ballon

Dans une seule journée deux visions du football ont occupé le devant de la scène. Elles sont aux antipodes mais représentent pourtant la réalité du monde d’un ballon rond qui peut être d’or ou de plomb selon à qui on le destine. Il y a eu d’abord le « scandale » du jour provoqué par l’équipier du club de Eaucourt, village de la Somme qui a osé porter « gratuitement » un maillot frappé de la pub pour le bar-tabac-loto « Le Salutaire » le bien-nommé ! Ce sponsor aura probablement son heure de gloire grâce à la maladresse extraordinaire de la commission de discipline de la fédération des « soumis » aux codes vestimentaires : il va envahir les réseaux sociaux et faire le tour de la planète. En fait ce footeux de base voulait simplement soutenir les milliers de bénévoles « qui lavent, plient et rangent les maillots pour pas un rond », et mettre en évidence « le don de soi dans une société où tout se marchande » pour défendre une proposition de loi UDI-Agir visant à taxer les gros transferts pour financer le sport amateur.
En racontant l’histoire réelle de ces femmes et ces hommes qui déploient une énergie considérable pour que vivent des clubs dépourvus souvent d’installations adaptées, d’équipements corrects et taxés à mort par des fédérations avides de subsides pour leurs dirigeants le député François Ruffin a eu le tort de se mettre « hors-jeu ». Il avait face à lui un public très restreint et manifestement hostile à sa posture visant les déclarations de la Ministre des sports. Il est allé droit au but :  » Madame la Ministre, vous nous parlez de sport en matière de compétitivité, comme un trader. Je voudrais y remettre un peu d’humanité ». Et c’est vrai que son maillot donnait un sens à ses propos sur ces gens qui souvent donnent de leur temps, de leur énergie et de leur argent pour que des gamin(e)s ou des adolescent(e)s puissent pratiquer leur sport collectif favori. Une simple question : s’il était intervenu en costume, chemise blanche et cravate aurait-on reproduit dans tous les médias cette intervention sincère, réaliste et dans le fond émouvante ? J’en doute fort.
Il aurait du porter un tee-shirt avec le logo Cardin, Lacoste, Armani, Yves saint-Laurent ou arriver avec un maillot du Barça, du Réal ou du P.S.-G. « Fly Emirates » pour éviter toutes critiques mais une inscription « bar-tabac-loto » ça ne fait vraiment sérieux. D’ailleurs il a immédiatement payé cash ! Carton jaune délivré par le Président de la commission d’éthique qui veillait de loin au respect du règlement. La sanction après arbitrage vidéo a été impitoyable : « extravagance vestimentaire ». Il a pris «un rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal» avec une amende 1 378 euros, soit le quart de son indemnité parlementaire. Il a du remettre son survêtement après avoir réexpliqué son geste : « le président de séance a qualifié ma tenue d’indigne et d’irrespectueuse (…) alors que «  je suis très fier de porter aujourd’hui ce maillot et de faire entrer ici le visage de toutes celles et tous ceux qui tiennent les petits clubs… » ! Désolé mais le scandale n’est pas où on veut le voir !
Quelques heures plus tard, non loin du palais Bourbon, devant les caméras complaisantes Cristiano Ronaldo a hérité lui du Ballon d’Or 2017, qu’il a reçu en mains propres à Paris. L’attaquant portugais du Real Madrid est sacré pour la cinquième fois, égalant le record de Lionel Messi, son dauphin au classement 2017. Neymar complète le podium. Au total des centaines de millions d’euros pour paradis fiscaux étaient au rendez-vous. Tous en smoking avec nœud papillon sponsorisés, ils ont encore amassés quelques subsides complémentaires liés aux contrats avec leurs équipementiers. Le vainqueur du jour superbe en tout est actuellement poursuivi par la justice espagnole pour avoir utilisé un montage de sociétés basées à l’étranger – aux îles Vierges britanniques et en Irlande, où les taux d’imposition sont très bas – pour éviter de payer ses impôts en Espagne sur ces « droits à l’image ». Le parquet reproche à Cristiano Ronaldo d’avoir déclaré tardivement, en 2014, 11,5 millions d’euros de revenus d’origine espagnole pour la période 2011-2014 alors qu’ils s’élevaient en fait à 43 millions. S’y ajoutent 28,4 millions d’euros qu’il aurait cachés pour la période 2015-2020. Soit un total de 14,7 millions d’euros d’ardoise fiscale impayée. Une paille à comparer avec les besoins du foot amateur !
Rappelons aussi en cette occasion que Lionel Messi a été condamné par la Cour suprême espagnole à 21 mois de prison pour fraude fiscale. La peine étant inférieure à 2 ans, l’attaquant argentin n’a pas toutefois été incarcéré. La justice espagnole avait déjà condamné le joueur et son père Jorge pour des irrégularités portant sur 4,16 millions d’euros provenant des droits à l’image perçus entre 2007 et 2009 à travers un réseau complexe de sociétés. Durant cette période, le numéro 10 du Barça avait signé des contrats avec des firmes internationales telles qu’Adidas, Pepsi ou Danone, mais jamais à titre personnel. Selon les éléments de l’enquête, un vaste système de société-écran, dont certaines demeurant au Royaume-Uni, en Suisse, au Belize et en Uruguay, aurait été mis en place pour percevoir les droits à l’image du footballeur sans les déclarer au fisc. Des gens plus recommandables que le porteur de la pub pour le bar-tabac-loto le Salutaire ? C’est Ruffin qui mérite le ballon d’or !