Que restera-t-il de la date du 13 août 2017 dans le monde du sport français. La victoire aux mondiaux d’athlétisme véritablement méritante de Yohann Diniz dans les rues prestigieuses de Londres ou les débuts d’un certain Neymar sur la pelouse du stade du Roudourou à Guigamp ? Deux hommes, deux athlètes, deux performances et surtout deux mondes que les médias ne traiteront pas forcément de la même manière. Il faut bien convenir que tout les différencie et tout même les oppose. Le dévoreur à petites foulées sévèrement contrôlées du bitume depuis plus de deux décennies n’a vraiment aucun point commun avec le danseur prodige de samba footballistique ! L’un se tortille, de démène, grimace, s’épuise dans un effort contrôlé quand l’autre furtif, facile, élégant, insouciant semble s’amuser avec ses copains dans une cour de récréation.
Quand on attendait un exploit effaçant des moments terribles de galère vécus par Diniz lors des ses sorties antérieures on espérait simplement un éclair de génie d’un Brésilien parti se changer les idées en boite de nuit à Saint Trop’ pour fêter l’amélioration considérable de son compte en banque. Et à l’arrivée en seulement deux minutes de présence sur le terrain suffiront au « mercenaire de la balle ronde » pour obtenir ce que le marcheur de l’impossible obtiendra en prime pour avoir parcouru dans le temps record d’un peu plus de quatre heures les 50 bornes d’un parcours londonien répétitif. Tous deux sont enfants du peuple et bizarrement ont eu un destin différent bien qu’ayant leurs racines au… Brésil !
En effet le grand-père du nouveau champion du monde venait du Portugal après avoir effectué un passage d’immigrant dans le pays natal du multimillionnaire néo-parisien. Il ne vivait que d’un petit vignoble destiné à fabriquer les « bulles » grand cru que boivent les agents du sport spectacle dans les palaces après avoir raflé leurs commissions sur des transferts dépassant l’entendement. Si l’on ajoute que l’autre aïeul de Dinitz était délégué syndical CGT dans la célèbre marque de champagne de Castellane… et que les premières marches dans les rues d’une ville furent pour le petit-fils celles des défilé du premier mai où il fut souvent préposé à la vente des brins de muguet pour les caisses syndicales on a les bases de cette farouche volonté de réussir.
Il adhère à 14 ans à la Jeunesse communiste révolutionnaire, à 16 ans à la Ligue communiste révolutionnaire, et a beaucoup milité contre le Front national au sein de collectifs antifascistes d’extrême gauche. S’il a sans cesse dû lutter avec lui-même ou avec les conventions pour sortir de l’anonymat auquel il était destiné il n’a jamais cessé de croire en son étoile, celle qu’il poursuit en se déhanchant seul contre tous (ridiculement pour beaucoup) sous la pluie, dans le froid ou sous une chaleur torride. Aucun espoir de fontaine à dollars pétroliers miraculeuse mais de la sueur, des larmes et un médaille dorée autour du cou d’un corps martyrisé par un sport en sollicitant chaque muscle.
Le junior de la famille Neymar n’a jamais connu de doute sur son avenir. Comme papa il serait footballeur ce que Diniz a tenté puis refusé dégoûté par l’ambiance de ce sport ! A 17 ans il alignait déjà une paye sur la table de la maison familiale et les fonds d’investissements spéculaient allègrement sur son avenir. Il s’adonnait toute la journée au simple plaisir du dribble pour berner la surveillance des cerbères attachés à ses basques usant ses crampons sur le tapis moelleux des pelouses plus grands stades du monde. En quelques années son chemin aura été parsemé de contrats plus mirifiques les uns que les autres. Quelques accélérations géniales d’un artiste précoce, au milieu des autres étoiles filantes barcelonaises, sous les projecteurs du Camp Nou lui ont conféré la gloire et la fortune qui se refusera toujours au « marcheur fou » quoi qu’il fasse ! Neymar couvert d’or est devenu la nouvelle conquête qatari.
Diniz, lui a été embauché à La Poste afin de symboliser les efforts quotidiens des préposés parcourant les rues pour porter des courriers publicitaires souvent autre intérêt que celui de proposer des affaires exceptionnelles. Certaines de ces missives promettent des tirages au sort miraculeux avec une fortune assurée pour les plus chanceux. Il est probable que le « barjot du bitume » n’obtienne jamais un milliardième des sommes évoquées pour celui dont les mérites seront glorifiés pour avoir inscrit d’une pichenette son premier but en France. Ainsi va la société moderne où le fric conditionne le mérite et surtout pas l’inverse !
En ce dimanche 13 août, Hussein Bolt foudroyé sur une piste aux étoiles a laissé la place à d’autres jeunes athlètes venus de pays improbables où le sport constitue le seul espoir d’accéder à un modeste statut social reconnu. Le vrai problème c’est que Yohann Diniz représentait aussi, ce jour là, la France et qu’il est quasiment que ces sportifs devant se battre jusqu’au bout d’eux-mêmes pour exister à 39 ans. Lui qui est… en marche bien avant que ça ne devienne un slogan a atteint son rêve pas après pas, dans la douleur, l’abnégation, la solitude ,le désinvestissement absolu. Une vraie leçon qui aura été largement éclipsée par une alouette du miroir du fric !