Le Mondial est passé. On a éliminé partout dans les villes et les villages de France les déchets de la grande fête populaire. Les brasseurs ont réalisé des opérations économiques faramineuses dans des « zones » d’éducation prioritaire au métier difficile de supporteur(trice). Les chantres de la cohésion nationale ont poussé leur cocorico sociologique. Sur certains réseaux sociaux les « racistes » se sont éclatés. Les réceptions officielles se succèdent. La fédération a engrangé une pactole impressionnant. Les pelouses de l’Elysée sont devenus des champs populaires. Les Bleus ont fait ressortir le blanc et le rouge qui renforce leur gloire républicaine. Les clubs de football se préparent à demander des subventions supplémentaires pour accueillir les graines de champions du monde de 2026 sur des installations saturées. Les louanges pleuvent sur une manifestation qui a rapporté des milliards au milieu « médiatico-sportivo-économique ». Le moral des Françai(se)s a repris des couleurs et la consommation intérieure de produits importés a connu un boom salvateur. Bref il est temps de se sortir du gaz euphorisant pour examiner la situation sous forme d’entretien :
Roue Libre : Quel est selon vous le grand vainqueur de ce Mondial ?
J.-M.D. :>Aucun doute. Ce n’est pas la France et surtout pas son Président de la République. Le grand vainqueur de ce Mondial c’est Wladimir Poutine ! Il a parfaitement réussi son pari en réussissant une manifestation planétaire largement supérieure aux JO d’hiver de Sotchi et qui a démontré la solidité de son régime. La Russie est apparu comme un pays ouvert sur le monde, accueillant, maîtrisant parfaitement la sécurité et ayant dans les temps répondu techniquement à toutes les obligations. Contrairement à toutes les coupes du monde antérieures il n’y a pas eu un seul couac durant cette compétition ou du moins ils ont été masqués. Les supporteurs rentrent persuadés que la Russie est un pays libre, propre, sans misère sociale et parfaitement démocratique. Toute la misère d’une partie du peuple a été soigneusement cachée et peu de monde s’est préoccupé des privations de liberté imposées par un régime « autoritariste. ». Face aux errances de Trump, aux doutes de l’Europe, aux contraintes imposées par un embargo lié à la guerre de Crimée, le Mondial aura constitué le principal atout de Poutine devenu dans l’opinion publique mondiale comme un gentil organisateur compétent !Et ce n’est pas son entrevue avec trump quia écorné cette image positive.
Roue Libre : Il y a donc un perdant ?
J.-M.D.- Il n’y pas un perdant mas des perdants. D’abord le football sud-américain qui a rapidement disparu du paysage avec pourtant des équipes ayant des références. Le Brésil a été non seulement largement dominé mais a donné à causse des roulades de Neymar une image déplorable de sa mentalité. Tous les autres pays n’ont jamais donné l’impression de pouvoir rivaliser avec les nations européennes. Parmi celles-ci ce sont celles qui ont les championnats réputés les plus exigeants et dans lequel les « stars » ont tout donné pour des titres en club qui ont démontré leurs limites. « L’invasion » de joueurs étrangers diversifiée en Espagne, en Angleterre et en Allemagne a limité l’émergence de talents nationaux. L’équipe national est arrivée au bout d’une saison où la Ligue des champions a constitué un objectif usant moralement et physiquement. Les gens de Barcelone, du Bayern, de Chelsea ou de Manchester City ont souvent déçu ! Enfin les vrais perdant sont les équipes qui ont tenté d’assumer collectivement le jeu quand il fallait s’en remettre à l’efficacité du contre !
Roue Libre : La France a-t-elle mérité son titre ?
J.-M.D.- : Oui car elle a su ne pas renouveler ses erreurs des compétitions antérieures avec des demi-finales ou finale jouées la fleur au fusil pour finalement être châtiée par le réalisme des adversaires. Stratégiquement Deschamps a réussi à bâtir une équipe solide en demandant à des joueurs d’oublier leurs egos pour simplement attendre les opportunités de faire parler leur talent individuel ou d’exploiter les faiblesses des adversaires. Dans chaque match la consigne « d’avant tout commencer par penser à ne pas perdre » a permis d’user des adversaires avant de les « poignarder » par un opportunisme maximum. La France n’a jamais été brillante mais n’a jamais été faible et dans une coupe du Monde c’est la constance des constances qui prime Le parcours d’entraîneur de Didier Deschamps avec ses passages par l’Italie, des clubs sous pression a largement pesé dans cette victoire car il a réussi la synthèse d’un collectif robuste laissant la capacité à s’exprimer individuellement de ses « jeunes » talents.
Roue Libre : On a constaté un enthousiasme national autour de ce titre ?
J.-M. D.- La France est un pays des réactions extrémistes. On est pas supporteur réel d’un club mais d’une équipe que quand elle gagne. Si les Bleus avaient perdu (et ils sont parfois passé très près en poule) ils auraient été lapidés ou dénigrés avec la même intensité qu’ils ont été adulés. Depuis des siècles la France a besoin de héros, d’hommes providentiels pour incarner son unité inexistante le reste du temps. Une partie de la population s’est appropriée ce succès car il lui redonne l’espoir de pouvoir exister positivement quand elle est souvent en situation d’échec. On avait cru en 1998 que le mal de la fracture sociale serait résorbé par une équipe « black-blan,beur » et rien n’avait changé. Au contraire rien n’est pire que de faire naître des rêves de fraternité, d’égalité et de ne rien faire pour qu’ils se transforment en réalités même maigres et éphémères. Le véritable point positif c’est la place des femmes dans cet engouement collectif. Elles ont été nombreuses, motivées, lucides… et ce sera durable en ce qui les concerne. Les lendemains de victoire ne permettent pas des analyses lucides et donc la tentation sera forte de vouloir panser les blessures du quotidien avec le baume volatile d’une épopée impossible à renouveler très souvent. ce ne fut pas une victoire de la France mais de la nation française et de ceux qui su y faire vivre leurs rêves

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