Depuis des décennies, je me bats pour que l’économie sociale et solidaire portée par le milieu associatif de toute taille soit reconnue. Elle représente en effet une véritable alternative au capitalisme outrancier, au libéralisme débridé ou à l’indifférence de la consommation. Les coopératives, les mutuelles, les organismes à but non lucratif ont été et devraient demeurer les vecteurs d’une citoyenneté active indispensable à l’esprit républicain. C’est un patrimoine exceptionnel à préserver et à développer.

Sous les injonctions de Bruxelles les derniers gouvernements ont pourtant, depuis le fameux vote du traité européen, refusé par les électrice.eur.s, malmené les structures associatives. Ils l’ont fait au nom de l’interférence de l’ESS dans le concept de la « concurrence libre et non faussée » avec le monde de l’économie rémunératrice. Seule la loi dite Hamon a tenté in-extrémis de stopper une destruction directe de ce fourmillement républicain ferment démocratique fraternel, libre et égalitaire.

La suppression des emplois aidés facilitant l’insertion sociale via les associations, a constitué un premier mauvais coup à la solidité des actions d’intérêt général portée par les bénévoles. Les risques encourus par la classification en association « d’intérêt général économique » lorsque cette dernière entre dans le champ de la concurrence planent sur le système. Les limitations des dépenses des collectivités territoriales constituent également une menace dans la période où l’État tourne ses aides vers le privé. Pourtant rien n’est encore perdu. On sent que les menaces arrivent.

Entre 1,35 et 1,45 million d’associations seraient pourtant encore actives en France aujourd’hui. En 2018-2019, quelques72.000 associations ont été créées, un rythme similaire aux cinq années précédentes. À l’inverse, une étude estime que le nombre d’associations cessant leur activité a pu atteindre 50.000 à 60.000 en 2018 comme en 2017, contre 30.000 à 40.000 dans la période précédente.

Les auteurs de cette statistique ont questionné plus de 2 500 responsables dont 3 % s’estiment en grande difficulté contre 5 % (2018) et 7 % en 2017. Ce constat amène à penser qu’il y a eu un fort écrémage au cours des années antérieures avec environ 50 000 disparitions au cours de la période 2017-2019. L’opinion publique méconnaît le rôle des associations loi 1901 dans le secteur de l’emploi car les plus petites assurent une couverture discrète et diffuse des territoires.

L’année 2018, a pourtant été caractérisée par un « net retrait » (- 2,6%) du nombre d’établissements employeurs. Ce dernier est passé de 167.000 en 2015 à 159.000 en 2018 avec une accélération puisque, pour la seule année 2018, la régression est de l’ordre de 4.300, dont 80% d’associations comportant moins de trois salariés et 15% d’associations comportant entre trois et six salariés. C’est le point noir de l’enquête.

Le nombre de professionnel.le.s qui étaient de 1,8 million en 2018, est en baisse de 0,9% par rapport à 2017, après des années de croissance régulière. Les plus petites structures associatives comptant moins de 3 salariés connaissent une baisse de 7% et entre 3 et 10 salariés elles régressent de – 3%. En 2018, tous les secteurs sont touchés par cette chute des effectifs salariés : la culture, le sport et l’aide à domicile figurent parmi les domaines les plus atteints.

Les associations sont également très fragilisées puisque leurs ressources « humaines » bénévoles donnant de leur temps chaque semaine passe de 12,5% en 2016 à 10% en 2019. Au total, on évalue encore à 12,5 millions de personnes participant à la gestion, à l’encadrement ou au suivi des associations, dont 5,2 à 5,4 millions selon u rythme hebdomadaire. En 2019, le bénévolat – le nombre de bénévoles et leur disponibilité, ainsi que le renouvellement des dirigeants – est ainsi le premier sujet d’inquiétude des responsables associatifs. Une campagne nationale paraît indispensable sauf à considérer que ce désintérêt arrange tout le monde.

La situation financière est aussi une source de préoccupation pour 45% des responsables interrogés et 9% d’entre eux se considèrent comme en situation « très difficile ». Les collectivités territoriales soucieuses de leur avenir ou malmené par des contraintes gouvernementales ne s’engagent plus aussi facilement. Elles s’éloignent de ce milieu associatif (notamment culturel) qui ne constituent pas une priorité face aux difficultés sociales prégnantes.

Le département de la Gironde a compris cet enjeu pour le lien social en augmentant en 2019 ses aides en matière d’emploi sportif et en se préparant à accroître ses crédits accordés au monde associatif de la culture en 2020. Cependant rien ne peut assurer que ces augmentations s’inscriront dans la durée compte-tenu des incidences de la réforme fiscale et du pacte de Cahors sur la limitation des dépenses… L’avenir est donc incertain dans le secteur associatif qui aurait pourtant grand besoin de sérénité.