Dès les annonces présidentielles sur les mesures destinées à apaiser la fièvre jaune, j’ai sur Roule Libre démonté des annonces rapides, brutes de décoffrage et totalement impossibles à mettre en œuvre au 1° janvier. C’est en effet le type des déclarations faites à l’emporte-pièce dans un système tellement complexe et figé que le moindre battement des ailes d’un papillon déchaîne des tempêtes. Il y avait deux supercheries simplificatrices. La première consistait à faire croire que tous les gens au SMIC ou en dessous du SMIC toucheraient 100 € sans que cette somme soit acquittée par leur employeur. Très vite sont apparues ce que le gouvernement a appelé des « mesures techniques » qui ont douché les enthousiastes. La fameuse prime serait celle d’activité revalorisée plus vite que prévue et dont on déduirait la hausse du SMIC au 1° janvier. Pas question de changer pour autant les modalités d’attribution et donc il faudra patienter le temps que la Caisse d’Allocations Familiales calcule qui y a droit… On ne sait même pas à quel public elle est destinée et un barème devra être déterminé. Tout le monde travaille d’arrache-pied pour trouver une solution acceptable.
Dès le 5 février, la prime sera versée pour compléter le salaire de janvier et atteindre ainsi la hausse de 100 € a précisé le Premier ministre. Le nombre de « foyers éligibles » a donc été largement revu à la hausse passant de « 3,8 millions à 5 millions. Ce ne sont plus, seulement, les salariés au SMIC qui bénéficieront de cette mesure puisque tous les salariés célibataires sans enfant auront 100 € de plus jusqu’à 1560 € net de revenus. Avec un enfant, une mère célibataire, pourra percevoir la prime jusqu’à 2 000 € de salaire. Un couple de deux enfants, dont l’un gagne le SMIC et l’autre 1750 €, verra ses revenus augmenter de 200 € par mois. Mais attention contrairement à ce que beaucoup pensent tous les salariés au SMIC ne toucheront pas les 100€ : la prime d’activité prend, en effet, en compte les « revenus » de l’ensemble du foyer et n’a donc pas de lien avec le seul salaire.
Les CAF renâclent car elles n’ont pas les moyens humains et matériels de faire face à une telle montée en puissance dans des délais aussi courts. Au niveau national on a affirmée que l’on serait prêt fin… juin prochain ! Elle a en plus présenté une facture salée au gouvernement pour accepter cette modification imposante de son périmètre d’intervention. Mais peu importe il faut tenir compte avant les vœux du nouvel an des promesses présidentielles ! Alors il serait question de monter une usine à gaz qui mettrait encore les entreprises qui, après être perceptrices d’impôts deviendraient dispensatrice d’allocation sociale qu’elle récupérerait sur des cotisations non versées! Les risques sont réels d’erreurs multiples et de régularisation à posteriori plutôt douloureuses. Jamais on avait encore vu autant d’amateurisme et de désinvolture dans une annonce qui fait rire jaune bien des hauts fonctionnaires de Bercy et d’ailleurs !
Le verdict est le même pour l’annulation de la ponction CSG pour les retraité(e)s dont la pension est inférieure à 2 000 € par mois. D’abord parce là encore la mesure est légalement inapplicable dans des délais courts puisque la CSG est calculée sur les revenus (pas que la retraite) et qu’il faudra donc attendre la déclaration 2019 pour savoir si la personne est éligible ou pas. On évoque donc juillet comme une éventuelle date de mise en œuvre ! En janvier les prélèvements seront les mêmes compte tenu des délais de mise en œuvre ; Les retraité(e)s auront même leur premier prélèvement éventuel à la source et ce ne serait qu’au cœur de l’été qu’il toucherait un remboursement. Donc il risque d’y avoir des déceptions d’autant que les ristournes d’impôts pour aides aux associations en 2018 viendront encore singulièrement compliquer les comptes puisque la retenue à la source n’en tiendra pas compte ! Un calcul fiable n’annonce qu’un seul constat : une chute moyenne des revenus des retraités de 400 € fin 2019 dans un système des vases communicants incompréhensible.
Il est certain qu’encore une fois ces décalages, ces système sophistiqués, ces exemptions ne génèrent pas des rancœurs encore plus grandes à l’égard du gouvernement ! Le premier trimestre pourrait donc être vraiment une période d’incertitudes absolue avec des baisses de revenus visibles imputables à la retenue à la source et surtout aucune hausse réelle perceptible tant les sommes en jeu seront imbriquées les unes dans les autres. La lisibilité des mesures annoncées avec fracas ne sera pas très forte ou très perceptible tellement le système mis en place est complexe. Au cœur du dispositif les entreprises qui voient sans cesse varier leur rôle dans une société du replâtrage permanent puisque les Député(e)s viennent d’ajuster le… déficit du pays après avoir affirmé que la France tiendrait ses engagements européens ! On appelle ça de la navigation à la corne de brume.