L’incendie qui a ravagé l’usine Lubrizol, classée Seveso « seuil haut », c’est à dire un établissement utilisant des produits hautement dangereux servant à fabriquer notamment des additifs pour l’huile, a mis en évidence la nécessité de renforcer les mesures de sécurité dans un monde industriel libéral. En effet, quels que soient les effets de cette catastrophe n’ayant rien de naturel, il y a lieu d’abord de s’intéresser à ses causes.

Pour l’instant une enquête est ouverte pour « destructions involontaires par l’effet d’une explosion ou d’un incendie » a été confiée au service régional de la police judiciaire de Rouen, en co-saisine avec l’office central contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique, la direction centrale de la police judiciaire et la direction générale de la gendarmerie nationale.

Le qualificatif de « involontaire » prend toute son importance dans le contexte actuel. En effet dans cette entreprise américaine (si l’on se réfère aux actionnaires) le feu aurait débuté dans la nuit dans un entrepôt, une installation de mise dans des fûts et un bâtiment administratif. Il faudra un examen très long des indices éventuels et surtout du protocole de protection des locaux concernés, pour savoir si les procédures ont été respectées et s’il n’y a pas eu de défaillance humaine ou du système de sécurité.

Installé dans une zone urbanisée l’établissement nécessite des précautions exceptionnelles régulièrement vérifiées par des fonctionnaires compétents mais de moins en moins nombreux. A peine plus de trois kilomètres le séparent du centre-ville historique de Rouen et donc le danger est plus grand. Si les émanations des fumées des ingrédients brûlés servant à concevoir ces additifs a tout lieu d’inquiéter il existe en effet pour le « voisinage »  d’autres éléments qui pèseront sur l’avenir des populations.

En fait on découvre que si l’incendie a concerné la partie production très encadrée, elle a également touché des bâtiments tout aussi dangereux mais n’entrant pas dans le champ des vérifications poussées périodiques. Par exemple les toits de l’usine sont partiellement ou totalement en fibrociment, un matériau reconnu pour ses qualités isolantes mais qui contient de… l’amiante. Ils ont brûlé, se sont effondrés et ont donc dissipé dans l’air des fibres particulièrement dangereuses.

Une réalité très inquiétante puisque respirer des fibres d’amiante risque de déclencher un cancer de la plèvre plus de dix à trente ans après l’exposition… La Préfecture a vite précisé qu’ »un programme de mesures de fibres dans l’air avait été engagé dans le site et dans un rayon de 300 mètres » (sic). On sait fort bien qu’elles s’arrêteront à cette distance… car le nuage n’a pas dépassé ce périmètre.

Par ailleurs on a déjà noté sur certains sols une pollution au plomb supérieure à la normale sans que l’on en connaisse vraiment l’origine. On sait fort bien qu’il a fallu, après que le feu ait ravagé la toiture de Notre-Dame à Paris, plusieurs jours pour prendre conscience de l’importance de cette dissipation dans l’air de ce métal. Là on va voir…

Les autorités distillent les informations réelles sur les composantes des fabrications de Lubrizol au compte goutte. Elles ne les possèdent peut-être pas toutes car elles sont tributaires des données fournies par les responsables de l’entreprise. En effet il n’est pas inutile de rappeler qu’un précédent « accident industriel » avait eu lieu il y a six ans : une émanation de mercaptan, gaz fortement odorant, toxique à très forte dose avait eu lieu. On avait « senti » cette fuite sur des dizaines de kilomètres aux alentours et on avait rassuré tout le monde : rien de dangereux.

On avait alors découvert que cet accident avait été causé par une température trop élévée et par un temps de séjour trop long dans un bac de fabrication. Le traitement « trop tardif » de la décomposition opéré par les techniciens n’avait pas permis de diminuer l’envol du mercaptan et l’avait même accentué. L’enquête avait ensuite assuré que « les concentrations correspondant aux effets irréversibles n’avaient pas été atteintes dans l’environnement ». L’entreprise avait été finalement condamnée à une « lourde » amende de… 4 000 € pour nuisance… olfactive, mais le délit de « mise en danger de la vie d’autrui » avait alors été écarté.

Les autorités avaient demandé une mise aux normes permettant d’éviter de telles pollutions de l’air. L’entreprise avait du s’engager dans des travaux afin de réduire la probabilité de retour d’événements de type « mercaptan » ou « autres émanations ». Le préfet a assuré qu’ils avaient été réalisés et que l’usine était « aux normes telle que nous l’avons vue en 2019 (sic) », en rappelant qu’« elle ne l’a pas toujours été (sic) » et qu’en 2017, « elle a fait l’objet d’une mise en demeure(sic) » en raison de… « 17 manquements (sic) », avant que « la mise à niveau soit réalisée ».

Il serait judicieux de publier tous les documents qui en attestent et qui engagenet la puissance publique. Mais je n’ai aucun doute il faudra comme le veut l’habitude une vraie mobilisation citoyenne pour que se dissipent les forts doutes actuels qui laissent la triste impression que l’on joue la montre.