Parfois il arrive que l’on se rende compte des limites absolues de la démocratie dans sa forme actuelle. En fait ce doute repose sur un constat de plus en plus alarmant : l’impossibilité réelle qui existe pour informer clairement et pédagogiquement les citoyen(ne)s de plus en plus éloignés des réalités. Happés par des artifices de communication ils réagissent en effet sur des bases fausses ou tellement imprécises qu’elles permettent de tout justifier. Le problème n’est pas nouveau ! J’ai toujours puisé dans les principes de Mendès-France la gouvernance de mes mandats électifs passés. Lorsqu’il devient Président du conseil (le Premier ministre d’alors) il applique la méthode en trois points qui lui a réussi au ministère de l’Economie nationale (1944-1945) et lui réussira tant : des problèmes, des solutions, un effort.
A peine dix jours après son investiture, il inaugure les « causeries pédagogiques » radiodiffusées dont il espère qu’elles auront le même effet que celles de Roosevelt sur la population américaine dans les années 30. Grand bien lui en fait car sa popularité croît – en août 1954, son audience est de 62% d’approbation contre 7% de mécontentement – alors qu’il explique à la nation son action dans des causeries hebdomadaires radiodiffusées. Dès sa première adresse, l’homme est clair sur ses intentions : « Mon intention est de m’adresser à vous régulièrement, pour vous parler en toute simplicité et vous tenir au courant de ce que fait et de ce que pense le Gouvernement. Je crois que c’est l’une de mes taches d’expliquer à l’opinion la signification et la portée de nos actes. » Mais Mendès France sait que la communication ne marche que si le deux éléments communicants sont réceptifs l’un à l’autre : il se veut à l’écoute de la population.
Toutes les semaines, c’est une complicité renouvelée entre les Français et leur président du Conseil, qui leur parle en grand frère bienveillant et responsable, Mendès déborde du champ habituel des discours politiques pour rapprocher son auditoire de lui : il se montre ainsi réconfortant, encourageant, affectueux… Si le public qu’il cherche à toucher change chaque semaine, c’est que PMF fait attention aux différentes composantes de la population ; tel un grand communiquant moderne, il s’adresse tantôt aux ménagères, tantôt aux hommes actifs, tantôt aux retraités, tantôt aux enfants et aux jeunes. Ce pari est audacieux car il table sur une foi inébranlable dans la nature humaine même si les populismes, les nationalismes, les extrémismes, les totalitarismes restaient des menaces permanentes.
Notre société a-t-elle changé ? On peut au minimum penser qu’elle n’a pas évolué et au maximum envisager qu’elle ait plongé dans ses travers désastreux ! Mendès na cherchait pas à vaincre mais à convaincre. Il faisait appel à la responsabilité et à l’engagement civique avec le risque de passer pour un moralisateur austère et décalé ! Il n’y a plus de place pour de telles valeurs en « politique » car plus personne ne s’intéresse au fond mais se concentre sur la forme. Hier « Jupiter » a envoyé ses missi dominici dans les provinces pour tenter de justifier des réformes orientées (et c’est normal car c’est sa ligne de conduite) vers une précarisation et une privatisation de la société française jusque là protectrice et régulée. Son épouse a été mobilisée et a débarqué à Bordeaux pour démontrer, son attachement au soutien aux handicapés. Bien évidemment un déplacement de ce type soigneusement préparé va renforcer l’image d’une compassion et d’un intérêt simple et sincère pour une cause relevant de la solidarité humaine la plus élémentaire. Mais comme sur tous les sujets il n’y aura aucun contre-point précis, aucune évaluation objective de la situation, pas une véritable rencontre avec la réalité sociale actuelle. Ce n’est pas « vendeur »!
La veille avait lieu à Paris la réunion des Présidents des départements de France révoltés car ils doivent assumer au nom du principes républicains d’égalité, de fraternité et de liberté les aides délivrées à toutes les personnes (de tous les âges et de tous les niveaux sociaux) contraintes de préserver leur autonomie de vie. Ils ne cessent d’expliquer que les récentes mesures sur la limitation arbitraire de leur autonomie financière, la non-compensation des transferts effectués par l’État et plus encore le décalage entre les besoins et les moyens déployés vont à l’encontre des effets médiatiques utilisés pour masquer de situations catastrophiques. L’écho de leurs positions est nul !
Sur le seul domaine très précis du handicap l’État doit au département de la Gironde près de 45 millions d’euros par an mais dans le fond qui s’en soucie ? Impossible de l’expliquer, de le transmettre, de le justifier et donc de pouvoir lutter contre le rouleau compresseur des certitudes simplistes… C’est peine perdue face à deux tweets soigneusement libellés, à une belle séance de photos publiées sur les pages glacées des magazines. Plus de 150 enfants handicapés sont sans affectation et près de 200 autres attendent les prises en charge psychiatriques. C’est pas très glamour… et comme le pensait Pierre Mendès-France « Parce qu’elle dépend essentiellement de la volonté des citoyens, parce qu’elle suppose un effort permanent, la démocratie n’est jamais acquise. ».

Une réponse

  1. JJ Lalanne

    Quand je vois combien de nos anciens collègues « zappent »lorsque un média passe de la « politique »,pour ne regarder ou n’écouter que « des sports ou des jeux » et qu’ ils clament haut et fort qu’ ils ne regardent que ça…Quand on voit l’ état de déliquescence démocratique dans lequel sont tombés ces anciens hussards noirs de la République, qu’ attendre des autres? Se disent, certains, de gauche parce qu’ « ils votent pour des gens qui ont cette étiquette » mais au fond ils ne savent même plus ce que ça veut dire… Je ne frappe pas ces gens dans le dos,je leur ai souvent donné mon point de vue. Je dis bien donné parce leur dérive empêche toute discussion. Leur fait remarquer également que des personnes n’ayant pas eu la chance de faire autant d’ études,voire immigrées, ont souvent plus de conscience politique et s’ intéressent plus à ce qui se passe dans notre pays ou dans le monde. Combien de temps avant que mon idéalisme se transforme en désespoir? Ça m’ a coûté et me coûte cher mais pas question de me résoudre ou de me taire.

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