Le cynisme de Ford n’a absolument rien d’étonnant car il correspond en tous points au comportement actuel du monde économico-financier. Bien évidemment, et c’est logique, tout le monde continue à croire que les dirigeants européens de cette marque automobile peuvent revenir sur une décision simple : ils ne veulent pas de concurrent sur le marché qu’occupait depuis des décennies leur usine de Blanquefort. Quel que soit le plan proposé ils le refuseront car à tous points de vue une fermeture pure et simple leur est profitable !

D’abord parce qu’ils peuvent sans risques transférer hors de France la technologie déployée sur le site actuel. S’ils le « revendaient » ils en transféraient une bonne partie à une entreprise qui n’aurait plus de comptes à leur rendre et qui occuperait un marché saturé. Ensuite, un plan social leur permet à terme de transférer sur la puissance publique la responsabilité des reclassement ou des mesures d’accompagnement. Ford a déjà récupéré des millions d’aides publiques en effectuant un chantage à l’emploi, ile ne voit pas pourquoi il arrêterait. Les combats menés solidairement pas les élus(es) locaux, les syndicats et les salarié(es) ont permis de repousser une échéance mais jamais de gagner la guerre. Les départs volontaires, les pré-retraites et divers transferts de main d’œuvre ont diminué peu à peu le nombre d’employés(es) et le moement est venu de partir ! Point barre.

Lors du 25 ° anniversaire de l’implantation du constructeur américain en Gironde l’usine comptait 3 600 personnes… et une production de qualité, louée par tout le staff des employeurs qui tiraient des bénéfices colossaux de cette exploitation puisque 20 % des véhicules sur la planète étaiet équipé des boites de vitesses blanquefortaise ! Lentement c’est la dégringolade sous l’influence de la mondialisation généralisée. Le retrait débute et surtout avec elle une baisse drastique du carnet de commandes jusqu’en 2009 où un coup grave est porté à la solidité de l’entreprise Ford Aquitaine Industrie (connue sous le sigle FAI) : disparaît et voit naître First Aquitaine Industries qui doit assurer la relance avec des actionnaires allemands spécialisés dans les couronnes pour éoliennes. Echec complet de la reconversion. Les départs se multiplient et le nombre des salariés, au moment où revient, à reculons et sous la menace en 2013 Ford Europe et avec déjà l’arrière-pensée de liquider l’usine.

Les collectivités locales (région, département, métropole de Bordeaux) mettent la main à la poche pour tenter de conserver un millier d’emplois. Pour tuer l’usine la stratégie a été toujours la même : affaiblir le carnet de commandes et lui confier des produits dont les débouchés n’étaient pas assurés ! Chômage partiel puis 6 mois d’arrêt avec moins d’un tiers des effectifs (en 2014)… et ensuite le silence des dirigeants à chaque réunion destinée à parler de l’avenir ! Et pour cause ! Le politique, quel qu’il ait été n’a jamais obtenu d’assurance sur de devenir du site. Il n’y a plus de travail suffisant pour le nombre de salariés(es) et inexorablement on descend à 850. Le moral baisse et parfois la motivation manque au sein du personnel lassé par d’années d’incertitudes.

Le moment est venu pour Ford, comme dans une Rpéublqiue bananière, de plier bagages après l’adoption de lois diverses et « avariées » plus faciles à appliquées à la situation actuelle et l’arrivée au pouvoir des tenants de l’ultra-libéralisme. Ce n’est qu’une affaire de programmation financière avec ses avantages et ses inconvénients qui sont mesurés et pesés. Le départ sera annoncé et mis en œuvre avec une véritable froideur qui oublie que les dégâts concerneront certes les 850 employés directs mais près de 2 000 emplois indirects dont Ford n’assumera en rien le suivi. Francis Wilsius, conseiller régional, retraité de l’usine en s’exprimant dans le quotidien La Croix résume parfaitement la situation : « Quand Ford dit que son plan social serait bien meilleur pour ses ouvriers qu’un repreneur, il oublie de parler des sous-traitants et des emplois indirects qui vont partir au chômage sans indemnités. C’est dramatique pour au moins autant de personne que ceux remerciés par Ford. » L’état-major de Ford Motor Company (FMC) la maison mère a joué au poker menteur, en laissant croire à l’éventualité du lancement d’un nouveau programme industriel dans l’usine. C’est fini ! Personne ne peut penser sérieusement qu’il reviendra sur sa stratégie… et il a mobilisé tous ses avocats pour refuser de rembourser les aides publiques, pour rebâtir un plan social et surtout pour écarter tout repreneur.

Ford aurait perdu 245 millions d’€ au troisième trimestre 2018 et on sait ce que cela signifie en terme de suppressions d’emplois. Or à coté de l’usine condamnée se trouve celle de Getrag Ford Transmissions (GFT), qui emploie 1 300 personnes. Ford est déjà à moitié parti pour laisser le bébé aux Allemands de Magna en cas de nouvelle panne des commandes. La Gironde peut trembler… surtout dans le contexte actuel où l’individualisme l’emporte sur toutes considération d’intérêt collectif. L’horizon est bien sombre !

Une réponse

  1. Pc

    Peugeot a fait 74 milliards de CA et va distribuer en France 3800€ de prime à tous les salariés qui gagnent moins de 2 fois le salaire minimum… et ce soir l’action a baissé de 3.5%… bizarre non?
    Les américains ne se soucient guerre des salariés sauf s’ils leur rapportent beaucoup et encore…

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