La tache des finances dans n’importe quelle collectivité territoriale ou dans n’importe quelle association devient chaque jour plus ingrate. Elle confère en effet inévitablement, dans le contexte actuel, la réputation de grippe-sou empêchant de rêver, de  prévisionniste pessimiste annonçant toujours la disette, de comptable au cœur sec, d’oiseau de mauvaise augure… Toutes celles et tous ceux qui ont accepté une charge de gestion aussi minime soit-elle le savent : il faut une bonne dose de zénitude pour accepter les critiques qui ne manquent jamais d’être formulées.

Trop laxiste pour les uns, trop pingre pour les autres. Vite cloué au pilori en cas d’erreurs manifestes mais encensé si les résultats sont là. Accusé de trop de précautions ou condamné pour ne pas en voir prise. En fait le monde ne sait pas donner du sens aux chiffres et donc les utilise de façon abstraite. On les tripote, les triture, les tord, les adapte et il arrive même qu’on les torture afin de leur faire avouer… ce que l’on souhaite qu’ils disent.

Il n’est donc plus possible de parler sereinement de « finances publiques » puisque ce terme a pris une tonalité suspecte et même singulièrement critiquable. Les financiers » fussent-ils dédiés à l’action collective deviennent des « monstres » froids qui broiraient les souhaits de toujours plus des uns ou des autres. Il existe en effet une sorte de culture profondément ancrée dans les esprits des citoyen.ne.s et donc de leurs représentant.e.s : celle du toujours plus sauf que désormais ce doit être avec toujours moins  !

On n’existe que par le montant de son budget mais pas du tout par l’efficience de sa gestion. Et prétendre que c’est spécifique au secteur public serait contrevenir à la vérité car partout le raisonnement est en quantité et pas nécessairement en qualité. Les demandes de crédits constituent le sport essentiel de tous les « cadres » ayant une fonction décisionnelle. « je veux.. », « il me faut… » ; « j’ai besoin… » ; « je ne peux pas faire sans… » ; « il me manque… » ; «  si tu me donnes pas… » : les expressions ne varient guère sauf qu’elles sont tellement communes qu’elles s’empilent comme autant de défis pour celle ou celui qui les entend.

En fait le résumé est on ne peut plus simple : je me préoccupe de mes dépenses et je charge celui qui a en charge leur financement de trouver les recettes. La France qui creuse au niveau national son déficit de manière extrêmement dangereuse ne vit que sur ce principe. Les gouvernements successifs depuis un demi-siècle n’ont jamais pu inverser la tendance qui a fini par s’ancrer dans les esprits et qui n’en sortira plus : les déficits sont la règle. 

En fait le grand public et par voie de conséquence les électrices et les électeurs ignorent tout des fondements du fonctionnement budgétaire. Les chiffres jetés en pâture lors de débats ne reposant que sur le superficiel, servent d’appréciation de la gestion locale. Est donc vite oubliée la seule appréciation intéressante : quelle utilisation est faite des sommes disponibles  et quel sesn on donne à leur utilisation. 

Dans cette optique la culture de l’évaluation des politiques publiques n’existe que très peu dans la sphère publique. Comme elle met en cause des décisions politiques voire politiciennes ou qu’elle dérange les services ne voulant pas être jugés elle ne mobilise que rarement les instances de gouvernance. La Cour des Comptes s’y essaie quelques fois en pure perte car elle n’a pas de vrais pouvoir coercitif pour conduire à l’abandon de certaines dépenses sans aucun effet réel.

Certes le Parlement confie à ses membres des missions ou des rapports souvent fort intéressants car critiques et objectifs mais on sait fort bien qu’ils finissent sur de étagères ou dans les archives du Sénat ou de l’Assemblée nationale sans parfois être lus. Une photo avec celle ou celui à qui il est destiné et plus rien ! On continue comme avant… et on réclamera au budget les mêmes sommes pour les mêmes effets.

L’étau se serre autour de tout décideur financier pour finir par l’écraser. D’un coté il connaît le possible ou même parfois seulement le probable alors que de l’autre il est confronté aux demandes impossibles et à l’improbable… La diminution constante des recettes annoncée nationalement avec renfort de clairons et de trompettes via la baisse réputée populaire des prélèvements factices pour certains.ne.s mais réels pour d’autres, rend la tache des gestionnaires locaux encore plus ardue.

Ils ne peuvent plus actionner les leviers qui leur permettaient de mettre en concomitance l’augmentation des dépenses et celle des recettes puisque non seulement un budget communal, intercommunal, départemental ou régional ne saurait être déficitaire (contrairement à celui de l’État qui l’est systématiquement depuis 45 ans). Il doit même dégager obligatoirement un excédent de fonctionnement pour financer le remboursement des emprunts et les investissements… ce qui n’a jamais été le cas des dispositifs de Bercy.

Bref il vaut mieux être ministre des comptes publics avec beaucoup de baratin et de capacité à annoncer des baudruches fiscales que simple élu local en prise directe avec les besoins des habitant.e.s et face l’absence de crédits pour les satisfaire. La France pays de l’ignorance citoyenne tuera ces collectivités locales (préparez-vous les municipales approchent) et portera aux nues les « financiers de Bercy » qui eux, ne savent gérer que des déficits ! Ainsi va la démocratie.