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La croissance des échanges touristiques sur la planète n’ont jamais été aussi haut. Selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), dépendante des Nations unies, les arrivées de touristes internationaux ont bondi en 2017 de 7% pour atteindre un total de 1,322 milliard, contre une hausse située annuellement autour de 4% depuis 2010. On annonce partout des fréquentations exceptionnelles et notamment dans notre pays. Une étude de l’INSEE annonce une  fréquentation touristique de la France augmentant de 7,8%, soit environ 89 millions de visiteurs étrangers accueillis, contre 82,6 millions en 2016. bref de partout le touriste représente un enjeu économique important ! Il semble que cette progression dont profite notamment Paris résulte, selon les spécialistes « du retour de la confiance dans les mesures prises dans certains pays contre le terrorisme ». Dans ce contexte les croisières en tous genres connaissent un succès particulier et les sports d’hiver suivent. Néanmoins la France n’arrive pas à tirer le meilleur parti de ses visiteurs. Autrement dit, la France est belle mais ce n’est pas chez nous que l’on dépense le plus. Moins qu’aux Etats-Unis et l’Espagne en tout cas !
Un autre problème vient singulièrement perturber ce tableau que tout le monde trouve idyllique : la progression du tourisme de masse vient de provoquer plusieurs manifestations de ras-le-bol dans des villes européennes ou des crises de surcapacités à Venise, Dubrovnik et Barcelone ou encore en Thaïlande. Un mouvement de fond existe car dans certaines villes les répercussions commencent à devenir préoccupantes pour les populations locales de vivant pas de cet afflux touristique. Et comme le veut la sempiternelle ritournelle de la liaison entre une activité et l’emploi on tente de masquer les effets écologiques, sociologiques, économiques indirects pour ne focaliser l’attention que sur les statistiques et les chiffres d’affaires. Il est par exemple malvenu de condamner les escales dans Venise des immenses paquebots déversant des dizaines de milliers de passagers vers 10 h sur la place Saint-Marc. Avec 265.000 habitants la ville « accueille » 24 millions de visiteurs par an et elle devra tôt ou trad en tirer les conséquences et limiter l’accès de sa lagune aux immenses paquebots de croisière qui l’emprunte aux mêmes heures en file indienne.
Ainsi samedi une manifestation a eu lieu autour d’un palazzo du XVII° devenu un lieu d’une contestation très embarrassante pour la mairie et la région. Les manifestants s’attaquent à la principale ressource économique de la ville : l’industrie touristique, dont les excès nourrissent la rancœur de la population. Le phénomène a débuté quand l’édifice a été vendu par la puissance publique pour pour 900 000 euros afin qu’il devienne un restaurant. Les habitants ont occupé le bâtiment et la police l’ont fait évacuer. Rien n’est réglé et malgré toutes les assurances données par les collectivités territoriales cette affaire prend de l’importance car Venise risque bel et bien d’être submergée et dénaturée par cet afflux sans cesse croissant de croisiéristes ou de visiteurs qui demeurent de moins en moins longtemps dans la ville.
A Majorque peuvent débarquer de cinq bateaux près de 4.000 passagers au même moment pour faire visiter la cathédrale et repartent illico !En plein mois d’août à Dubrovnik, c’est la cohue pour rentrer dans la vieille ville à tel point que le Maire a limité la fréquentation à 8 000 personnes dans une journée en haute saison. La menace est d’autant plus inquiétante que Dubrovnik recèle nombre de trésors fragiles et chargés d’histoire. Au point que l’Unesco a alerté la Croatie comme elle le fera dans bien d’autres lieux célèbres. Ce classement est un atout mais il peut devenir à terme une cause réelle de débordements dangereux. En Thaïlande, les coraux de la célèbre Maya Bay, n’ont pas survécu aux baigneurs et le site est menacé de fermeture partielle. Au Bhoutan, le gouvernement impose des quotas…
En 2030, on prévoit sur la base des constats actuels 1,8 milliard de touristes dans le monde. Cette progression infinie est impossible dans un espace qui est, lui, limité et il y a déjà de plus en plus de conflits visibles et d’autres prévisibles. En se contentant toujours de mesurer les profits bruts, sans prise en compte de l’impact réel sur les territoires souvent réduits concernés on finira par tuer la « poule aux œufs d’or ». Il faudra cependant attendre la catastrophe pour envisager d’autres formes de tourisme avec des propositions plus diversifiées mais tant que l’on peut rêver dans un monde stéréotypé on s’en éloigne.