Depuis des années la production énergétique est au centre des préoccupations économiques et surtout politiques. Qui se souvient, à part les vieux militants septuagénaires, des farouches batailles autour de la construction en France des centrales nucléaires… Ce fut pourtant souvent des moments infiniment plus violents que ceux qui agitent sporadiquement les Champs-Élysées ! Partout dans le monde, derrière des guerres, des massacres, des destructions on trouve toujours des enjeux liés au pétrole ou à l’uranium ! La société actuelle est énergivore et même boulimique en la matière. Elle prend absolument tous les risques pour répondre aux besoins croissants de populations inconscientes des enjeux planétaires.

La France face à ces réalités a fait le choix du nucléaire… dont maintenant elle veut sortir avec plus ou moins de célérité. Le paradoxe c’est qu’elle s’est lancée dans un projet novateur dont elle espérait des retombées exceptionnelles tant en terme de compensation de volume d’énergie qu’en terme de déploiement mondial. EDF avait inventé l' »European Pressurized Water Reactor » dit EPR qui reposait sur la technologie des réacteurs à eau sous pression. Il devait développer une puissance très élevée (1.650 mégawatts) et bénéficier d’une multiplication des systèmes de sauvegarde pour refroidir le coeur du réacteur en cas de défaillance, d’une coque de protection en béton et acier et d’un récupérateur de corium censé réduire les conséquences en cas d’accident grave.

Lancée en 1992, cette technologie présentée comme le fleuron de la filière nucléaire française a été codéveloppée par le français Areva et l’allemand Siemens au sein de leur filiale commune, dont Siemens s’est depuis retiré. C’est EDF qui sous la pression de l’État a finalement pris le contrôle de cette activité très mal engagée lors de la réorganisation de la filière nucléaire française. Ainsi Flamanville est depuis 2007 la commune la plus célèbre pour le montant des investissements effectués sur son territoire. Un record avec une opération qui était annoncée à un peu plus de 3 milliards d’euros et qui risque de se terminer à près de 11 ! Il y aura certainement plus d’une décennie de retard tellement le chantier a connu des déboires dues à des malfaçons multiples et rien ne dit qu’en 2020… l’EPR français produira enfin de l’électricité. Des anomalies dans la nature de l’acier du couvercle et le fond de la cuve ont nécessité d’énormes reprises de travaux déjà effectuées.

Il semble que des soudures causent désormais des soucis ! Très peu accessibles elles n’offrent pas toutes les garanties voulues par l’Agence de Sécurité nucléaire et il va falloir imaginer des solutions techniques complexes pour éviter des démolitions et des reconstructions. EDF devra donc réparer et faire face à une situation financière encore plus fragile. S’il est nécessaire de refaire les huit grosses soudures principales installées au niveau de l’enceinte de confinement du réacteur «pour les mettre en conformité» avec le principe dit «d’exclusion de rupture» garanti à l’origine par l’exploitant nucléaire on va vers des déboires énormes pour le constructeur. Il faudra en effet des mois et des mois d’études et de travaux supplémentaires.

Outre les dégâts financiers c’est un sévère coup porté à la crédibilité d’EDF qui tente actuellement de convaincre l’Inde, la Pologne ou les Tchèques de lui confier la construction de réacteurs ! Le lancement du chantier anglais (décidé avant le Brexit et donc devenu problématique) pour près de 23 milliards d’euros sera forcément impacté par ces désordres techniques. Et on peut s’interroger sur la qualité des constructions effectuées en Chine en un temps record ! EDF travaille d’arrache-pied sur une nouvelle version de l’EPR, afin de diminuer les coûts et ses délais de construction mais ces avatars vont probablement décaler la concrétisation de ce programme.

En France on continue à rêver d’indépendance énergétique. Pour atteindre les objectifs de réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, outre Fessenheim, il faudrait fermer quatre réacteurs supplémentaires avant 2028. Plus éventuellement deux réacteurs supplémentaires avant 2030 sur les sites les plus anciens que sont Tricastin (Drôme et Vaucluse), Bugey (Ain), Gravelines (Nord), Dampierre (Loiret), Blayais (Gironde), Cruas (Ardèche), Chinon (Indre-et-Loire) et Saint-Laurent (Loir-et-Cher). Et la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) laisse la porte ouverte à la construction de nouveaux EPR plus modestes et plus rapides à construire… pour malgré tout ramener à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité d’ici 2035, contre 71,6 % en 2017 ! En attendant il va falloir que les abonnés à l’électricité fassent la soudure… financière !