Noël cette année n’aura pas la saveur consensuelle habituelle même si le climat extrêmement doux incite au partage détendu de moments attendus parfois depuis des semaines par les plus jeunes. Le fameux dicton voulant qu’à un « Noël au balcon succède des Pâques aux tisons » aura diverses versions selon les appréciations très actuelles des un(e)s ou des autres. Il est certain que le mois écoulé a été très chaud à tout point de vue mais on se s’attardera pas beaucoup sur le « réchauffement climatique » même si c’est la donnée la plus importante. Les conversations porteront davantage sur un autre « climat » que l’on qualifie de social !
Le « jaune » de celles et ceux qui expliquent ne pas rouler sur l’or est en effet devenu la couleur à la mode de l’année écoulée. Ce beau « jaune » fluo quand à sa teinte, a largement éclipsé celui de l’été qui, il est vrai, est en perte de vitesse dans les verres sur les tables de camping. Enfin pas partout puisque sur certains giratoires il était parfois un facteur de lien entre les occupant(e)s des lieux où les cocktails des « riches » n’avaient pas droit de cité. Les empêcheur(euse)s de tourner en rond, refroidis par le mépris glacial venu d’en haut, ont fini par prendre la route et même souvent dans leurs périples par joindre le pavé à la parole. Rien n’est certain quand à la fin de cette fièvre jaune à l’issue des fêtes car ils sont nombreux(ses) à ne pas avoir digéré les distributions de « grenades » gratuites qui leur ont été proposées. Ils ont beaucoup pleuré sur le triste sort qui leur été infligé. Pour les porteurs de ces « gilets » les dictons de circonstances seraient donc plutôt du genre : « Noël en larmes… A Pâques il sonne l’alarme » ou « Noël de répression… Pâques au baston ! »
Malgré les coups de menton des Pères fouettards gouvernementaux se pose en effet vraiment la question de savoir si le printemps ne sera pas pire que la fin d’un automne où les forces de l’ordre ont mis les gaz au point d’être épuisées si l’on en croît les déclarations de leurs représentants. La radicalisation multicolore allant du brun d’antan au noir anarchiste en passant par le rouge ou le vert foncés a probablement des beaux jours devant elle. La digue de l’orthodoxie budgétaire ayant cédé il faudra bien de l’habileté aux exploitants pour empêcher que tout le monde tente de s’engouffrer dans la brèche surtout qu’un scrutin proportionnel national se profile. Impossible de voir arriver dont ne sait où des rois mages chargés de cadeaux début janvier! C’est donc un « Noël dans la quiétude et Pâques dans l’incertitude » qui se profile pour bien des observateurs.
La distribution des « offrandes » ayant été réalisée en une seule fois la crainte généralisée c’est qu’il n’existe déjà plus pour l’année nouvelle de marges supplémentaires. Bercy ne va pas sans cesse avaler son bonnet avec le pompon et la technostructure doit fulminer dans sa barbe. Les vœux présidentiels seront à cet égard révélateurs d’une tentation de remplir les étrennes de mots destinés à soigner les esprits plus que d’engagements concrets sur les sujets qui fâchent. S’ils contiennent des souhaits de « bonne santé » ce saurait être qu’avec un plan de sauvetage des hôpitaux publics mal en point ! La « réussite pour tous» est à proscrire car jusqu’à présent elle se révèle être celle des actionnaires et des financiers mis pas nécessairement celle des salariés ou des fonctionnaires. Oser parler du « bonheur » posera des problèmes et ressemblera à de la provocation quand le taux de pauvreté ne cesse de grandir malgré des replâtrages. Il reste l’appel à « l’ordre et à l’union » dans un moment où jamais le pays n’a été aussi parcellisé et perturbé par des réformes du réseau républicain des collectivités territoriales aussi inutiles que dévastatrices pour le confiance de proximité.
Remettre la France en marche relèverait de l’exploit dans le contexte actuel. A la fracture sociale aggravée s’est en effet ajoutée la rupture du lien de confiance entre le « sauveur » né dans la « crèche » comptable de Bercy et bon nombre de ses fidèles. « Noël de désillusion… Pâques de répulsion » : le bon sens populaire risque de primer pour une fois sur les considérations du nouveau monde !
Le vrai danger c’est que malgré leurs rodomontades diverses de conducteurs se parant de rouge n’aient pas grand chose à proposer dans leur chariot et que les autres aient définitivement perdu leur permis à points au cours des accidents électoraux antérieurs. L’espoir est très minime et il risque de ne pas résister à l’usure supplémentaire du temps. Alors ça sent le sapin pour les petites lueurs de valeurs républicaines qui restent encore et les élu(e)s qui tentent de les porter n’ont pas fini de se faire enguirlander. ce soir au réveillon croyons toutes et tous dans notre bonne étoile… celle que nous saurons fabriquer de nos mains avec les moyens du bord et pour le reste profitions de tout ce qu’il est possible de partager !