Malgré les réformes annoncées qui seraient destinées à conforter la situation des retraités les plus fragiles il faut se poser sincèrement la question de savoir si ces derniers ne restent pas les bêtes noires de Bercy. En effet absolument toutes les mesures annoncées ou déjà mises en œuvre visent à réduire leur pouvoir d’achat et les mettre en opposition avec les électrices et les électeurs réputés actifs et rentables mais en voie de disparition. 

La stratégie ne varie pas : on annonce avec fracas une mesure réputée utile au redressement des comptes publics pour directement ou indirectement les transférer vers les retraité.e.s. Le grand ordonnateur des « décomptes » publics se plaît dans ce rôle permanent de souffleur du « chaud » gouvernemental pour ensuite expédier le « froid » sur les seul.e.s pouvant compenser d’apparentes générosités se traduisant par des défaillances républicaines. La valeur la plus détestée depuis trois ans reste celle de la solidarité…Elle coûte et donc elle doit forcément être diminuée, détruite voire anéantie par petites touches ou par des coups de boutoir surprises.

L’opinion publique parcellisée ; tétanisée par le danger réel du RN ; décontenancée par l’incapacité de la Gauche à bâtir collectivement une alternative ; inquiétée logiquement par la crise qui menace ; angoissée par le désastre écologique, n’attend plus rien de la politique. Elle subit majoritairement et donc laisse le terrain libre aux manipulations appuyées par une communication facilitée par une fragilité médiatique effarante. Tout devient possible.

Le capitalisme financier s’effondre brutalement ou se délite chaque jour davantage mais la très grande majorité continue à penser que « le » politique n’y peut rien et que demain le salut passera par « un chacun.e pour soi » qui sauvera tout le monde.

Bercy tord le cou à l’équité face à la contribution à l’effort indispensable pour maintenir une vie collective de qualité. Bercy multiplie les coups tordus sur les taxes indirectes, sur les soutiens aux plus fragiles, sur les moyens des services publics ou au public.

Bercy creuse des déficits abyssaux, emprunte à tout va, désarticule tout l’édifice républicain. Bercy tente par tous les artifices possibles de masquer une situation globale d’un pays qui s’enfonce dans la méfiance, la défiance et la haine. Bercy se fout bien des réactions désespérées des « gens » ordinaires puisque ce n’est pas de son périmètre de compétence.

Depuis quelques mois la cible privilégiée (au sens propre) est de toute évidence celle des retraité;e.s. Plus d’un million d’entre eux se situent sous le seuil de pauvreté (7,5 % du nombre total) et ne sont pas concernés par aucune des décisions de Bercy puisque les améliorations de leur situation ne sont vraiment pas à l’ordre du jour. Quant aux autres ils constituent un vaste troupeau captif de « moutons » pouvant être tondus aisément. Ils ne peuvent pas délocaliser leurs revenus fixes et garantis.

Bercy considère que leurs réactions ne seront pas admises et comprises des actifs souvent à la peine pour leurs fins de mois. Il est donc facile de rompre le pacte sur la garantie donnée de leur donner le juste retour financier de leurs efforts antérieurs.

La dernière création du Ministère des finances laisse pantois. En effet pour récupérer un peu plus de 350 millions d’€ auprès de personnes de plus de 70 ans ayant le « détestable » bonheur de n’être ni en perte lourde d’autonomie ou handicapées Bercy annonce la suppression d’une part des charges sociales sur les emplois à domicile.

Une part de la fameuse exonération de la taxe d’habitation donné de la main réputée de gauche sera ainsi récupérée de la mains droite au détriment de ces petits « employeurs ». Le pari c’est qu’ils maintiendront leurs dépenses, malgré cette annonce devant être confirmée dans la loi des Finances que voteront comme une seule femme ou un seul homme les député.e.s qu’ils ont largement contribué à installer au palais Bourbon.

Celles et ceux parmi ces septuagénaires heureux dépasseront même légèrement les seuils calculés par les ordinateurs ministériels et ils auront donc le cumul de la retenue de CSG, pas d’exonération de TH, une augmentation du foncier bâti s’ils sont propriétaires de leur habitation, la suppression de l’atténuation des dépenses liées aux emplois qu’ils ont créés… Bien évidemment il sera aisé de rappeler qu’ils sont des nantis par rapport au reste de la population oubliant qu’ils n’ont bénéficié que de ce qu’ils se sont créé.

S’ils deviennent dépendant.e.s ils n’auront plus qu’à demander l’APA dont ils ignorent souvent qu’elle sera financée par des Départements auxquels ils n’accorderont plus de moindre euro de contribution en raison du transfert du foncier bâti vers les communes. Le subterfuge est parfait avant 2021 et le renouvellement des conseils départementaux étranglés par des contraintes financières multiples !