La reprise du commerce entamée en 2014 ne s’est pas démentie en 2016, d’après les chiffres communiqués par l’Insee le 30 juin. La vitalité est particulièrement forte pour le secteur automobile (vente et réparation), avec une croissance de 6,7% des ventes en volume. C’est également vrai pour les ventes de gros (notamment les équipements de l’information et de la communication), et les ventes au détail.   S’agissant des produits alimentaires, l’activité des grandes surfaces est en berne avec -1,2% en volume, alors que les ventes du commerce spécialisé et artisanal sont « très dynamiques » (+4,6% en volume), de même que celles des « supérettes » généralistes (+3%) surtout en zones urbaines. « Les hypermarchés résistent néanmoins un peu mieux que les supermarchés », précise l’Insee. Conséquence : si le nombre d’hypermarchés reste stable, celui des supermarchés décline, notamment dans le « hard discount« . On assiste même à des fermetures dans certaines zones avec des changements incessants d’enseigne. La proximité et la complémentarité deviennent en fait les clés de l’aménagement commercial. Il ne faut pas d’exagération dans un sens ou dans l’autre qui déshabille souvent les zones des centres villes au profit des espaces périphériques très éloignés. En fait les premières ne peuvent survivre qu’avec une synergie avec les seconds. En effet il n’y a pas nécessairement de lien de causes à effets entre l’implantation de grandes surfaces et la survie des commerces de taille modestes type boutiques ou magasins. Le principal danger se situe désormais dans les « galeries marchandes » et plus nécessairement dans les vastes sites de consommation de masse. D’ailleurs même dans ces « mails » où sont déclinés des box pour des franchises on assiste à des échecs retentissants comme c’est le cas par exemple sur Bordeaux Mériadeck.

Dans bien des agglomérations cependant on assiste à des moratoires destinés à freiner les créations de grandes ou très grandes surfaces. Cette idée de moratoire sur les centres commerciaux, pour arrêter le développement de la périphérie, date de plusieurs années puisque le constat fait par exemple en Amérique du nord où les fermetures s’amplifient. Elle a aujourd’hui de plus en plus d’adeptes. Elle a reprise par l’ancien sénateur Yves Dauge dans son rapport préconisant un « plan national en faveur des nouveaux espaces protégés » remis à l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve afin de sauvegarder les centres des villes historiques. Ce rapport a pour le moment accouché d’une souris. Sur les 600 villes identifiées par le rapporteur comme nécessitant une action de fond, 17 seulement font aujourd’hui l’objet d’une « expérimentation » mais elle ne concerne pas strictement le commerce.

Le problème est beaucoup plus large que la seule opposition entre des formes différentes de distribution. Très souvent il ne s’agit que de la face cachée de problèmes plus lourds (qualité du locatif ou des habitations, accessibilité, stationnement, rapports entre les services et les commerces, prix des baux commerciaux, typologie sociale installée, synergie locale entre les artisans ou les commerçants…) qui est vite transformée en rivalité strictement économique. Les élus se retrouvent alors en première ligne comme si le succès d’une initiative commerciale dépendait de leur influence. Par exemple si l’on se réfère à Avignon cité symbole avec une forte clientèle attirée par son célèbre festival au cœur de la vielle ville où un moratoire vient d’être décidé, on est beaucoup plus proche des vrais problèmes. La municipalité a certes décidé sa décision de s’opposer à l’augmentation des surfaces périphériques (souvent entre 4 et 5 kilomètres du centre) mais elle l’a complétée par une délibération cadre pour relancer le commerce de centre-ville. Elle a par exemple instauré une taxe sur les locaux vacants, lancé des opérations de requalifications urbaines par le rachat d’immeubles vides ou insalubres en augmentant la population, amélioré le stationnement (payant) et les dessertes de transports collectifs. Il faut cependant noter que son d principal défi aujourd’hui est ailleurs : inciter les commerçants à étendre leurs horaires d’ouverture ou à les adapter aux comportements de la clientèle . Beaucoup de commerces sont fermés entre midi et deux ou trop tôt le soir. Il n’y a aps d’entente et de relais pris en matière de services. Alors que la ville est classée en zone touristique, « personne n’ouvre le dimanche pendant la période touristique » constate la municipalité…

En fait la grande menace sur le commerce se situe dans les nouvelles plate-formes de vente via internet. Les statistiques de l’Insee confirment d’ailleurs cette poussée puisque le commerce hors magasin progresse de 3,9% en 2016, comme en 2015, sous l’effet des ventes à distance (par internet et par correspondance). Tous les biens d’équipements de la personne sont touchés (vêtements, chaussures..;) et même désormais via les « drives » tous les autres secteurs. Et ce n’est que le début… d’une vaste mutation que les chambres consulaires n’accompagnent pas !

3 Réponses

  1. J.J.

    Je suis vraiment un vieux machin demeuré ! Acheter des chaussures par internet, sans les essayer ni les voir ? Pas question.
    Du temps des beaux jours de la C A M I F (notre « vraie » CA M I F, pas ce qu’elle est devenue, le nom a été acheté, usurpé, et est exploité maintenant d’une manière plus ou moins franche et honnête), il m’est arrivé d’acheter des vêtements sur catalogue et j’ai souvent été déçu. Je préférais faire un saut jusqu’à Chauray, une occasion de promenade , de voir les articles « de visu », de les essayer et parfois de faire de bonnes affaires. Démarche peu pratique certes, pour un client de Brest ou de Dijon par exemple…
    Pour certaines fournitures, par contre, on est bien content de pouvoir les trouver sur internet, les magasins locaux, malgré la pléthore de marchandise banale, uniforme, et de médiocre qualité, ne fournissant pas forcément ce que l’on cherche.
    Je ne sais si cela a encore cours, mais à une époque, certains angoumoisins « descendaient »à Bordeaux pour faire leurs achats, le choix local n’étant pas assez riche ….

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  2. LAVIGNE Maria

    Une fois n’est pas coutume, j’apporte un témoignage sur le commerce. Il y a une quinzaine de jours, pendant la canicule, notre pompe à essence avec laquelle nous arrosons notre grand potager est tombée en panne et nous avons pensé la remplacer. Nous avons cherché dans trois grands magasins à Mt-de-M. N(Leclerc, Bricomarché et Pôle Vert) tous en avaient une en démonstration mais il fallait commander, aucun n’a voulu vendre celle exposée. A Langon, même chose. En désespoir de cause, sommes allés à Labouheyre et la pompe a pu être réparée le lendemain. Heureusement pour notre potager, sinon nous aurions tout perdu. Nous savons que les stocks coûtent cher mais quand même, on ne demandait pas une cuve à mazout en plein été. Marre… et puis après ils se plaindront que nous allions voir ailleurs…

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  3. J.J.

    Flux tendu ! Flux tendu ! C’est le nouvel évangile, le nouveau credo des soit disant commerçants, qui ne sont que des mercantis.
    Et cela embarrasse nos routes : il faut livrer vite et sans délai, …..sauf quand on laisse le client le bec dans l’eau.
    C’est là qu’ Hermès, ou Mercure, au choix, montre son vrai visage de dieu des voleurs.
    Heureusement, il reste encore des commerçants, comme des hommes politiques, honnêtes !

    Même mésaventure que Maria il y quelques années : il fallait que je change la bougie de la motopompe, et la tête de bougie également suite à une nouvelle « mise à la norme ». J’ai poireauté au service après vente Leroy Merlin (famille des requins Mulliez) et me suis ensuite fait virer sans ménagements par du personnel incompétent.
    Par contre, j’ai été reçu très cordialement par un petit réparateur de « 2 temps »qui m’a fourni la pièce !

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