Écrire son « testament » ne constitue pas nécessairement un acte facile… Et pourtant il faut un jour ou l’autre s’y résigner. N’empêche que lorsque l’on se penche sur une feuille blanche on peut ressentir le besoin de transcrire d’une manière aussi complète que possible une transition entre son propre passé et l’avenir que l’on réserve aux autres. Ce n’est pas alors un signe d’adieu mais plus certainement une volonté de transmission d ‘un patrimoine. En écrivant « le partage du pouvoir » je n’ai vraiment pas eu la vanité de donner à découvrir aux autres mon patrimoine politique.

Je ne lègue rien. J’explique simplement que l’avenir repose sur un changement complet des paradigmes politiques actuels. Croire qu’une inversion de la donne sociale, environnementale, territoriale ne relève vraiment plus d’une utopie. A tous les étages et notamment au rez-de-chaussée de la vie collective il devient crucial de lutter concrètement contre les méfaits d’un ultra libéralisme dévastateur. La défiance s’installe, grandit chaque jour davantage, provoque des spasmes anti-démocratiques et va nous conduire vers un totalitarisme social, institutionnel, financier ou environnemental dont nul ne saurait prévoir l’issue.

Il ne s’agit dan ce livre que donner à découvrir une véritable aventure collective locale s’étirant sur plus de 40 ans. Ce « récit » aussi complet que possible décrit en effet l’expérimentation complète de l’autogestion associative citoyenne sur la durée, ce qui conduit à démontrer que structurée et inscrite dans la durée la mise en œuvre d’une autre vision de la vie démocratique est possible. Aucune valeur d’exemple mais un simple témoignage inscrit dans la double histoire du mouvement communal et de l’autogestion.

Le « Partage du pouvoir » contrairement à un « testament » ne porte pas la volonté de clore un épisode d’engagement pour les autres mais plus sincèrement l’envie farouche de continuer à le faire vivre autrement. Tout concourt dans la période actuelle à étouffer la prise d’initiative citoyenne. Règlements, textes, lois, codes s’empilent pour barrer la route au « collectif » dénué de toute pensée hégémonique ou mercantile. Donner de son temps, s’investir dans une gestion désintéressée, apporter une compétence aussi minime soit-elle à l’intérêt général, donner un sens à son action : des principes qui ne résonnent pas financièrement et donc qui ont perdu tout leur poids.

Le système de la démocratie représentative a généré pour tenter de conserver son existence la « participation », la « co-construction », la « cohabitation » mais rarement la cogestion seule manière de retisser un lien réel entre citoyen.ne.s et élu.e.s. La perte de confiance conduisant inexorablement aux « affrontements » cette dernière étape démocratique a des allures de bouée de sauvetage. Tout le bouquin n’a d’intérêt que si l’on admet que les gens désignés par de moins en moins de votants lors des scrutins directs n’ont ni la science infuse, ni le privilège de décider pour tous et au nom de tous.

L’éducation populaire en déshérence depuis trois ou quatre décennies devient alors un outil indispensable pour relancer une machine démocratique en place. L’autogestion associative citoyenne nécessite en effet une formation, un apprentissage, une compréhension minimum des enjeux politiques que n’assurent plus les partis devenus de simples machines électorales désincarnées.

S’il y a « testament » dans le livre c’est peut-être à la manière de la fable « le laboureur et ses enfants »… il est indispensable d’expliquer que « travailler » et prendre « de la peine » pour investir la place publique ne se résume pas à une campagne électorale, à la distribution de tracts, de magazines verts et glacés ou à des posts sur facebook. Tout doit être porté par l’exemplarité de l’engagement et surtout la sincérité de l’engagement que l’on apprend ni à l’ENA, ni ailleurs d’ailleurs.

Accepter l’autre comme il est en pas forcément comme il devrait être, l’accompagner, le valoriser, le guider, l’aider à se mettre droit traverse mon bouquin. Répéter sans cesse que toutes les femmes ou les hommes s’occupant du sort de la cité doivent devenir des institutrices ou des instituteurs au sens premier de ce mot. C’est exigeant, c’est ingrat, c’est épuisant mais le résultat le vaut amplement.

Faute de pouvoir changer le monde (c’est au-dessus de mes forces) il est possible de changer la vie de proximité, de lui redonner de vraies couleurs sociales, de vraies objectifs partagés et surtout de maintenir cette cellule essentielle de la république que reste, quoi qu’on en dise la commune. Le seul intérêt du testament est probablement là