Il arrive que dans une équipe gouvernementale il y ait un ministre ou deux qui, beaucoup plus que les autres, symbolisent la réalité des orientations politiques mises en œuvre. En fait Edouard Philippe a deux cailloux dans sa chaussure avec Castaner qui lui a été imposé au Ministère clé de l’Intérieur et Darmanin dont l’arrogance permanente renforce le sentiment que rien ne compte hors le fric. Tous deux brillent par leurs déclarations méprisantes sous le prétexte qu’ils maîtrisent les deux secteurs clés que sont la sécurité et les finances. Depuis quelques jours ils enchaînent les déclarations fracassantes comme pour justifier leur statut de « grandes gueules » inconditionnelles. Une concurrence dans l’outrance expliquée par le fait que le « Nordiste » de droite a longtemps été persuadé qu’il aurait le poste du « Sudiste » ex-de gauche, place Bauveau !
Après un discours à la Sorbonne, le Ministre de l’Action (taxation à tout va!) et des comptes publics avait réagi sur Twitter, affirmant que « pointer la déconnexion, ce n’est pas la revendiquer ». Il est vrai qu’il avait besoin de se dédouaner de propos pour le moins discutables. « Nous devons tous intégrer et pas seulement expliquer, mais entendre et comprendre, ce que c’est de vivre avec 950 euros par mois quand les additions dans les restaurants parisiens tournent autour de 200 euros lorsque vous invitez quelqu’un et que vous ne prenez pas de vin. » Cette référence avait vite provoqué l’ire de dizaines de milliers de personnes pour lesquelles une somme pareille est incompatible avec leur train de vie ! En effet il existe bien des gens dans notre pays qui ne peuvent même pas aller au restaurant…. C’est là qu’est le vrai problème : même sans sa politique d’augmentation des taxes absolument inégalitaire l’accès à des lieux culturels, économiques, de loisirs n’est plus possible pour ces classes moyennes au cœur des contestations actuelles ! Il se croit malin en leur forunissant des arguments pour aller encore plus loin dans leur détresse !
La seule référence aux « restaurants » parisiens de ce niveau est injustifiable pour des classes populaires qu’il précipite ainsi dans la populisme ! J’ai eu l’occasion de le croiser lors d’une réunion de propagande sur la fiscalité tenue à Bourg sur Gironde début juillet… Ce jour-là ses propos révélaient une méconnaissance absolue de la réalité des collectivités locales mais il était visiblement outré que l’on puisse lui dire tellement ce Ministre a une haute idée de sa personne (pas très grave!) mais surtout de ses décisions (dont on voit l’efficacité). Il jugeait, dénonçait, affirmait, extrapolait, donnait la leçon en toute quiétude avec l’arrogance de celui qui sait et qui doit évangélisait des troupes ignares ! Le contredire était inadmissible !
La venue de la «  retenue à la source » dans un peu plus d’un mois va encore mettre en évidence sa vanité. Il est certain que dans le contexte actuel les sommes reçues par les salarié(e)s, les retraité(e)s après des fêtes de fin d’année difficiles, ne va pas forcément diminuer la colère actuelle. « J’ai dit qu’il y avait des choses qui relevaient du scandale et qu’il y avait une frustration très profonde entre ceux qui bossaient, ceux qui avaient du mal à s’en sortir et le fait effectivement qu’un certain nombre de personnes vivent dans un monde déconnecté et prennent des décisions qui peuvent apparaître déconnectées » ; C’est de l’autodérision sauf s’il de publie toutes les notes des restaurants qu’il a fréquentés depuis un mois et dont… il a assuré le règlement de l’addition sans se la faire rembourser par son Ministère. Il a creusé le fossé déjà profond entre la réalité que les gens vivent et la manière dont l’élite au pouvoir la perçoit !
Le Ministre de l’Intérieur n’est pas mieux. Son exploitation strictement politicienne des événements désastreux des Champs-Élysées comme il l’avait fait antérieurement des statistiques sur les blessés et les morts est pitoyable. Soulignant un « fort affaiblissement de la mobilisation et pointant l’implication de « l’ultradroite » dans les violences, il s’est ridiculisé puisque la très grande majorité des analystes parlent de bandes de casseurs venues de la périphérie parisienne et notent qu’encore une fois parmi les « gilets jaunes » même s’il est indiscutable que certain(e)s aient une vraie tendance à se venger des pouvoirs successifs en votant ou en menaçant de voter aux extrêmes il ya des gens sincères qui se entent méprisés !. Castaner a des réactions que les pires ministres de l’Intérieur qui l’ont précédé on eu.
Il va féliciter les forces de l’ordre qui ont « repoussé les séditieux » qui « ont répondu à l’appel notamment de Marine Le Pen et veulent s’en prendre aux institutions comme ils veulent s’en prendre aux parlementaires de la majorité. » On ne peut pas plus faire de décalé par rapport à ce que n’importe quel élu local constate dans le quotidien. C’est une faute grave qui discrédite encore plus l’élite politique : la seule réponse à une lame de fond (bien des gens n’ose pas revêtir le gilet mais il le soutienne) a été l’affirmation que celles et ceux qui souffrent sont des « séditieux » !
En mai 68 un certain Christian Fouchet déclarait que les étudiants étaient « infiltrés par des spécialistes éduqués à l’étranger, notamment à Cuba » et le Ministre des finance d’alors ajoutait : (…) « derrière ces agitations une manipulation politique, c’est-à-dire une volonté de certains groupes ou groupuscule d’affaiblir le gouvernement et l’État ». Quant à Marcellin qui arriva la 31 mai place Bauveau il affirma des années plus tard que les révoltes étaient inadmissible car « elles faisaient baisser les cours de la bourse ! » Comme quoi les mêmes causes produisent des déclarations identiques avec les conséquences que l’on connaît !