L’étau se resserre sur une Europe totalement en panne d’initiatives, de mesures audibles par les peuples, de décisions autres que financières et technocratiques. Tous les résultats des élections constituent un garrot qui se resserre sur les démocraties. Les extrémistes, réunis par un rejet des autres, une vision déshumanisée de l’action politique et souvent par leur propension à vendre de la haine et de misère intellectuelle approchent partout démocratiquement du pouvoir.  L’histoire balbutie sous les regards indifférents de millions de citoyen.ne.s ayant perdu leurs valeurs.

Une angoisse collective s’empare des populations de nombreux pays. Elle traîne derrière elle les fantasmes les plus réactionnaires et les positions les plus outrancières. Elle paralyse les consciences pour peu que les gouvernements en place soient obnubilés par des ratios en décalage complet avec les attentes populaires.

Ainsi l’extrême droite allemande, emmenée par sa figure la plus radicale, a enregistré une nouvelle forte progression lors d’un scrutin régional de Thuringe sur le territoire de l’ex-RDA. Son score est d’autant plus notable que l’AfD avait été très décriée avant le scrutin à la suite du récent attentat antisémite et xénophobe ayant fait deux morts à Halle, dans l’État régional voisin de Saxe-Anhalt, et commis par un sympathisant néonazi.

Le leader du parti xénophobe Björn Höcke avait été unanimement réprouvé pour avoir incité par ses propos extrémistes terrain l’auteur des faits. Il avait également effectué des déclarations violentes contre la culture allemande de repentance pour les crimes nazis : le Mémorial de la Shoah à Berlin était pour lui et ses soutiens le  «monument de la honte». Or Alternative pour l’Allemagne (AfD) est arrivée avec 23,5% arrivée en seconde position doublant son score du précédent scrutin de 2014.

Derrière ce mouvement anti-migrants et eurosceptique, l’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Angela Merkel termine à 21,8%, soit un repli de près de 12 points en cinq ans dans cet État qu’elle dominait jadis sans partage. Il s’agit de son plus mauvais score jamais réalisé dans cette région depuis la réunification allemande en 1990.

Un autre parti l’a emporté, celui de la gauche radicale, héritière du parti communiste est-allemand. Son porte-drapeau, actuel chef du gouvernement régional Bodo Ramelow, est arrivé en tête avec 31%, un score en progression, 30 ans tout juste après la chute du Mur de Berlin. Rien n’est joué car il la « région » de Thuringe sera ingouvernable puisque les sociaux-démocrates du SPD et les écologistes, sont en perdition et n’obtiennent que 8,2% et 5,1%. L’extrême droite a réussi son pari : paralyser la démocratie et devenir le salut sur des terres où l’UE a déversé des subsides considérables au moment de la réunification. L’Allemagne va droit… dans le mur !

Une autre alerte vient d’Italie ! Salvini a réussi à débarquer la gauche qui gouvernait depuis plus d’un demi-siècle cette région agricole. Prudent il a oublié totalement ses déclarations anti-migrants pour taper sur la crise économique dans une région ayant perdu de sa superbe (séismes à répétition) et de son ancienne richesse basée sur un agriculture haut de gamme (truffes, jambon).

En fait Salvini avait constitué un bloc d’extrême-droite avec « Fratelli d’Italia » ouvertement fascistes ayant recueilli plus de 10 % des suffrages ! Le parti centriste de Berlusconi qui s’écroule sous les 6% restera tout de même dans une coalition atteignant plus de 57 % des voix. L’alliance gouvernementale entre la gauche et le mouvement 5 étoiles fera désormais de la figuration dans cette Ombrie qui n’avait jamais trahi le camp du progrès.

L’Europe se brunit chaque jour davantage. Elle masque encore cette déferlante qu’il ne faut plus qualifier de « populiste » mais plus certainement de néo-fasciste par quelques tâches vertes qui lui donnent bonne conscience. Exclusivement tournée vers la protection du monde du profit elle creuse sa propre tombe. Incapable de réagir aux délires de Trump l’UE n’existe plus depuis plusieurs mois sauf au sein de son parlement qui peut encore prendre quelques rares positions conformes à ce que pourrait être une vraie politique solidaire.

Affaiblie, désincarnée, confiée à une commission européenne sans aucun responsabilité vis à vis du suffrage universel, ballottée par une guerre commerciale qui la dépasse l’Europe vogue vers un avenir incertain. Ce n’est plus un pressentiment mais une certitude.