La nuit du 4 août vaut à bien des égards celle du 14 juillet… mais elle n’ jamais été inscrite dans les « pratiques commémoratives » républicaines car elle, est contrairement à celle de la prise de la Bastille moins glorieuse pour le Peuple. Ce furent en effet quelques heures de surenchère venant de la noblesse inquiète sur son avenir qui suffirent à parer cette séance de l’Assemblée constituante des atours révolutionnaires. La fameuse « abolition des privilèges » fut en effet portée en grande partie par des gens porteurs de titres que l’on n’avait pas encore détruits. La pression portée par une vague de révolte provinciale succédant à celle d’une poignée de bourgeois parisiens (on appela ces deux semaines « La grande peur » conduisit les « seigneurs » à tenter de sauvegarder ce qui pouvait l’être encore. Détruisant les fameux « livres terriers » qui portaient la trace « légale » des droits perçus par les nobles et le clergé auprès des habitants de leurs terres les « paysans » semèrent la panique dans les châteaux.
Cette vraie révolte conduisit même à la destruction de biens,d’archives, de symboles appartenant à une caste « propriétaire » de la quasi-totalité du territoire royal. Le mérite du vote de cette nuit « historique » ne revient donc pas aux député (e)s mais plus certainement à ce mouvement de fond qui plongea la France des privilèges dans l’angoisse de perdre le seul droit qu’elle voulait conserver : la propriété ! Elle abandonna des « droits financiers » acquis pour sauvegarder (provisoirement) son atout essentiel qui était la main mise sur les terres arables, les forêts, les équipements de transformations comme les moulins.
Début août l’idée d une abolition des droits seigneuriaux fait son apparition afin de ramener le calme dans les provinces. Au fil de la séance du 4 août ses pairs firent assaut de réformes : l’égalité de tous devant l’impôt et le rachat des droits féodaux ; abandon des pensions militaires, l’égalité des peines sur toutes les classes sociales ; l’accessibilité égalitaire aux emplois ecclésiastiques, civils et militaires, la disparition des pensions sans titres, des juridictions seigneuriales, du droit de casse et des avantages liés à la religion… On entendit bien dans ce concert de réformes une ou deux voix de… bourgeois pour critiquer « l’inaction des autorités » contre les émeutiers et demander « des consignes sévères aux tribunaux ». Les éternels partisans de la répression furent contraints de s’incliner devant la volonté… ce ceux qui proposaient de répondre aux attentes des contestataires.
Imaginez un instant que dans notre Palais Bourbon s’élève, dans les rangs des députés de la majorité, un stentor pour clamer que « le premier des sacrifices soit celui que feront les grands, et cette portion de la noblesse, très opulente par elle-même, qui vit sous les yeux du prince, et sur laquelle il verse sans mesure et accumule des dons, des largesses, des traitements excessifs, fournis et pris sur la pure substance des campagnes ». La noblesse existe encore, c’est celle qui détient non plus la propriété foncière mais le contrôle de la finance et des outils du profit croissant destructeur de l’humanité elle-même.
Peut-on imaginer une nuit du 4 août dans notre belle démocratie ? Impensable malgré les rêves utopiques de certains car d’abord il n’y a pas de volonté collective d’exercer une pression sur le pouvoir en place. Il faut bien reconnaître ensuite que le contrôle de toute tentative de s’en prendre aux véritables « propriétaires » de la France n’existe plus comme ce fut le cas en 1936 avec la fameuse liste des 400 familles. La parcellisation des contestations est telle que plus rien n’angoisse la caste dirigeante. Par exemple depuis quelques mois elle pratique le renforcement des privilèges à travers des décisions technocratiques cumulées changeant fondamentalement les rapports entre les classes sociales.
Le Ministère des finances vient d’en donner au cœur de l’été une illustration flagrante. Il vient de publier le résultat financier des réformes votées dans la loi des finances de l’an passé et qui sont donc en vigueur depuis le 1° janvier 2018. Cette statistique porte sur les rentrées fiscales constatées durant les six premiers mois de l’année. Celles liées à l’impôt sur la fortune financière, les successions, l’imposition du capital ont chuté de 38,8 % … un beau retour sur investissement dans le pouvoir en place ! Les impôts sur les sociétés dont les bénéfices ont augmenté de manière significative sont en diminution de 10,5 %. Des éléments incontestables sur le rétablissement d’avantages considérables accordés à un nombre réduits de personnes (actionnaires ou propriétaires) au détriment des autres secteurs de la vie sociale.
L’impôt sur le revenu du plus grand nombre a augmenté de 1,2 % avec une mensualisation dont n mesurera les vrais effets en fin d’année. La TVA qui pénalise les plus faibles revenus connaît une embellie de 1,9 % et la Taxe intérieure sur les produits énergétiques à laquelle il est bine difficile d’échapper a cru de 14,6 % en six mois ! Il faudrait y ajouter les ponctions CSG, la hausse des tarifs dans tous les domaines, la baisse des APL et de bien d’autres secteurs ne touchant pas de près ou de loin les privilégiés de la finance. Mais on est le 6 août… et ce sont les vacances !

3 Réponses

  1. Philippe LABANSAT

    Eh oui ! L’aristocratie républicaine a su reconquerir tout le terrain perdu par l’aristocratie nobiliaire, et bien au-delà. Et tout cela en se gargarisant des devises républicaines.
    Pour l’impôt, on entend dire que plus de la moitié des Français ne payent pas d’impôts. Impôt sur le revenu oui, mais pour le reste.
    Même les bénéficiaires du RSA, sur une moyenne de 7 % environ, payent plus de 400 € d’impôt par an par le biais de la TVA !…

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  2. faconjf

    Bonjour,
    je note l’étrange discours au micro de RTL ce vendredi, de Gerald Darmanin qui justifiait une nouvelle fois la hausse de la taxe sur les carburants. Selon le ministre de l’Action est des Comptes publics, elle inciterait les gens à changer de moyen de transport. N’est-ce pas là une forme d’aveuglement social étant donné que tous les Français n’ont pas les moyens financiers d’en changer ni de troquer leur voiture pour une voiture électrique ?
    Et en regardant un peu plus loin, on peut légitimement se poser cette question: si demain la moitié des automobiles vendues sont électrique, alors comment compenser les milliards de TICPE manquants ??
    La taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) qui porte sur l’essence, le fioul… a rapporté 16 milliards d’euros à l’État en 2016. En prenant en compte la TVA, les taxes sur l’assurance, les péages ou encore les certificats d’immatriculation, le total des taxes acquittées par les conducteurs dépassent les 65 milliards d’euros, soit plus que l’impôt sur les sociétés.
    Moi je parie qu’une taxe sur l’électricité viendra alors compenser ( à minima) cette perte de TICPE.
    Où sera alors l’avantage financier du véhicule électrique ? Évaporé bien évidemment !
    Encourager les salariés à aller encore plus loin pour retrouver du travail n’est-il pas contradictoire avec une société sobre en énergie ?
    Et ce sont principalement les résidents de la ruralité, qui ne peuvent se passer de la voiture, qui sont les plus taxés.
    Le nouveau monde promis par le méprisant de la ripoublique ressemble à s’y méprendre avec l’ancien régime!!
    Salutations républicaines

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  3. bernadette

    Les transports express regionaux, les bus dans les villages, les elus s’en foutent royalement.
    Les lobbys de la bagnole sont les elus.
    Excusez ma franchise….

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