Il y a vraiment urgence à régler la crise qui frappe ce service des hôpitaux. Plus de 200 d’entre eux sont actuellement en grève et travaillent cependant avec dévouement pour assurer un accueil des personnes connaissant des difficultés de santé. Cette situation qui perdure et ne cesse de s’aggraver pose de vrais problèmes de société qui, même si c’est important pour les personnels, ne se régleront pas aisément en raison d’un fonctionnement de plus en plus problématique. 

Certes il faut reconnaître que la ministre concernée se démène pour colmater les brèches ouvertes depuis des années dans le service public hospitalier au nom des nécessités de gestion. Elle va les aggraver puisque les « urgences » ne sont que l’aboutissement, l’exutoire des dysfonctionnements d’un système ayant évolué inexorablement sur les bases du profit. Tout est donc à repenser. Il faut en effet parfaitement comprendre les raisons de la surcharge actuelle de ce service où personne ne souhaite arriver de jour comme de nuit pour comprendre que tout est à repenser.

D’abord on y trouve des femmes, des enfants, des hommes qui s’y présentent spontanément pour la simple raison que financièrement ils ne peuvent accéder aux soins dispensés par le secteur privé tant pour les visites que pour les médicaments. Ces « malades » peu nombreux sont souvent en situation difficile et malgré toutes les dispositions actuelles en matière de couverture sociale ils ne peuvent véritablement trouver une solution à leur état faute de moyens financiers. La raréfaction des médecins du quotidien de garde après 19 h renforce cette fréquentation des hôpitaux pour ces patient.e.s comme beaucoup d’autres. Ils vont où il y a de la lumière et où c’est de fait gratuit ! 

Il est devenu courant que l’on fréquente les « urgences » pour une cheville foulée, une fièvre élevée, une blessure domestique ou une inquiétude passagère afin ne pas avoir à faire avec un praticien dit de « ville » ou un spécialiste dépassant les honoraires de base. A ce flux « social » s’ajoute celui des blessés ou des malades se présentant spontanément et venant par leurs propres moyens ou transportés par un tiers. Le « tri » est alors à effectuer en direct avec un ordre de priorité parfaitement codifié ce qui n’est pas toujours admis. La notion d’urgence « technique » se heurte à celle « affective » ce qui est parfaitement compréhensible… et qui alourdit le climat dans ces services.

La régulation des autres « demandes » passe par le 15 ! Les personnels affectés à cette tâche très délicate doivent jauger l’urgence des appels et en assurer le tri sur la base d’une conversation souvent difficile. Des centaines de demandes de secours parviennent sur la plateforme et ne doivent pas déclencher nécessairement des secours. Si les appels parviennent au 18, chez les sapeurs pompiers et s’ils ne concernent pas un accident, une blessure, un malaise sur l’espace public ils sont renvoyés par le CODIS vers le 15… Ce que bon nombre de personnes ne comprennent pas et n’admettent pas ! Les urgences en bout de chaîne voient arriver tout en vrac !

Durant les trois premières décennies après la dernière guerre, les seuls recours dans toutes ces situations, étaient les médecins généralistes dits de ville ou de campagne. Très souvent médecins des pompiers aux cotés des volontaires ils se joignaient à eux ou se rendaient le plus rapidement possible sur les lieux des interventions jour et nuit. J’ai en mémoire les récits faits par les deux toubibs créonnais de cette époque (Dr Graziana et le Dr Jarry) qui avaient eu à faire face à des contextes dramatiques. Le premier avait ainsi pratiqué seul des soins d’urgence absolue lors d’un accident de train sur la voie Bordeaux Eymet. Cette époque est totalement révolue et les mèdecins disponibles pour réguler avec les pompiers sont rares et donc le recours aux urgences devient systématique.  

Sur la seule métropole bordelaise se sont en 2018 plus de 66 000 interventions des ambulances publiques ont été officiellement recensées. Toutes ne débouchent pas sur un transport aux urgences mais c’est une très grande partie. Souvent les demandes émanent du 15 et donc de l’hôpital puisque ce service en dépend mais en fin d’année le financement des transports pose problème… budgétaire. En effet si c’est une ambulance privée qui intervient elle sera réglée sur le budget sécurité sociale si ce sont les pompiers la dépense est imputée souvent aux impôts locaux via les contributions des collectivités au fonctionnement du SDIS.  Le malade ou le blessé s’en moque mais la nuance est pourtant importante q’autant que ce service public peut transporter vers des urgences privées à but lucratif.

Les interventions au domicile des pompiers lancées par le 15 sont classées en deux catégories : urgence absolue ( l’hôpital rembourse!) ou par carence du privé (il tergiverse pour payer!) qui ne prend que els sorties « rentables ». Ils font des calculs entre leur temps de présence sur un secours et le forfait versé!  Les services des urgences surchargés laissent en effet souvent les arrivants qui n’ont pas l’absolue nécessité d’une prise en charge très rapide dans les véhicules de secours  sous la surveillance des pompiers car… ils manquent de lit. Les VSAB restent immobilisés des heures durant, manquant ainsi au maillage des secours sur les territoires (une sortie toutes les 3 minutes en moyenne).  Une situation aggravée par les pertes d’autonomie des personnes âgées maintenue seules au domicile, les systèmes d’alerte n’ayant pas d’autres exutoires que les pompiers (relevage, inconscience maladive, chutes plus ou moins grave..) en particulier la nuit.

En fait progressivement la notion d’urgence a été socialement élargie et à perdu sa signification médicale. Les primes, les nouveaux grades ne changeront rien ! Il faudra de longues années pour restituer leur vocation intrinsèque à ces lieux où le drame est permanent et la douleur omniprésente. Ils sont noyés ‘socialement » mais pas 3médicalement ».

Et ce n’est pas la création annoncée d’un « service d’accès aux soins » (SAS) en ligne ou par téléphone qui va simplifier le système déjà enchevêtré. 24 heures sur 24, ce service orienterait en effet les patients vers une consultation en ville, une téléconsultation ou vers les urgences, éventuellement via l’envoi d’une ambulance… avec probablement un énième numéro de téléphone supplémentaire. C’est tout simplement une privatisation supplémentaire… déguisée car les volontaires eux se feront rétribuer sur d’autres tarifs que les services publics.