Il aura suffi d’une étincelle pour que le plan communication de la présidence de la République destiné à promouvoir les annonces de l’après Grand débat s’effondre ! Beaucoup de travail pour un résultat imprévu : les mesures chocs se diluent dans un système médiatique obnubilé par l’incendie catastrophique de Notre-Dame ! En fait la clé de voûte de la reconquête de l’opinion a cédé sous la pression d’un événement planétaire. Évidemment le secret de l’enregistrement présidentiel a vite été dévoilé et les « gens généralement bien informés » ont dévoilé la plupart des mesures qui devaient être annoncés en deux temps. La conférence de presse succédant à la déclaration solennelle de près d’une demi-heure a elle aussi été repoussé à un moment plus calme. N’empêche que parmi les potions magiques destinées à calmer les spasmes provoqués par la fièvre jaune du samedi les médias ont retenu la suppression de l’École Nationale de l’Administration.

La fameuse ENA ayant produit le gratin de la politique nationale ferait les frais du divorce entre les « élites » et le « peuple » dont elles ne sont plus issues ! “Nous changerons la formation, la sélection, les carrières en supprimant l’ENA et plusieurs autres structures pour en rebâtir l’organisation profonde”, avait prévu de dire les yeux dans les yeux avec la France profonde le chef de l’État, lors de son allocution télévisée finalement annulée. Il serait question de dissoudre dans la foulée l’école nationale de la magistrature. Les sacrifices seraient supposés apaiser la colère dont font preuve les Gilets jaunes témoignent plus du tout sur les ronds-points. Il est vrai que depuis belle lurette ce creuset de la technocratie se trouve dans le collimateur de l’opinion publique. Même Coluche avait parfaitement résumé le sentiment populaire sur cette école se situant au sommet de la pyramide de la fonction publique d’État!

En fait la République avait construit ses assises sur deux principes : les concours d’entrée dans des structures de formation et la garantie de l’emploi pour celles et ceux qui y satisfaisaient. Les premiers a être concernés par ces principes furent les instituteurs puisque l’école laïque, publique et obligatoire avait besoin de ses acteurs. Ce n’est pas pour rien que les heureux élus de ce système forcément élitiste devinrent les « hussards noirs de la République » car pour la très grande majorité d’entre eux il redonnait au service de l’instruction ce que cette dernière leur avait apportée. Tous les autres corps de fonctionnaires furent soumis aux mêmes règles de telle manière que se constitue dans chaque secteur dont la République avait la responsabilité (santé, sécurité, armée, justice notamment…) une pyramide solide de « responsables ». Le concours s’opposa très vite à l’examen puisque l’un procurait un emploi quand l’autre permettait simplement d’ouvrir des portes vers des qualifications pouvant procurer du travail… ou pas !

L’ENA subira avec exactement un demi-siècle d’écart le même sort que celui qui a été réservé aux écoles normales d’institutrices et d’instituteurs devenues subitement insuffisantes sur leur niveau de formation. Afin de favoriser la sélection « en fonction uniquement du mérite et non pas de l’origine sociale ou familiale » le président fait du La Pallice… et ne se pose pas la vraie question : l’éducation nationale joue-t-elle son rôle et ne pratique-elle pas la sélection non pas par la réussite personnelle mais par l’élimination par l’échec ? Quelles mesures concrètes sont proposées pour inverser cette tendance ? Casser les thermomètres n’a jamais empêché la fièvre d’exister ! A-t-on véritablement amélioré le système éducatif en supprimant les ENI ? Personnellement j’en doute !

En fait si l’on revient un peu en arrière le vrai problème de l’ENA c’est le contenu de son concours qui est en décalage complet avec les réalités de la vie sociale. Il faut y ajouter la porosité grandissante des énarques vers des destinations incompatibles avec leur engagement initial destiné au service de l’État : la politique, le monde des affaires, la gestion d’entreprises ! Au temps des écoles normales la réussite du concours ne donnaient des droits que si on accomplissait un devoir : servir la puissance publique durant dix ans (engagement décennal) ou rembourser le coût des études totalement gratuites ! Ce dernier aspect était essentiel puisque l’accès à un corps d’État par concours s’accompagnait pour les enfants des catégories sociales les plus modestes de la gratuité du cursus ce qui favorisait leur entrée dans une « élite ». A l’ENA on a oublié depuis belle lurette l’objectif qu’avait fixé Michel Debré, l’un de ses pères (avec Maurice Thorez!) : « développer les sentiments des hauts devoirs que la fonction publique entraîne et les moyens de les bien remplir ». Il y a bien longtemps que présidents, premiers ministres, ministres, PDG de grandes entreprises nationales, fondés de pouvoir de banques l’ont oublié et même jamais eu l’intention de l’appliquer !

4 Réponses

  1. J.J.

    Très bonne explication « historique »de l’institution et de son dévoiement.
    Encore une fois on a détourné le projet de son but initial.
    On ne formera plus des fonctionnaires, race maudite et pernicieuse, mais des gestionnaires, si possible contractuels, « taillables et corvéables à merci ».
    Ils seront formés dans des établissements privés (de rien), de préférence confessionnels, pour avoir du personnel rendu un peu plus abruti et docile en utilisant la carotte du paradis et le bâton de l’enfer.

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  2. Jean-Marie BRUDIEUX

    MERCI pour cette très bonne analyse……encore une fois ce piètre président casse tout ce qu’il touche, par démagogie et opportunisme!!!!

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  3. PC

    Sarkozy, qui avait échoué au concours de l’ENA à cause de sa nullité en anglais (paraît-il), en avait parlé sans le faire, Macron qui en sort va (peut-être) le faire.
    C’est curieux la politique on dirait plutôt de la marine à voile…

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  4. LAVIGNE Maria

    Il y a plusieurs jours que je ne recevais pas vos billets. J’ai pensé que vous aviez pris quelques jours de vacances et je me réjouis de lire ceux que j’avais manqués.

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