Il faut parfois rapprocher des bribes d’informations pour arriver à saisir une évolution sociale. Un récent sondage redonne le sourire aux gens qui comptent et nous gouvernent : oubliée la mauvaise période de la fièvre jaune ! Leur popularité est en hausse quand dans le même temps après le dame social de Belfort s’ajoute une hécatombe chez Conforama sponsor de la Ligue 1. On approche avec ces deux annonces de licenciements massifs des 3 000 chômeur(euse)s potentiels ce qui il y a quelques années auraient alerté les autres salarié(e)s et soulevé des tempêtes syndicales.

Là, à quelques semaines des départs pour la plage il faut remettre à la rentrée quand tout sera bouclé… une éventuelle consultation. Tout sera en effet bouclé avant le 14 juillet ! Ce pudiquement destiné à favoriser un « projet d’évolution de l’organisation des activités en France », correspond à la « nécessité pour l’entreprise sud-africaine de réduire ses pertes et revenir à l’équilibre ». On fermera donc 32 magasins Conforama et de 10 magasins Maison Dépôt.

Le secteur du meuble, de l’électro-ménager, de la literie traverse un crise essentiellement due au développement de l’e-commerce. Il paraît que dans ce domaine d’achats conséquents on va vers des magasins show-room virtuel avec casques de vision virtuelle qui placent les meubles choisis dans le cadre de votre intérieur habituel. Aucun stock, des surfaces de vente très réduites et de commandes livrables depuis des entrepôts centralisés. Hasard des annonces, au même moment Amazone se fait une bonne réputation en se proposant d’embaucher en CDI en 2019, 1 800 personnes en France. Fort et parfaitement structuré le groupe, a investi plus de deux milliards d’euros en France depuis 2010.

Il domine le marché français de la distribution en ligne avec une part de marché estimée à 17,3% qui permet à 9 300 salariés de plus ou moins bien vivre. Les postes créés seront répartis sur l’ensemble des vingt sites situés dans l’Hexagone. Conforama liquide et Amazone ne cesse de croître. Bien évidemment dans un cas comme dans l’autre il n’est pas du tout certain que la qualité de vie des licencié(e)s ou des embauché(e)s s’en trouvent améliorées.

Alors que le gouvernement va instaurer début 2020 un bonus-malus dans plusieurs secteurs abusant des CDD (hébergement-restauration, transport, etc) les auteurs d’une étude ont regardé comment les salariés en CDI évoluaient par rapport à ceux ayant des contrats à durée limitée (CDD, intérim, saisonnier). En effet trois réformes vont se conjuguer d’ici la fin de l’année : celle de la retraite avec son nouvel âge de départ ; les mesures prises sur l’indemnisation du chômage et le fameux bonus-malus sur les Contrats à Durée Déterminée.

Faute de trouver rapidement du boulot il faudra, selon son âge, soit attendre une improbable pension sous-évaluée, soit être oublié par l’UNEDIC au bout d’un certain temps ou espérer des CDD qui ne viendront plus ! Or une récente étude de l’INSEE révèle que ce soit au niveau de la rémunération ou de la qualité de l’emploi, le CDD est loin d’avoir un effet tremplin sur la carrière. « L’ensemble des différences de parcours (…) accrédite la thèse d’un effet dit de « trappe à précarité » qui empêcherait une partie des salariés employés en contrat à durée limitée (…) de nouer une relation d’emploi stable avec un employeur, et même de s’insérer sur le marché du travail ». Maigre consolation relevée par ce travail: les personnes en CDD réussissent mieux à s’insérer dans l’emploi que les personnes au chômage.

En définitive une vaste bouleversement s’opère dans l’indifférence. Les licenciements de masse se multiplient enclenchant des plans sociaux qui pèsent sur les puissance publique en terme de formation, de soutiens financiers, de conséquences sur les cotisations de solidarité perdues. Des poches de précarité sont créées sur des territoires avec pour les compenser ailleurs des emplois diffus, peu rémunérés souvent partiels (CDI à temps incomplets) et variables dans le durabilité selon le pouvoir d’achat des autres.

Le pire est à venir pour les très grandes surfaces de vente durant quelques années. Partout les chiffres d’affaires baissent inexorablement atteignant parfois des ratios à deux chiffres… sans que l’on puisse en connaître les conséquences. Amazone file à toute vapeur vers une main mise colossale sur des pans entiers du système commercial et finira d’une manière ou d’une autre par avoir une telle puissance qu’il sera impossible de lui imposer quoi que ce soit. L’État d’urgence n’existant plus il faudra s’habituer aux friches commerciales et aux emplois de chauffeurs-livreurs omniprésents dans les villes et sillonnant des campagnes oubliées.