Les chercheurs(euses), les universitaires, les associations d’élus(es), les citoyens(nes) le clament et ne cessent d’alerter : une France vraiment à deux ou trois vitesses, contraire aux valeurs républicaines se profile chaque jour, davantage. Quartiers sensibles silencieux (mais pour combien de temps ?), zones rurales, très rurales ou rurbaines, centres des bourgs et des villes se vident peu à peu de ce qui faisait encore le lien de confiance entre l’État et les habitants : les services publics ! Ils s’effilochent ou disparaissent brutalement confortant chaque jour davantage un ressenti d’abandon du pouvoir centralisateur déjà très prégnant depuis deux bonnes décennies.

En fait bien bien plus que le « service » lui même c’est la suppression d’un relationnel humain qui devient extrêmement préoccupant ! Il n’y a plus d’incarnation physique, abordable, proche de celles et ceux qui garantissaient d’une certaine manière que la République avait un visage. Plus de ces fameux guichets tant critiqués mais tellement symboliques de la vie sociale. Plus de lieux d’écoute. Plus de réponse simple à une problème simple. C’est dit, redit, ressassé mais nullement pris en compte dans une société des ratios et de la raréfaction des moyens.

Nul ne pourra me reprocher de complaisance à l’égard de Jacques Toubons mais force est de constater que lé défenseur des Droits et des Libertés, moins enclin que la Cour des comptes à se focaliser sur des chiffres a vraiment délivré un constat politique inquiétant dans son dernier rapport. Bien entendu le gouvernement a répondu aux polémiques sur les « répressions policières » ou sur l’usage du LBD mais le volet « état des services publics » a été zappé ! C’est pourtant un constat implacable qui est délivré dans le rapport annuel de Toubon ! En France, les services publics sont en déshérence, en particulier au sein des zones rurales, mettant les usagers au pied du mur : ils se débrouillent ou ils coulent !

Ainsi pour lui (et les mots ont un sens pour des millions de personnes) : «Dans de nombreux cas, les difficultés que doivent surmonter» les usagers s’apparentent «moins à des défaillances qu’à des obstacles» mis en place «plus ou moins délibérément par les pouvoirs publics», à tel point que ces gênes successives creusent la distance entre usagers et pouvoirs publics et compliquent considérablement la vie des citoyens. «L’usager doit désormais faire preuve d’une capacité à «se débrouiller» dans son parcours administratif». Qui peut prétendre honnêtement el contraire. Dans les débats ces constats sont remontés vis à vis des diktats sur les formalités liées aux impôts, à la CAF, aux banques, aux administrations diverses et « avariées » qui ne connaissent rien d’autres que la circulaire, la dématérialisation et le centralisme anti-démocratique !

Le Défenseur des droits alerte sur le «recul des services publics» de plus en plus perceptible partout sur le territoire, alors même qu’une «politique de renforcement de la sécurité et de répression face à la menace terroriste» se déploie en parallèle. Cet abandon des citoyens peut alimenter des colères qui explosent par la suite dans la rue, comme les «gilets jaunes» oud ‘autres qui ne manqueront pas de revenir ! A la moindre crise financière mondiale les maux reviendront et les soubresauts seront de plus en plus violents. Justice, hôpitaux, médecine , éducation, culture, sport, solidarité… Pour le Défenseur des droits, les services publics sont victimes d’une «évanescence croissante», à l’échelle nationale et locale. «Distants», «en retrait», «incapables de gérer les situations complexes» et mal implantés sur le territoire, ils ne répondent plus aux besoins des usagers, se murent trop souvent dans le silence et ferment progressivement, victimes d’une logique d’économie budgétaire. On le sait mais la réponse est stéréotypé : internet est là pour sauver le monde et le rendre plus dépendant des moyens financiers de chacun, de logiques technologiques suspectes et « d’intoxications » diverses. Il devient décisif de remettre les citoyen(nes) au cœur des politiques avec les principes non désuets que sont l’égalité, la liberté et la solidarité ! Il ne suffit pas d’équiper il faut aussi faire vivre ce qui est construit !

Sur Public Sénat Hervé Le Bras (1) ne disait pas autre chose  : « Le sentiment d’isolement est de plus en plus grand parce que, ce qui disparaît dans le service public, outre qu’il est éloigné, c’est aussi un rapport humain. Beaucoup de personnes, ça m’arrive aussi, sont un peu désarmées devant un grand nombre de démarches administratives. C’est pour ça qu’un certain nombre de prestations sociales ne sont pas demandées par ceux qui y auraient droit. C’est le cas du RSA (…) On manque de personnes qui facilitent. » Le conseil département bloqué par Bercy un taux de croissance de ses dépenses ne pourra plus jouer ce rôle faute de ressources fiables car il est critiqué, vilipendé, sanctionné sur ses dépenses de personnel alors qu’il en manque sur le terrain social où les difficultés s’accroissent à une vitesse alarmante… Rien n’est joué après le Grand débat : tout est à construire mais comme ce ne sont plus les « politiques » qui ont la main mais les fonctionnaires du Ministère des Finances l’espoir d’obtenir autre chose que des mots pour tromper les maux est réduit !

(1) Hervé Le Bras, géographe et directeur d’étude à l’EHESS, 

7 Réponses

  1. Bernadette

    Avec Internet, les contribuables peuvent régler leurs problèmes fiscaux avec la machine. Les systèmes automatisés sont performants et obéissants. Ils ne font jamais grève et personne ne les coûterait. C’est l’autogestion. Un jour viendra où il n’y aura plus de fonctionnaires sauf les hauts.

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    • puyo Martine

      Bonjour, en ce qui concerne de régler les problèmes fiscaux avec la machine, comment faites-vous ?. Ça m’intéresse vivement, car moi je n’y arrive pas. Me reste la solution du téléphone, encore faut-il que quelqu’un réponde, ou de me déplacer à
      La Réole pour régler le problème. Et oui, je ne dépends plus de Créon (trop près) mais de la Réole. 35 km où je me suis déjà déplacée 3 fois, et il me faudra un 4ème déplacement pour régler le différent, à savoir un remboursement de trop versé !

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      • Bernadette

        Bonsoir Martine,
        Il y a bien longtemps que la Trésorerie de Fronsac qui se trouvait à Lugon a été transférée à Libourne. Il y a 3 perceptions regroupées. Donc je vais à Libourne. J’ai vu sur le sud ouest que St André de Cubzac allait être transférée à Cenon. Ces regroupements ne sont pas nouveaux.
        Lorsque je téléphone il m’arrive d’avoir un automate et puis plus rien

  2. Philippe LABANSAT

    J’ai croisé le fer, il y a quelques années, avec le Trésorier Payeur Général de la Gironde.
    Il essayait de nous vendre les consignes de Bercy (peut-être déjà de Macron) à propos de la réorganisation de l’accueil à la Cité Administrative de Bordeaux, mais c’aurait été la même chose pour l’accueil à la Réole, Lesparre, Créon ; je vous dis pas pour Sauveterre, Cambes, Castres-Gironde ou Étauliers.
    La doxa officielle était : quasiment plus besoin d’accueil physique.
    Du côté de la représentantation syndicale, ma question bête était : « Oui, mais à chaque échéance de taxe d’habitation, de taxe foncière, à chaque tiers provisionnel, le hall de la Cité est envahi de contribuables qui veulent des renseignements. Comment fait-on ? »
    Réponse alambiquée, sûrement trouvé dans le kit « langue de bois et éléments de langage » livré avec la « réforme ». Je vous résume : « Il y a internet »…

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    • Bernadette

      Pour éviter ces longues files d’attente il devient nécessaire d’intégrer des permanences dans les mairies. C’est aux Maires d’en faire la demande auprès du Ministre compétent mais il me semble qu’il y a blocage.

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  3. J.J.

    « Plus de ces fameux guichets tant critiqués mais tellement symboliques de la vie sociale.  »
    Et oui, c’est maintenant qu’ils ont disparu que l’on trouve qu’ils n’étaient pas si mal que ça !
    Je n’étais pas un grand admirateur de Jacques Toubon, mais j’apprécie son dévouement et son humanité dans ses fonctions de défenseur des Droits et des Libertés.

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