Ce mardi 22 octobre je présente à 19 h au café assoctaif créonnais BREC mon nouveau livre sur le partage du pouvoir locale (1). Voici les premières lignes d’un ouvrage qui synthétise uen autre vision de la gestion locale…

« Dans une synthèse du fameux baromètre de la décennie écoulée, sur le fonctionnement de la démocratie française, le Cevipof dresse un constat alarmant du désamour entre les élu·e·s en général et les citoyen·ne·s . Vient conforter cette enquête, reposant sur une dizaine de sondages effectués durant cette période, la crise institutionnelle provoquée en France par la « fièvre jaune » ayant mis à mal un gouvernement et un président d’une République accusés de ne pas en respecter les valeurs fondatrices que sont « la liberté, l’égalité et la fraternité ». Il est certain que la confiance se délite chaque jour davantage.

Le « Grand débat » souhaité par les responsables nationaux actuels a tenté, en ce début 2019, de convertir des électeur·trice·s en débatteur·euse·s avisés. Il sera difficile d’en sortir une nouvelle gouvernance globale dans un contexte où les réformes promises devraient se poursuivre et où il est fort probable que rien ne changera fortement dans les équilibres citoyens.

Pour entrer dans cette confrontation des idées et éviter que l’on reste sur des revendications, des slogans et des déclarations de principe, il faudrait être certain que la France est brutalement passée d’un pays de consommateur·trice·s tous azimuts en un pays de la citoyenneté active et consciente. Or ce n’est pas le cas tellement le politique est discrédité, vilipendé, détesté !

Les électeur·trice·s devenu·e·s des « contribuables consommateur·trice·s » appliquent une règle simple déconnectée de toute citoyenneté : ils en veulent pour leur argent et considèrent souvent qu’ils n’ont pas des retours suffisants sur leur contribution (quand elle existe) au financement des services !

Cette attitude s’est répandue comme une tache d’huile dans l’opinion dominante et donc, quoi qu’ils fassent, les élu·e·s payent désormais très cher leurs déclarations récurrentes sur la baisse des prélèvements qui seront toujours jugées insuffisantes.

L’école leur doit la réussite de leurs enfants. La sécurité sociale leur doit la gratuité absolue. La commune leur doit une pelouse de stade de niveau international. La gendarmerie leur doit une présence pour eux (et eux seuls) 24 heures sur 24. La justice doit leur donner raison contre les règles et les autres. La commune leur doit le quotidien parfait ; la culture doit être gratuite ; le sport ne doit plus être contraignant ; les élu·e·s doivent être parfait·e·s et omniscient·e·s, et les fonctionnaires jugé·e·s trop nombreux·euses doivent des réponses rapides même s’ils n’existent plus ; les impôts sont dus par les autres et surtout pas par chacun·e.

Le jugement sur la vie collective a évolué de manière dramatiquement individualiste, transformant tous les aspects de l’action sociale en addition de droits réputés comme devant être, selon les circonstances, dispensés par la puissance publique. L’épisode des Gilets jaunes a illustré cette modification des comportements et mis en évidence la nécessité d’un bouleversement réel des pratiques réputées démocratiques.

La défiance règne d’autant que par démagogie, un camp dans l’opposition accuse toujours celui qui est au pouvoir d’être trop dépensier et donc de ne pas vouloir, encore et toujours, réduire des prestations, des allocations, des subventions ou des pensions.

La politique, dans ce contexte de la marchandisation de la pensée collective, a adopté les règles du marketing commercial avec ses offres mirobolantes dont on ne découvre les effets dévastateurs que quand on est passé par les caisses des scrutins. La fracture s’élargit quotidiennement et plus personne ne fait confiance à personne dans un contexte où les promesses bien plus qu’avant n’engagent « que ceux qui les écoutent ». Ce divorce a des incidences graves au plus près du terrain, détruisant chaque jour davantage la démocratie représentative.

Madani Cheurfa et Flora Chanvril écrivent dans leur synthèse de dix ans de popularité des élu·e·s et des acteur·trice·s de la vie sociale : « Au cours de la décennie écoulée, le rejet du politique a été net. Cependant, si certains acteurs sont en chute libre un seul reste un peu au-dessus de la moyenne : le maire du côté des acteurs élus […]. Ces premiers magistrats de base obtiennent encore la faveur du grand public 1, car ils présentent des caractéristiques qui semblent être la source de la confiance ou du moins de l’antidote à la défiance : assurer une fonction de proximité, mener une mission de protection, être bienveillant·e et être compétent·e. […]

À l’inverse, les partis politiques, les médias, les banques et les syndicats deviennent les acteurs politiques et sociaux qui connaissent les plus bas taux de confi ance au cours de la décennie 2009-2019. »

La cellule de base reste la commune où s’est construite cette démocratie et s’il reste un espoir de maintenir un système auquel, selon la même enquête, les Français·e·s témoignent d’un « attachement […] clair et solide », c’est par ce niveau qu’il peut vivre. Ce n’est pas par hasard que, lors de l’épisode du « Grand débat », Emmanuel Macron est d’ailleurs passé par cet échelon territorial pour tenter de récupérer la confiance perdue. Il serait cependant très optimiste de croire que lors du prochain renouvellement municipal tout doit être reproduit à l’identique et que la grogne s’eff acera.

Les liens entre les mandataires communaux et leurs mandant·e·s reposent en eff et sur la proximité et plus nécessairement sur un étiquetage de leur engagement politicien. C’est même une certitude : il faut absolument repenser la gouvernance locale pour justement placer la citoyenneté active au coeur de la vie quotidienne (à suivre dans le livre)

(1) Le partage du pouvoir local Editions Le Bord de l’Eau 20 € En vente dans les librairies et sur internet