Ils étaient 53 malheureux qui ont tenté de fuir la guerre, la faim, l’esclavage et un avenir de victimes permanentes en traversant la mer Méditerranée, celle que chante avec tendresse Charles Trénet. Ils étaient 53 êtres humains, femmes, enfants compris ayant acquis l’espoir de se construire un avenir moins triste sur un continent qui exploite leurs ressources naturelles, qui exacerbe les querelles ethniques, qui porte une lourde responsabilité dans les variations climatiques. Ils étaient 53 jeunes et un peu moins jeunes à être montés sur un improbable canot pneumatique mis à leur disposition par des exploiteurs de la misère humaine.

Dans le fond ils furent vite réputés devenir 53 envahisseurs pouvant mettre en péril les fondements socio-économiques d’une Europe que leurs ancêtres sont venus dans les tranchées libérer de l’envahisseur allemand avant de le délivrer du joug nazi. Ils étaient en effet 53 accusés de vouloir débarquer à leur tour sur une terre italienne et donc forcément être punis pour l’exemple.

Ils ont frôlé la mort à 53 avant que le 12 juin dernier ils soient recueillis par le Sea-Watch 3 alors qu’ils étaient à la dérive à bord d’un canot pneumatique, au large de la Libye. Ils étaient 53, noirs de peau, à être classés dans la catégorie « migrants », la pire de toutes en cette Europe recroquevillée sur une autre forme d’exclusion plus pernicieuse que celle qu’elle a éradiquée il y a 75 ans.

Ils étaient les membres d’une « armée » de 53 sans armes et sans mauvaises pensées qui attendaient sur un navire humanitaire que l’on veuille bien faire la paix entre une ONG et une grande gueule fascisante refusant de les voir transiter sur son sol puisque des villes allemandes avaient déclaré officiellement être prêtes à les accueillir. Ils étaient 53 en faveur desquels le prêtre de l’île Lampedusa pourtant submergée par le populisme cinq étoiles se battait pour les accueillir.

Ils ne sont plus 53 puisque voyant la polémique enfler, Matteo Salvini a autorisé, le 15 juin, le débarquement de onze personnes jugées vulnérables : enfants, femmes, malades. Il reste donc sur le navire seulement 42 migrants, maintenant bloqués depuis près de deux semaines en mer et qui sont devenus un enjeu politique majeur italien. Les bruits de « botte » les stigmatisent et la problématique migratoire s’impose plus que jamais au centre de l’actualité transalpine.

Après l’épineux dossier de l’Aquarius et l’incident du navire Elhiblu1 , détourné par des réfugiés pour ne pas rentrer en Libye, c’est au tour du Sea-Watch 3 et ses 42 « fuyards » d’être l’objet de vives tensions. Le bateau humanitaire appartient à l’ONG allemande qui fait parler d’elle depuis le début de l’année par son courage, sa ténacité, sa fidélité à des valeurs qui semblent tellement galvaudées par les « démocrates » au pouvoir dans l’UE .

À chaque fois ou presque, le même schéma est reproduit : les réfugiés sont sauvés, mais l’embarcation ne peut accoster nulle part. Le bilan est effroyable puisque ce ne sont plus 42 migrants qui sont en jeu. Plus d’un an après la décision de l’Italie de fermer ses ports aux navires humanitaires qui leur portent secours en mer, le constat est alarmant: au moins 1151 hommes, femmes et enfants ont péri en Méditerranée centrale, selon Médecins sans frontières (MSF) et SOS Méditerranée et plus de 10.000 autres personnes qui ont été renvoyées de force en Libye.

A la barre de ce navire d’envahisseurs dangereux une femme extraordinaire ayant à peine dépassé la trentaine. La capitaine Carola Rackete menacée de toutes parts d’arrestation et de condamnations, se déclare prête à forcer le blocus italien. En effet elle risque des poursuites pour « aide à l’immigration clandestine » et une amende de 50.000 euros conformément au décret récemment pris. Le Sea-Watch 3 pourrait par ailleurs être définitivement saisi et les 42 migrants ayant simplement pas eu le malheur de mourir en mer renvoyés vers Tripoli d’où ils repartiront un jour ou l’autre.

On peut toujours rêver et voir le doigt d’un autre pays de la Méditerranée se lever pour accepter ces naufragés de la misère et du réchauffement climatique. Il ne serait pas insensé d’imaginer que cette « dame de faire » plutôt que de dire, soit au moins nominée pour le Nobel de la paix et qui sait soit aussi reçu, par le Pape le curé de Lampedusa pour le soutenir dans son combat pour une vraie fraternité. Pas certain que mes propositions soient retenues et que les 42 naufragés dans la mer de l’indifférence ne soient pas pris en otages !

5 Réponses

  1. LAVIGNE Maria

    Les belles paroles entendues pendant la campagne des Européennes ne sont que du vent. Où est la paix quand on laisse mourir des milliers de personnes en mer, que beaucoup d’autres dont des enfants sont enfermés dans des centres de rétention ? C’est une guerre économique qui sévit dans notre monde qui court à sa perte mais EN MEME TEMPS, comme dit Jupiter, nos dirigeants et les dirigeants Européens ont d’autre chats à fouetter et notamment la préparation de ce machin inutile qui aura lieu à Biarritz. Je suis indignée, révoltée et beaucoup avec moi. Que cette oligarchie d’incapables qui n’a qu’un but, préparer sa réélection pour défendre encore et toujours les intérêts des puissants au détriment des peuples qui souffrent. Quand allons nous nous réveiller ? Solidarité avec ceux qui luttent au service des plus vulnérables

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  2. Bruno de La Rocque

    Merci Jean-marie pour ce papier tout à la fois factuel et militant. Il y a peu, nous soutenions SOS Méditerranée au Rocher de Palmer. Sur mon « journal » fesse-bouc j’ai restitué quelques bribes de parole par petites vidéos smartphoniques. Dont, pour une co-fondatrice : « je suis marin, des gens se noient en Méditerranée dans l’indifférence des états riverains… je suis humanitaire, des gens se noient parce qu’ils ont fui… » Dit ainsi, nous avons tous une réponse… Hélas ! nos gouvernants ne l’ont pas, affolés en outre par les « opinions publiques » ; et… Monsieur Salvini se comporte en… naufrageur.

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  3. Bruno de La Rocque

    J’ajoute un commentaire au titre d’adhérent d’une asso d’aide et d’accueil et au titre de famille d’accueil depuis 2016 : le Département de la Gironde est courageux et fait son possible pour les Mineurs Non Accompagnés. La Préfecture de la Gironde, en revanche, ne semble pas avoir compris la décision du 6 juillet 2018 du Conseil Constitutionnel sur « le devoir de fraternité » s’imposant à notre République…

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  4. J.J.

    L’Italie ?
    Ce n’est pas ce pas un de ces pays (parmi beaucoup d’autres) où l’on ne peut entrer dans un édifice public, sans voire accroché sur un mur, spectacle morbide, le cadavre d’un homme, objet de vénération ?
    Il se serait sacrifié pour sauver l’humanité, l’hypothétique Jésus de Nazareth et il aurait déclaré, entre autres citations :
    « Paix sur la terre, aux Hommes de bonne volonté », et également
    « Aimez vous les uns les autres »….

    Amnésiques ou hypocrites nos gouvernants ?

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  5. Bernadette

    Il y a toujours eu depuis la nuit des temps des problèmes d’immigration dans le monde. Les boat poeple avec la guerre du Vietnam n’a rien changé. Depuis les années 80 c’est ainsi.
    Pour ma part ce que je trouve grave est le manque d’Amitié entre les peuples. Il n’y a rien qui relie les êtres humains entre eux : à chacun sa nationalité et à chacun ses emmerdes.
    Au vu des attentats de Paris, j’ai pris beaucoup de recul quant au fait social.

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