S’engager dans l’armée française actuelle c’est un peu comme signer un contrat après avoir vu seulement le plan ou encore mieux l’appartement témoin. Il y a loin pour bien des militaires débutants de base entre les images qu’ils se font du métier auquel ils aspirent et les banales réalités du quotidien. L’armée de Terre a lancé l’an dernier 1 544 procédures pour désertion contre seulement 1213 en 2016, aboutissant à près de 900 cas avérés, a admis le Minsitère après une enquête très poussée du journal Le Monde. Ces statistiques traduisent un vrai décalage entre le « travail » espéré et les contraintes qu’il impose. Peu habitués à un rythme de vie régulier, à des tâches indispensables peu valorisantes, à un respect hiérarchique les « engagés » fuient avant la fin de leur contrat. Le recrutement ne parle pas trop de la rigueur qui diffère singulièrement de ce mythe que une arme à la main on devient libre de son action. En fait les jeux vidéo ne correspondent pas du tout, mais pas du tout, au quotidien de la caserne ! Se promener le regard en éveil par groupe de quatre dans les gares, les aéroports, sur les marchés ou dans les rues ne motivent guère les nouvelles recrues. Ils ne savent pas que le meilleur soldat est celui qui ne fait jamais usage de ses armes. Le mythe du combattant défiant des ennemis méchants sur des terrains ou des zones difficiles prend vite du plomb dans l’aile quand il faut crapahuter dans la campagne française et surtout rester en réserve sur le territoire.
En 2018, compte-tenu des opérations en cours et de la nécessité de protection intérieure l’armée de terre recherche plus de 18 000 personnes ! Le service de promotion fait le maximum pour attirer le chaland avec un descriptif alléchant. Pratiquer sa spécialité dans un contexte différent, servir son pays chacun à sa façon, en prenant les armes ou en étant au service des autres soldats, c’est aussi ça l’Armée de Terre affirme le site de recrutement.  « Chez nous, la notion de service est très forte à tous les niveaux. Il y a beaucoup d’entraide entre soldats et un esprit d’équipe intrinsèque au métier. Les femmes sont évidemment les bienvenues. Elles représentent actuellement 10 %  des effectifs  et ont toute leur place au sein de l’Armée de Terre et nous les encourageons à postuler autant que leurs homologues masculins ». Quand on connaît le sort qu’on leur réserve cet appel à la féminisation paraît un peu surfait.
Bien évidemment le fameux slogan « engagez-vous ! Engagez-vous et vous verrez du pays » est décliné avec l’affirmation selon laquelle les soldats ont également tous l’opportunité, une ou plusieurs fois dans leur carrière, de se rendre en opération extérieure. « Ce qui n’empêche pas les militaires qui le souhaitent d’avoir une vie de famille, une vie sociale, normales en dehors, lorsqu’ils ne sont pas en opération. » explique-t-on. Or un exemple récent me fait douter de cette possibilité ! Envoyé officiellement à Dakar un sous-officier part accompagné de son épouse qui abandonne métier, logement et famille. Arrivé su place le soldat est refoulé car il n’y a pas de psychologue sur la base… renvoi en France avec toutes conséquences que l’on imagine. Cette aventure n’est pas unique puisque pour les hommes du rang le déplacement de la famille n’est pas considéré comme souhaitable. Pour les plus jeunes les
La plupart des jeunes qui s’enfuient, se font rattraper et sont jugés avouent avoir été déçus par ce qu’ils vivent ou ont vécu. Trop de cinéma… et beaucoup de désillusions par rapport à une vraie volonté de trouver une voie motivante et surtout souvent d’échapper à une succession d’échecs de tous ordres. La société actuelle effectuant constamment une sélection par la non-réussite elle transforme en rêve des pistes qui s’avèrent être d’une banalité absolue. « Défendre son pays », « combattre pour l’honneur », « s’élever socialement » sont des concepts qui parlent à celles et ceux qui ont une culture personnelle suffisante pour y coller des valeurs. Comme dans tous les métiers il est difficile avant d’y avoir « goûté » d’en apprécier les obligations. Un engagé d’antan ayant effectué son service militaire qui restait comme on disait « sous les drapeaux » savait à quoi il s’engageait… alors que maintenant c’est un saut, sauf motivation réelle, dans l’inconnu !
Le service national universel « sera mené à son terme », a affirmé en janvier le président. « Il entrera à bon port, il sera conduit par l’ensemble des ministères concernés, et pas simplement par le ministère des Armées, il aura un financement ad hoc, qui ne viendra en rien impacter la loi de programmation militaire 2019-2025 qui doit être prochainement présentée. » dont acte ! Il aurait été préférable de se tourner vers un engagement obligatoire d’un mois encadré au service d’une cause citoyenne ou humanitaire, d’un projet solidaire, cultuel, intergénérationnel ou sportif qui aurait ramené bien des jeunes aux réalités de l’engagement leur permettant de se réconcilier avec la réussite. Mais ça c’est plus compliqué car ça suppose un engagement sociétal qui n’est pas encore acquis.

Une réponse

  1. J.J.

    Le phénomène n’est pas neuf, et a sans doute toujours existé, mais les circonstances actuelles l’aggravent sans doute.
    Je me souviens, quand j’étais un simple « appelé », et que nous contestions l’immobilisme dans lequel nous étions parfois maintenu, que nous recevions l’approbation de certains « engagés »(reconnaissables grâce à leur « trottoir à punaise »), qui se disaient « victimes des affiches ». Engagez vous, rengagez vous….

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