Tout le monde des technologies avancées loue la performance réalisée en Chine, depuis la fin du mois de décembre, par l’entreprise chinoise Big Pixel Technology Corporation. Elle vient de publier un incroyable panorama à 360 ° de la ville de Shanghai.. Ce cliché compte en effet 195 milliards de pixels et permet, depuis le haut de la tour de télévision de la ville, de zoomer sur des visages de passants ou de consommateurs installés plus de 200 mètres plus bas. Le précision est telle qu’elle est estimée 16 000 fois supérieure à celle des meilleurs smartphones actuellement en vente dans le monde. Encore une fois c’est l’affirmation des progrès constants effectués par les chercheurs soutenus par des ingénieurs et des techniciens d’une grande habileté. Ce panorama est tellement fantastique que si l’on zoome au maximum, il est possible de noter le numéro des plaques d’immatriculation des voitures ou d’identifier n’importe quelle personne dans le champ de l’objectif.Cette information réjouissant les réseaux sociaux relève de l’exploit mais elle affole les défenseurs des libertés individuelles car un lien doit être fait avec le développement parallèle fulgurant des systèmes de vidéosurveillance en Chine.
Lancé en 2014, un projet angoissant du gouvernement permettra de récompenser les bons comportements et à punir les mauvais via un système de points attribués à chaque individu. La mise en place a déjà commencé. Les Chinois ayant une mauvaise «note sociale» se verront interdire, après une étroite surveillance, l’achat de billets de train ou d’avion pour une période pouvant aller jusqu’à un an. Il sera en effet attribué des « bons points » pour l’achat de produits chinois, de bonnes performances au travail ou la publication sur un réseau social d’un article vantant les mérites de l’économie nationale. Des « points seront en revanche retirés en cas d’opinions politiques dissidentes, de recherches en ligne suspectes ou de passages piétons traversés en catimini, alors que le feu est rouge ! Les premières sanctions tomberont dès la mi 2019… La phase expérimentale durera seulement un an. Personne ne peut imaginer qu’un tel système amélioré par celui de Shanghai franchisse les frontières chinoises.
Imaginons un instant ce que donnerait un tel dispositif autour de l’Arc de Triomphe, un samedi de manifestation… grâce à un cliché de 195 milliards de pixels ! Déjà que tout le monde est photographié, filmé, tracé lors des mouvements sociaux il suffirait d’améliorer la technique pour obtenir sans aucun risque, les preuves de tout comportement social réputé illégal. Je sais : c’est impossible en France comme dans de nombreux autres régimes réputés démocratiques. Il est certain que nous saurons solidairement nous en préserver car nous n’appartenons pas à cette catégorie de citoyen(ne)s qui réclame sans cesse toujours plus de répression contre… les autres ! Enfin nous pouvons rêver.
Le problème de fond reste celui du rapport entre le « progrès » et « l’humain ». Quel est celui des deux qui finira par dominer l’autre ? Quels garde-fous à mettre en œuvre pour ne pas être dépassés ou asservis par les nouvelles avancées technologiques ? Quelles sont les limites de la liberté face à un pouvoir politique ? Comment museler l’appétit porté par l’offre croissante de produits biaisés ou inquiétants ? Une caméra dans le bureau ou la cuisine. Un logiciel suivant un individu dont vous avez simplement le numéro de portable. Une écoute à travers les murs de plus en plus facile. Le combat est inégal. Et il semble perdu tellement les technologies finissent, avec la complicité des milieux économiques, par rogner les espaces de liberté individuelle.
La peur des radars fixes a fini par remplacer la peur du gendarme. L’usage de la carte bancaire traceuse de tous nos achats est omniprésent alors que le chèque nous laissait libre de nos choix de consommation. Le compteur Limky retrace à la seconde près nos actes de consommation d’énergie. Les mobiles permettent de nous suivre de borne en borne sans aucune protection. Les cookies ou les programmes d’espionnage dans les ordinateurs repèrent nos actes ou nos options dans l’information. Nous sommes dans des dizaines et des dizaines de fichiers différents malgré parfois tous nos efforts pour s’en retirer. Bien évidemment celle ou celui qui n’a rien à se reprocher, le (la) citoyen(ne) parfait(e), arguera du fait qu’il est indifférent à ces quelques exemples du quotidien.
La Chine aura les moyens d’éradiquer à tout moment les germes d’une éventuelle contestation. Personne, parmi les grands de ce monde, ne réagira à pareille incongruité avec autant de virulence que ce fut le cas contre la STASI est-allemande… car les Chinois ne toléreraient pas un instant que certain(e)s leur fasse la leçon. Alors souriez « jaune » vous serez bientôt sur la photo… mais beaucoup plus beau en milliards de pixels !

3 Réponses

  1. Deschamps Michel

    Ceci n’est pas UN cliché, mais une mosaïque de plusieurs milliers de clichés composée sur ordinateur après des mois de calcul ! Chacun de ces clichés ayant un nombre beaucoup plus réduit de pixels.
    A part dans les (mauvais) films de fiction, il est pour l’instant et encore pour très longtemps sans doute impossible de réaliser un cliché avec autant de détails. Car, même si on arrivait à fabriquer un capteur avec autant de pixels, encore faudrait-il avoir l’objectif qui va avec. Le nombre de pixels de la caméra n’est pas le seul paramètre. Le principal paramètre étant le pouvoir séparateur de l’objectif qui est proportionnel à son diamètre. Ce pouvoir séparateur (en secondes d’arc) est approximativement égal à 120 / D, où D est le diamètre de l’objectif en mm (1 seconde d’arc, c’est approximativement 1m vu à 200 km). Ainsi, un objectif de 2mm de diamètre comme sur de nombreux smartphones, a un pouvoir séparateur d’environ 1 minute d’arc (60 secondes). C’est approximativement le pouvoir séparateur de l’oeil humain. Cela correspond à peu près à 120km sur la lune regardée à l’oeil nu. Sur un cliché au format 16/9 avec un angle de 65°, cela correspond à environ 6 millions de pixels. Un capteur de 20 millions de pixels placé derrière cet objectif n’apporterait pas un seul détail supplémentaire car chaque détail transmis par l’objectif recouvrirait plusieurs pixels. Le nombre de pixels des smartphones, c’est juste un argument de vente pour gogos. Autre exemple, le télescope spatial, avec son miroir de 2,4 m de diamètre, a un pouvoir séparateur théorique de 0,05″ (secondes d’arc). Etant donné qu’il se trouve à 600km d’altitude, si on le tournait vers la terre, le plus petit détail observable serait de 150 mm soit 15 cm. Même les plus sophistiqués des satellites espions optiques ne peuvent pas discerner des détails inférieurs à 3 ou 4 cm, et encore si on les fait « descendre » temporairement (car leur vie sur orbite serait très limitée) à 150 km d’altitude. De plus se déplaçant à près de 8km/s, pas question de filmer quoi que ce soi en continu. Pas de quoi espionner qui que ce soit dans sa vie privée. Hé oui, les phantasmes des hommes ont une limite infranchissable, celle des lois de la physique (et notamment de l’optique dans ce cas).

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    • faconjf

      Parfaitement d’accord avec vous sur l’analyse optique de nos incapacités présentes. Il n’en reste pas moins que cette performance de juxtaposition de clichés à très haute définition reste un tour de force impressionnant. Avec l’opération  » face cachée de la lune » c’est une démonstration du bond prodigieux réalisé par l’empire céleste. La Chine comptait 23 millions de diplômés de l’enseignement supérieur en 2010, soit 18 % de la population mondiale de diplômés. Le pays devrait voir cette croissance s’accélérer rapidement dans les dix années à venir, pour atteindre 60 millions de diplômés, soit 29 % des diplômés dans le monde en 2020 !
      De son côté, avec 14 millions de diplômés en 2010, l’Inde se place comme le second pays au monde en nombre d’étudiants. Néanmoins, sa croissance devrait rester modeste, et l’OCDE estime que son nombre de diplômés devrait atteindre « seulement » 24 millions en 2020. Reste qu’avec les chinois, ils représenteront 40 % des diplômés de la planète en 2020.
      Pour le vieux monde c’est l’un des signaux évidents de notre déclassement, après s’être emparés des productions industrielles voici venir le temps de la suprématie de l’ingénierie chinoise et indienne.
      Chaque jour notre horizon se rétréci et le message des réussites Chinoises est un pied de nez au Donald dans sa guerre économique perdue d’avance.
      Cordialement

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      • faconjf

        L’ingénierie est l’ensemble des fonctions qui mènent de la conception et des études, de l’achat et du contrôle de fabrication des équipements, à la construction et à la mise en service d’une installation technique ou industrielle.

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