Selon l’UNICEF en France, un enfant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté dans le pays où les dividendes versés aux actionnaires battent des records. Trois millions d’entre eux en France sont touchés par la précarité ce qui est en forte augmentation. Pour ces gamins cela veut dire une alimentation défaillante, des vêtements pas assez chauds ou répétés quel que soit les saisons. Il s’y ajoute des repas pas assez abondants, pas souvent équilibrés et pour lesquels la qualité n’est pas la préoccupation essentielle. Je me souviens que, quand j’étais instituteur à la cantine, je regardais simplement combien de tartines de pain prenaient certains rationnaires car ce geste traduisait le fait que le soir ils n’étaient pas certains de manger! Des soins médicaux insuffisants, des suivis scolaires lacunaires, des insécurités de toutes sortes accompagnent ces modes de vie des plus pauvres car ils mettent en cause notre système égalitaire républicain sur un sujet fondamental.. Ces manques accumulées se renforcent les uns les autres : si un enfant est affamé, en France, il sera aussi moins intégré, moins soigné, moins éduqué et c’est un cycle infernal. La réalité est aussi dure pour les personnes âgées ou même des adultes aux revenus trop modestes et qui vivent dans la survie.
Dans le cadre des « pactes territoriaux » mis en place par le Conseil départemental est apparu une grande disparité des situations dans le domaine de l’accès à l’alimentation. Dans le cadre des territoires girondins et des contributions qui ont été remises dans le cadre du pacte territorial des Hauts-de-Garonne ont confirmé l’importance d’assurer l’accès de chacun aux droits fondamentaux, parmi lesquels une alimentation de qualité. En tant que conseiller départemental j’ai souhaité mettre en œuvre la montée en gamme de l’aide alimentaire sur le périmètre de la Maison départementale de l’Insertion et de la solidarité de Créon (3 communautés de communes) en s’appuyant sur les nombreuses initiatives (épiceries solidaires, jardins partagés, ateliers cuisine, lieux de recyclage, cultures bio, Banque alimentaire…), les acteurs du territoire et structurer l’action locale et territoriale pour permettre un accès pour tous à une alimentation saine, équilibrée, produite localement et accessible financièrement.
Un groupe de travail a été constitué réunissant les représentants des CCAS et CIAS du territoire, le centre socio-culturel du Créonnais de « La cabane à projets », les associations caritatives ou solidaires locales, la CAF, le pôle d’équilibre territorial et rural du Cœur Entre Deux Mers et tous les services du Département. Un travail de concertation, de construction et de transcription a débuté avec le souci d’améliorer la cohérence des moyens mis en œuvre pour que le moins d’enfants, de jeunes, de moins jeunes puissent accéder à une alimentation quantitativement et quaitativement suffisante.
Deux réunion en juin 2017 ont donc permis de partager des constats, des enjeux, et de s’accorder sur l’objectif d’écrire ensemble une charte de développement de l’aide alimentaire de qualité à l’échelle des communautés de communes des Coteaux bordelais, des Portes de l’Entre-Deux-Mers et du Créonnais. C’est la première étape de définition du rôle et des engagements de chaque acteur prêt à se mettre en lien, à coopérer dans l’objectif d’accompagner les initiatives locales favorisant l’accès à une alimentation de qualité pour tous. Deux autres réunions en novembre 2017 ont abouti à une première version de la charte, qui a ensuite été complétée, mise en forme par les services pilotes du chantier (DIDS et PTS). La charte définira les relations entre les partenaires sur la base de valeurs et principes partagées, repris de la Charte départementale des épiceries sociales et solidaires, de la Charte des espaces naturels, agricoles, forestiers et urbanisés de Gironde et de la charte de la restauration des collèges publics girondins.
Elle sera structurée autour de 3 axes :
–       Développer l’accès à une aide alimentaire de qualité en faveur des personnes fragilisées,
–       Accompagner, autour de l’aide alimentaire, les initiatives innovantes contribuant au développement des ressources des territoires et des personnes,
–       Développer une alimentation de qualité en production et en approvisionnement local
Pour chacun des axes, la charte énonce des objectifs communs et les engagements des partenaires.
L’évolution de l’offre d’aide alimentaire et d’accompagnement social sur le territoire est au cœur de cette charte en vue de toucher un plus large public. Plusieurs domaines sont concernés : information et orientation des publics, développement des services d’accompagnement, qualité de l’approvisionnement.
L’animation de la charte reposera sur des réunions semestrielles entre les signataires pour faire le bilan de la mise en œuvre des objectifs et engagements, l’organisation de groupes de travail sur des objectifs spécifiques, la mise en place d’un conseil local de développement social par le Département de la Gironde à l’échelle des 3 communautés de communes pour accompagner les projets et initiatives locales. Une démarche de co-construction territoriale qui débouchera sur des projets nouveaux et qui placera le Département dans son rôle essentiel de garant de la solidarité humaine. Le canton de Créon sera encore une fois pilote en la matière grâce à une conjonction des apports de personnes venues de tous les horizons. La charte sera prochainement présenté aux partenaires et signée en fin d’année 2018 pour une durée de 3 ans ! Une innovation qui pourrait être démultipliée.

Une réponse

  1. JJ Lalanne

    A la manière d’ Audiard, on peut dire que le monde se divise en deux parties: Ceux qui touchent des loyers et ceux qui les leur paient. Ces derniers qu’ ils soient ponctionnés ou non par des actionnaires,de toute façon ils le seront encore plus pour juste ne pas dormir dans la rue et après, pour se nourrir… Quelle colère ai-je pu ressentir en entendant: « elle touche une aide,je vais pouvoir l’ augmenter ». Des gens prompts à critiquer le coût des aides sociales qui ne veulent pas voir que ces aides ce ne sont pas les « assistés » qui les touchent mais bien eux. Ça c’ est pour parler de la cause principale de la pauvreté dans la plupart des cas mais pour l’ action du Conseil Général sur l’ alimentation, j’ adhère sur le principe en comprenant en même temps que ça va demander de sacrés contrôles. Dur mais louable.

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