Il fut un siècle durant lequel les troupes de théâtre se déplaçait pour les plus huppées de château en château pour distraire les occupants de lieux. Elles étaient auparavant passées par les places simples des villages, les parvis des églises ou les cours de ferme. Ces représentations avec des décors à minima, une scène « naturelle », des bruits parasites cocasses et des comédiens forçant le trait ou la voix pour satisfaire un public avide d’émotions fortes ont peu à peu disparu. Elles ont cédé la place à des « tournées » artificielles avec déploiement considérable de moyens techniques et surtout des artifices sonores et lumineux empêchant la prise de risques.

Quelque part la troupe de l’opéra de Barie a pris le chemin exigeant de ce retour aux sources du spectacle en migrant de son cocon pour bouffes « barisiennes » vers les abords du château du Hamel. Le risque était réel tant le cadre magique du chêne adossé à l’édifice religieux de leurs début dans le petit village lové dans la plaine de la Garonne était adapté au choix d’œuvres inédites du fantasque Offenbach.

Il existait un vrai contraste entre les fastes parisiens, les fantaisies débridées, les fortunes étalées et cet écrin naturel dépouillé, intime, proche que constituait l’opéra dans lequel évoluaient Jean-Marc Choisy et ses partenaires. Garder son identité en passant de la plaine discrète aux hauteurs altières de Castets en Dorthe, en prenant de la hauteur de vue et de décor, tel était leur défi. Et force est de reconnaître qu’il na pas été totalement relevé !

Pour conter « Fleurette », œuvre en un seul acte, à trois personnages au pied d’une immense bâtisse austère et pesante on aurait en effet préféré le traditionnel lieu de rendez-vous « derrière l’église ». Dans un tel contexte le « trompette » et la « couturière » espiègle a singulièrement manqué de poésie et d’intimité. Condamnée aux « travaux forcés » sur un uniforme censé avantager la « confectionneuse » habituée aux excentricités des gens de la cour doit en effet retoucher en secret et dans des délais restreints l’uniforme de Madame l’Etoile. Elle ne s’acquittera en fait jamais de sa tache imposée par le concierge du château de Choisy. Quand « L’Etoile » se muant en tambour Laramée devait faire pâmer le roi, c’est le trompette « Jolicoeur », le bien nommé , trompette de Mousquetaires qui a dérobé le cœur de la «belle couturière ».

Un maurivaudage court mais enlevé qui bien évidemment finit bien après un dîner fastueux où le homard a sa place. La qualité vocale de Magali Klippfell interprète de Fleurette légère, juste, enjouée et séduisante constitue le seul véritable attrait d’une pièce ne réservant vraiment aucune surprise par son scénario. Le hors d’œuvre plaisant bien que supposé se dérouler dans le cadre d’un château, manque en effet dans le nouveau contexte de l’installation de l’opéra de Barie d’une ambiance conforme au livret très intimiste puisque se déroulant dans un même lieu restreint et discret.

Sans véritable modification de ce cadre grandiose, le jeu de « l’oie du Caire » démarre plutôt lentement et ne provoque pas de véritable rupture si ce n’est au niveau de la musique puisque Mozart prend la baguette ! Habille mixage entre les intrigues du théâtre de Molière (eunuque en mamamouchi, collusion entre valets et amoureux d’une autre strate sociale, ridicule amoureux du maître âgé…) celui de Roméo et Juliette (balcon et échelle) et de Marivaux (triomphe de la ruse en faveur de l’amour réel), cette reprise d’une adaptation d’une composition enterrée du Maître de Salsbourg finit en beauté mais débute assez conventionnellement.

Le sexagénaire (c’est vieux pour l’époque) entiché de sa pupille supposée angélique et vertueuse constitue une base très classique de bien des ouvrages. Cette intrigue aura pourtant de particulier le fait qu’Isabelle (excellemment interprétée par Claire Baudoin), comme le veut la tradition dans ce genre de situation, saura avec l’aide des domestiques faire triompher son amour pour son prince charmant.

Cyril Fargues (Pascal le valet) tonique, juste et présent dans le jeu d’acteur ainsi que Candice Costis (Aurette) virevoltante, subtile à la voix agréable donnent à entendre des airs guillerets portés par les notes de Mozart. Un hymne à la jeunesse triomphante, libre, espiègle, habile qui voit « Géronte ou Cassandre », à cause de ses certitudes, se ridiculiser avec la réapparition imprévues de son épouse présumée naufragée.

Jean-Marc Choisy parfaitement à l’aise dans le rôle de Dom Beltram, dont il se tire vocalement avec les honneurs, sera non pas le « dindon de la farce » mais « l’oie » de la foire aux bons sentiments. Ce volatile magnifique dont on parle en fait très peu tout au long des deux actes, fait une apparition tonitruante et surprenante au moment du dénouement heureux, amusant mais pas très surprenant sur le fond. Une œuvre qui manque cependant d’un peu de folie !

Le rajout d’un final inédit de Mozart avec le punch vocal de Brigitte Farges en femme oubliée apporte cette gaieté « offenbachienne » manquant à la partition certes très léchée de Mozart mais privée de cet caractère débridé dont a besoin l’opéra bouffe.

Offenbach va toujours bien à l’Opéra de Barie par sa passion communicative, sa dérision permanente, son imagination débridée… A retrouver vite sans modération pour que vive, malgré tout, une certaine idée du spectacle vivant à taille humaine!

(1) Chateau du Hamel à Castets en Dorthe (c’est fléché dans le village) ce soir 31 juillet et demain 1° août à 21 h. Prudent de réserver sur https://www.operadebarie.fr

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