Si l’on examine les conditions dans lesquelles ce sont produits les dramatiques actes terroristes de ces dernières semaines force est de constater que les « armes » utilisées appartiennent au quotidien des gens victimes de ce déchaînement irrationnel de violence. La base même de leur action repose sur des références religieuses résultant d’interprétations de textes n’ayant aucune base crédible mais qui sont présentés comme contraignants pour la vie terrestre. Ces croyances envahissent chaque instant de la vie collective. Plus que jamais elles gèrent les comportements.
Personne n’a remarqué par exemple le nombre de plus en plus impressionnant d’athlètes qui, lors des derniers championnats du monde, ont d’une manière ou d’une autre, distribué des signes extérieurs de religiosité. Dans un stade, devant des millions de téléspectateurs la prosternation sur la piste, les gestes de prières, les doigts pointant le ciel lieu supposé de la bonne fortune les ayant conduits à la victoire. Un footballeur se signe ostensiblement en entrant sur la pelouse comme si le résultat du match dépendait d’une volonté divine ! Il arrive que des vedettes du cinéma s’engagent résolument dans la défense de mouvements sectaires ou que les politiques de haut niveau fassent allégeance aux détenteurs des pouvoirs spirituels. Partout les religions s’insinuent dans une vie sociale incertaine ou angoissante à travers des relais médiatiques les présentant comme des références culturelles essentielles au bonheur terrestre. Tous les excès leur sont permis et se dileunet dans les malheurs du monde !
Cette banalisation « religieuse » sur le domaine public contraire à l’esprit même de la laïcité gage de liberté, d’égalité et de fraternité conduit directement ou indirectement à l’endoctrinement des esprits fragiles ou doutant de leur réussite sur terre. La « religion » n’est plus, n’en déplaise à Karl Marx, « l’opium » des peuples mais une « arme » conduisant à la négation croissante de la valeur de la vie humaine ! Le concept de la domination par l’une d’entre elles sur toutes les autres a toujours transformé au cours des siècles certains hommes en loups pour d’autres hommes au nom de valeurs débouchant depuis toujours sur des conséquences dramatiques injustifiables : racisme, acculturation, exploitations en tous genres, guerres et actes de barbarisme !
Dans un tel contexte, la terreur devient le support pour cliver encore plus des sociétés déjà extrêmement parcellisées. Les actes barbares frappent sans discernement avec des « outils » de mort appartenant à notre environnement « ordinaire » : automobiles, camions, bonbonnes de gaz, couteaux ! C’est ce qui renforce cette sensation que désormais le danger rode désormais dans la proximité.
A chaque acte terroriste il est aisé de constater l’effarement des voisins des auteurs de ces abominations qui justement n’ont « rien constaté de suspect ! », vantent leur « politesse et leur « discrétion » quand ce n’est pas les parents ou les proches qui les décrivent comme « prévenants » ou «  sans histoire ». Les terroristes vivent parmi nous, dans notre cercle de vie, dans notre proximité qu’ils soient islamistes ou pas. Dans le fond on est passé, en une année, du « terroriste » armé, sanguinaire, idéologue, endoctriné à celui qui se fond dans le système, qui ne recherche plus des Kalachnikov, qui ne manifeste pas de stigmates extérieurs de fanatisme, qui agit en solitaire ou en bandes organisées de quartier. Cette mutation rend encore plus angoissant les récents événements tragiques ayant frappé l’Espagne. Elle va se révéler à terme d’une tragique efficacité car elle va mettre en évidence l’absence totale de solidarité profonde entre les différentes composantes sociales à travers tous les pays !
Le lien social laïque seul garant de la solidité indispensable déjà très mal en point va disparaître. Il suffit de s’immerger dans cette diversité un soir comme celle d’une manifestation simple comme un marché nocturne ou une soirée similaire à celle de la « Piste sous les étoiles » à Créon , d’aller de table en table avec un verre de rosé et d’entamer le dialogue pour s’imprégner de ce passage de la méfiance lointaine envers les autres à une haine allant jusqu’à s’extérioriser par des commentaires vengeurs sur des faits de proximité qui auraient été il y a quelques années sans importance ! La méfiance gagne du terrain. La délation s’accroît. La pression sur tous les responsables (élus, fonctionnaires) ne cesse de grandir. Le repli sur soi gagne du terrain. Le « caparaçonnage » dans des certitudes portées par les médias se renforce. La stigmatisation devient monnaie courante. Plus personne ne se retient dans ses propos. La raison n’est plus de mise.
Cette semaine d’août 2017 a fait franchir un pallier stratégique au terrorisme islamiste pseudo-religieux. Après Nice, Berlin ou Londres, les villes de Barcelone et de Cambrils ont à leur tour été frappées par des attentats au mode opératoire identique: le véhicule-bélier ! La terreur « ordinaire » voulue par les inspirateurs de ces actes démentiels va fracturer toujours plus des sociétés en proie aux doutes en cette période de crise morale, sociale, éducative et civique. En fait plus que jamais, ne pouvant plus s’imposer par la force, l’intégrisme divise pour essayer de régner !