Ma fidélité a été acquise à Martine et elle vous est donc acquise. Elle vous restera acquise !

Louise Michel, l’institutrice martyr de la commune de Paris a dressé il y a exactement 130 ans le portrait parfait de la lointaine collègue :  « Simple, forte, aimant l’art et l’idéal, brave et libre aussi, la femme de demain ne voudra ni dominer, ni être dominée. » Martine tu as ouvert dans la discrétion, dans la modestie, la voie pour des femmes de ta trempe à la fois « braves et libres » ce que beaucoup découvrent alors que nous sommes nombreux à l’avoir compris depuis des décennies.

Merci à chacune et à chacun d’entre vous de votre confiance personnelle et collective, de votre solidarité républicaine, merci de votre implication et à toi Martine Merci de votre amitié et de ton amitié. Merci de votre enthousiasme et de ton enthousiasme.

Merci de votre sincérité et de ta sincérité. Merci de m’avoir permis, Martine à tes côtés, d’avoir humblement tenter durant dix ans de donner une belle image de ce socialisme irremplaçable du cœur et de la raison face à la démagogie, à la haine, à l’insulte !  Merci simplement et sincèrement d’être Martine ! »

 

 

7 Réponses

  1. cazeaux Dany

    Merci Jean-Marie,de nous avoir émus aux larmes.Tu as donné sa dimension à cette journée exceptionnelle,et vous nous avez encore fait un beau duo de « vieux couples »,montrant que vous vous connaissiez sur le bout des doigts !! Normal d’avoir réussis…..
    Jean-Marie,on t’aime ,ou on t’aime pas ,mais quand on t’aime ,on est accro.Et ,j’avoue aussi, attendre « Roue Libre » ,un peu comme le bulletin météo !!Quand il y a un évènement,une info ,ma réflexion est : et Jean-Marie,il en dit quoi?Il en pense pense quoi ? Le temps montre que tu ne t’es pas souvent trompé.
    Garde ton « Tarot »sous la main ,et continue à partager tes réflexions .
    Bon courage pour les prochains jours.
    Amitiés sincéres.
    Dany Cazeaux

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  2. STARCK

    Nous allons perdre deux figures de l’Entre Deux Mers,
    Deux personnalités sincères dans leurs engagement,
    Deux élus que j’ai cotoyé professionnellement et dont j’ai toujours admiré l’engagement et la loyauté envers les citoyennes et les citoyens.
    Merci pour cet exemple qui démontre que non, tous les élus ne sont pas à mettre dans le même bain !

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  3. jacques

    S’il y a des élu(e)s qui démontrent l’inverse des croyances populaires adeptes du « tous pourris » et du « s’en mettre plein les fouilles », Martine et Jean Marie en sont les dignes représentant. J’ai travaillé en relation avec les deux et je peux assurer qu’avant d’être des personnalités engagées dans la politique, il sont avant tout des êtres humains d’une rare qualité. Nombre de mes ex-collègues ayant eu à faire à eux peuvent témoigner de leur sollicitude et pour Martine, d’une certaine tendresse que l’on pourrait dire « maternelle ». Attention, cela ne diminue en rien leur facultés d’exigence et de rigueur. L’heure de la mise en retrait de l’action publique arrive et quand on arrive à nos âges, il faut savoir se recentrer sur l’essentiel. Et pour ceux qui en ont, nos petits enfants méritent le meilleur de notre engagement, et nul doute que Martine et Jean Marie seront des passeurs les mieux adaptés pour faire des leurs des citoyens de qualité.

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    • François

      Bonjour !
      @Jacques, soyons modestes dans nos commentaires car, très occupé par les bergers de Fatima, le Pape n’a plus de ticket disponible pour canonisation …des célébrités locales !
      Cordialement.

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  4. Puyo Martine

    bonsoir.
    Nous vous regretterons Martine et Jean-Marie. Vous étiez bienveillants, abordables, honnêtes, et issus de l’enseignement tel qu’il ne se pratique plus aujourd’hui.
    On pouvait avoir confiance en vous, mais ce n’était pas le cas pour tous les élus actuels. Certains n’ont qu’une honnêteté relative et ne sont pas franchement utiles.
    Je vous souhaite de passer les années qui vous restent à les utiliser le plus agréablement possible, à prendre du bon temps avec vos familles et si le cœur vous en dit ne vous privez pas d’écrire ce que vous pensez et à nous éclairer.
    Je vous embrasse toi Martine que j’ai connu au CG et vous Jean Marie le papa de Marie Christine.

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