Le discours que j’ai prononcé à l’occasion du nouvel an juif au nom de Jean-Luc Gleyze Président du conseil départemantal.

« (…) je vous remercie chaleureusement Monsieur le Président du Consistoire israélite, cher Erick Aouizerate de continuer à associer notre collectivité territoriale que l’on annonce année après année de manière récurrente en voie de disparition depuis quelques décennies, à ce rendez-vous de Roch Hachana à la fois solennel et festif célébrant l’anniversaire de la création du monde et conduisant aux 10 jours de pénitence précédant la fête de Yom Kippour.
 Sachez que nous y voyons un signe fort d’attachement aux valeurs que porte notre Département depuis des décennies sous l’impulsion de Philippe Madrelle pour lequel j’ai une pensée particulière en cette soirée à laquelle il est attaché puis sous celle de Jean-Luc Gleyze. Notre engagement collectif reposant sur le respect, la tolérance, le partage et la solidarité me permet de me sentir en confiance dans ce lieu chargé de symboles.
C’est d’abord un message d’espoir pour que nous devenions capables de construire un monde meilleur donnant toute sa place à l’égalité, à la liberté mais aussi la fraternité ferment de la qualité d’un vivre ensemble de plus en plus malmené que je tenais à vous délivrer en cette cérémonie laïque annonciatrice de l’entrée lundi soir dans l’an nouveau 5579.
Vous savez toutes et tous, qu’en cette soirée importante pour votre vie spirituelle personnelle et collective, vous allez débuter une période durant laquelle vous devrez effectuer le bilan de l’année écoulée et réfléchir aux orientations de celle qui s’ouvre. Vous refermerez bientôt un livre des jours écoulés avec des chapitres personnels différents mais tous constitutifs de votre vie. Vous pouvez le faire avec regret ou avec soulagement mais, quoi qu’il soit advenu au cours des derniers mois, la dernière page recouvrira inexorablement des feuillets de souvenirs plaisants ou désagréables, inquiétants ou rassurants, lumineux ou sombres constituant la particularité d’un destin.
Permettez-moi, mesdames, messieurs d’évoquer au moment de nous retourner sur ce passé récent, une silhouette qui se détache dans la nuit et le brouillard des événements lointains s’étant succédés sur notre planète. Cette silhouette altière désormais perdue dans la nuit du temps c’est celle de Simone Veil,
Femme humble mais tellement riche et précieuse pour nos valeurs communes,
Femme fragilisée car irrémédiablement imprégnée par de terribles souvenirs qui l’ont pourtant dotée d’une farouche pugnacité pour éviter aux autres de connaître les mêmes,
Femme d’engagement ne renonçant jamais à donner du sens à son action publique,
Femme lumineuse par sa volonté, que l’on ne peut pas oublier, d’améliorer le sort des femmes confinées dans la prison des convenances
Femme intransigeante face aux outrages faits à l’humanité dans le passé et dans le présent.
Femme indépendante, franche, forte, rappelant dans son autobiographie bien mieux que je ne saurai le faire les fondements de son engagement social : « Mon appartenance à la communauté juive ne m’a jamais fait problème. Elle était hautement revendiquée par mon père, non pour des raisons religieuses, mais culturelles »… « À ses yeux, si le peuple juif demeurait le peuple élu, c’était parce qu’il était celui du Livre, le peuple de la pensée et de l’écriture. »
Elle est là, au moment de refermer justement le livre celui de la pensée et de l’écriture de l’année écoulée, parmi nous, quelque part, invisible mais bien présente, en ce jour de joie et d’introspection comme elle est aussi, j’en suis certain, « là-bas dans les plaines allemandes où s’étendent désormais des espaces dénudés sur lesquels règne le silence » qui selon elle « est le poids effrayant du vide que l’oubli n’a pas le droit de combler et que la mémoire de vivants habitera toujours ».
Il nous appartient aux uns et aux autres, quelles que soient nos croyances, nos origines sociales, nos fonctions, nos engagements philosophiques, politiques, religieux ou non-religieux, de respecter son courage, d’avoir sa motivation, de suivre son abnégation, en ne renonçant jamais à faire vivre, au cours de l’année nouvelle la tolérance, en ne nous contentons pas du facile devoir de mémoire occasionnel institutionnel mais en faisant tout ce que nous pouvons pour l’enseigner et de la transmettre ce qui est beaucoup plus exigeant.
Nous devons à Simone Veil l’engagement de meubler par nos actes et nos paroles le silence parfois mortel de l’indifférence qui s’empare malheureusement des sociétés apeurées, serviles, oublieuses de leur passé.
Quand on observe les soubresauts agitant cette Europe des Peuples qu’elle a symbolisée et portée avec dignité et sobriété, nous nous devons de fermement résister, certes en paroles mais aussi en actes, à cette vague déferlante naissante ou déjà bien installée, de la haine, de l’exclusion, du rejet de l’autre justifiée par des arguments économiques déshumanisés.
« Venus de tous les continents, croyants ou non croyants, nous appartenons tous à la même planète, à la communauté des hommes » expliquait Simone Veil. « Nous devons être vigilants et la défendre non seulement contre les forces de la nature qui la menacent mais encore davantage contre la folie des hommes ». Elle est trop souvent présente cette folie des hommes. Elle se répand comme une tache d’huile sur la surface réputée paisible mais dangereuse d’une eau de plus en plus trouble ou flottent des d’idéaux nauséabonds.
Comment donc oublier ces propos de Simone Veil vérifiés chaque jour dans des faits de notre vie sociale quotidienne ? Comment ignorer que l’histoire, depuis quelques temps, a une fâcheuse tendance à bégayer ou à balbutier ? Comment refuser de voir que la poussière de l’indifférence étouffe progressivement des consciences fragilisées par l’ignorance ? Comment ne pas être révulsé par les violences, les crimes, les attentats, les attaques militaires commis au nom des appartenances religieuses ? Comment en ce changement d’année ne pas regretter que des enfants, des femmes, des hommes meurent chaque jour aux portes de l’espoir ? Comment ne pas regretter, comme Simone Veil, que trop souvent « la mauvaise conscience générale permette à chacun de se glorifier d’une bonne conscience individuelle du genre « ce n’est pas moi qui suis responsable puisque tout le monde l’est !».
 En cette entrée dans une année nouvelle souhaitons que cette femme d’exception soit, depuis le Panthéon où elle repose désormais symboliquement dans la paix des Justes, une source d’inspiration à bien des égards pour les femmes et les hommes ayant un rôle dans la conduite des affaires du monde. Ravivons pour votre année nouvelle toutes ses couleurs à la fraternité en tendant la main, en refusant la précarité sociale, culturelle, économique et en ouvrant nos cœurs à celles et ceux qui souffrent.
 Permettez-moi d’avoir aussi en ces circonstances une pensée particulièrement émue pour Maître Gérard Boulanger, laïque convaincu, progressiste acharné, militant infatigable des Droits de l’Homme, avocat courageux des causes justes qui avait parfaitement résumé ce que devrait être notre combat pour la mémoire d’une époque terrible : « Ma conviction demeure que la Shoa doit être avant tout le problème des non-juifs, sinon quel échec pour l’humanité. »  J’en suis convaincu ! Si la digue des consciences éveillées cède tout un système social démocratique, républicain se noiera dans les nationalismes exacerbés.
L’ouverture, la tolérance, le partage doivent en effet rester les valeurs socles d’une République laïque, ouverte, et solidaire, que nous tentons toutes et tous, chaque jour, humblement de consolider. Le Département y prend sa place. Le Département continuera espère continuer à y prendre sa place. Le Département, fidèle aux engagements de sa majorité, poursuivra son soutien aux initiatives culturelles élevant les esprits et favorisant la diversité quel qu’en soit le prix à payer.
Les combats de Simone Veil furent réputés d’avant-garde, mais ils sont désormais aujourd’hui d’actualité et plus que jamais ils doivent être repris ! Je pense à la lutte contre l’antisémitisme et plus largement contre le racisme, à la dénonciation des extrémismes de tous bords, à l’égalité entre les femmes et les hommes, à la valorisation d’une Europe pacifique, socialement évoluée et culturellement protégée.
Devant des dangers concrets, parfois de plus en plus banalisés, ne baissons pas la garde, restons vigilants, restons solidaires.  « La situation de paix qui a prévalu en Europe constitue un bien exceptionnel, mais aucun de nous ne saurait sous-estimer sa fragilité. » Simone Veil a laissé ce constat en guise d’avertissement prémonitoire.
Que cette fête solennelle soit donc celle de l’entente entre les hommes de bonne volonté.
Qu’elle vous permette de tirer les leçons du passé pour construire un avenir solide (…)

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