Pour gérer n’importe quel secteur de la vie sociale française il faut avoir l’envie des passionnés d’assemblage de puzzle, leur patience et leur sens de l’observation. Rien n’est en effet plus ardu que de rassembler autour d’un projet commun toutes les pièces nécessaires à une œuvre pourtant réputée utile à l’intérêt général. Le pire c’est qu’il faut d’abord rassembler les détenteurs du pouvoir sur chacun des éléments auxquels il s’accroche avec l’ardeur de ceux qui défendent leur gagne pain. Ils n’existent justement parce qu’ils ont ce pouvoir de priver les autres des morceaux indispensables à la finalisation de ce qui est espéré. Il faut donc les persuader de lâcher prise et de s’associer pour permettre d’avancer. Il y a ensuite celles et ceux qui ont des règles spécifiques, des pratiques différentes, des ambitions particulières justifiant qu’ils se tiennent en retrait. Enfin on trouve les récalcitrants ne voulant surtout pas perdre leurs propre identité en la mêlant aux autres. Bref on doit pour parvenir à ses fins multiplier les négociations, les concessions, les conventions et tout devient encore plus terrible quand il s’agit de financements.
La France est le pays le plus compliqué au monde ou s’enchevêtrent compétences, normes, intérêts administratifs, crédits de telle façon que l’initiative publique justifie les interventions de spécialistes divers. Ainsi dans un conseil d’administration de la Maison départementale des personnes handicapées on mesure à la fin de l’ordre du jour combien le citoyen est loin de la complexité effarante d’un dossier. Autour de la table on trouve bien entendu le conseil départemental maître d’ouvrage des actions en faveur des gens touchés par les aléas toujours très durs de la vie, les représentants des associations « d’usagers », la caisse Primaire d’Assurance Maladie, l’Agence régionale de Santé, l’Éducation nationale, le payeur départemental, les administrations liées à la cohésion sociale, à l’emploi… Tous ont une part différente dans le fonctionnement et donc peuvent avoir à un moment où un autre un rôle spécifique dans les choix à effectuer. Il faut donc multiplier les accords, les règlements particuliers…afin de respecter les desiderata de chaque intervenant. Tout un conseil d’administration peut être consacré à ajuster des textes, des accords, des financements au prétexte que de manière inéluctable les références réglementaires changent pour les uns ou pour les autres. Le puzzle prend alors sa véritable dimension !
En fait au nom du respect des spécificités légales on complexifie à satiété les relations avec l’usager. Pour accéder à un dossier unique la loi contraint la MDPH a ne donner que des droits restreints spécialisés à chacun des intervenants mais à les élargir lors de réunions de concertation autour des situations individuelles… Une modification de situation nécessite des circuits complexes débouchant parfois sur des modifications à la baisse ou à la hausse des aides accordées antérieurement avec des délais variables. Est-ce une nécessaire complexité ou plutôt la résultante d’une vision stroboscopique de la vie sociale ?
Le vrai constat c’est qu’il n’y a jamais eu de « simplification » administrative dans un pays qui continue depuis des décennies à complexifier les démarches (le numérique n’a rien changé puisqu’il a ajouté l’inégalité d’accès) et à ne jamais réfléchir à des procédures tournées vers l’Homme. Il reste une vraie question : est-ce le fruit d’une volonté législative ou plus prosaïquement un moyen pour préserver les attributions des diverses composantes du système ? J’en arrive pour ma part à douter de ma vision historique de ce système où le résultat dépend d’une multitude de partenariats variables et parfois contradictoires. Le désarroi de l’usager de ces services grandit de jour en jour mais surtout l’inégalité se renforce entre ceux qui savent et ceux qui tentent de se repérer dans ce maquis d’une complexité innocente ou voulue.
Les fameux « dossiers » ont été souvent dépouillés ou simplifiés mais l’essentiel reste de savoir qui a la capacité à en connaître l’existence et surtout à le remplir avec le maximum de réussite. Comme il existe des « assistantes sociales » il faudrait inventer des corps de « facilitateurs-orienteurs » destinés à guider les citoyens d’abord vers la bonne destination, ensuite les soutenir dans leurs démarches et enfin leur expliquer les résultats. Souvent autrefois les instituteurs ou les secrétaires de mairie tenaient ce rôle dans les villages. Les gens critiquent, tempêtent, accusent les outils mis à leur disposition car ils ne connaissent absolument pas les réalités d’un fonctionnement qui leur échappe totalement. Il est alors facile d’exploiter leur impatience, leur désillusion, leur désarroi et de le retourner contre des « fonctionnaires » réputés fainéants, inutiles et forcément trop payés. Le puzzle n’intéresse les gens que quand il est terminé mais jamais en pièces éparpillées sur la table.

3 Réponses

  1. Alain. E

    Je connais une jeune fille de 23 ans qui a enchaîné les contrats et petits boulots en cdd , par malchance , elle est tombée malade et la bingo, on la balade du pole emploi à la poste et à améli , non seulement on ne lui verse rien , mais en plus , elle doit payer des numéros surtaxés , déjà plus de 80 euros , c’ est une véritable honte.
    j’ en déduis qu’il faut mieux être un assisté permanent au rsa qu’ essayer de travailler dans ce pays, c’ est plus simple.
    ça c’ est la vérité factuelle , on rackette les démunis , et sans la solidarité des familles , beaucoup de jeunes seraient dans la misère.
    je souscris totalement à votre article , et j’ en vois la preuve concrètement tous les jours.
    Cordialement.

    Répondre
    • bernadette

      Le Révenu de Solidarité active doit être remis sur la table des négociations comme tous revenus.
      D’autre part Pôle emploi doit être détruit comme tous les pôles qui ne servent à rien. Ce pôle emploi est une entreprise publique d’intérim. L’objectif est pour moi l’emploi stable et durable. Un CDD doit déboucher sur un CDD
      Bien cordialement

      Répondre
      • bernadette

        Dans mon village, l’agence postale est ouverte à toutes 1/2 temps. Une boulangerie s’occupe des opérations postales, l’agence postale d’un autre village à proposé ses services pour acheminer vers les administrations les déclarations de revenus et autres. Les élus sont les spectateurs de la casse des service au public. Et ils ne font rien…..

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.