Entretien complet avec Stephan Foltier

Quelle a été la genèse de cet ouvrage?

La fin de l »année 2018 et le début de l’année 2019 ont été marqués par l’aggravation d’une crise latente entre les actrices et acteurs de la démocratie représentative et une part de la population. Une forme dangereuse de défiance s’est installée et n’a cessé de grandir transformant les rapports sociaux à tous les niveaux, en conflits permanent.

Durant les presque 40 ans de mon parcours d’élu local j’ai bâti mon action personnelle et celle des équipes qui m’ont accompagné, sur un véritable pacte de confiance patiemment construit avec les électrices et les électeurs. J’ai donc éprouvé le besoin de transmettre les valeurs, les principes, les modalités d’une gouvernance locale pouvant servir de base à une nouvelle donne de l’action publique.

Mettre la citoyenneté active, solidaire, efficiente au centre des prochains mandats municipaux : ce n’est pas une utopie mais une absolue nécessité. Dans un moment clé de la vie publique il est indispensable de changer de paradigme et de faire vivre une autogestion associative citoyenne que permet encore la vie communale si les élu.e.s acceptent de partager le peu de pouvoir qu’il leur reste. De 1977 à 2014 ce système a été une réalité créonnaise et j’ai souhaité le décrire, le formaliser et lui donner une assise concrète dans ce livre. 

Quelle est pour vous la place du livre en terme d’impact de diffusion de la pensée?

Le livre reprend les concepts portés par Pierre Mendés-France et plus encore Michel Rocard et leur donne corps et réalité. Le « partage du pouvoir », de ses contraintes, de ses réussites ou de ses échecs a brutalement repris tout son sens dans un monde où l’individualisme, le sectarisme, la populisme menacent la démocratie.

Je souhaite que cet ouvrage provoque un débat, relance une dynamique et oblige les candidat.e.s aux élections municipales à s’interroger sur les fondements de leur action au service de la plus petite cellule républicaine de notre pays.

Le temps des programmes type catalogue de La Redoute est terminée. Il faut agir autrement. Il faut accepter que les citoyen.ne.s prennent part non seulement à la gestion mais aussi qu’ils l’assument sur les bases d’un contrat social construit en commun. J’ai pleinement conscience que c’est ambitieux et décalé mais c’est fondamental pour préserver l’avenir de notre démocratie.

A-t-il été facile ou compliqué de trouver un éditeur? Si oui ou non pour quelle raison?

Non je n’ai eu aucun problème. Le Bord de l’Eau maison d’édition locale dynamique recherche des porteurs de débats, d’interrogations de d’idées pouvant justement démontrer que l’innovation et la l’imagination sont indispensables dans une société aseptisée trop basée sur le prêt à porter idéologique partisan. « LA » politique est peut-être en voie de disparition mais « LE » politique a besoin de revenir sur le devant de la scène car il reste le fondement du vivre ensemble. Mon livre relève DU politique et pas de LA politique !

A travers cet outil, vous vous rapprochez du modèle démocratique au sens athénien du terme. Quel impact pensez- vous que cela ait sur l’influence du pouvoir de décision donné au peuple?

C’est incontestable. La référence historique prend tous son sens avec l’autogestion. Le pouvoir actuel l’a d’ailleurs compris et tente de casser son image défavorable basée sur « circulez il n’y a  rien à voir. vous nous avez élu et donc maintenant vous acceptez nos décisions ». Le grand débat, le tirage au sort de citoyen.ne.s pour le plan sur le réchauffement climatique, les multiples plate-formes en ligne sur les retraites et autres sujets.

Il tente de masquer la verticalité de ses décisions derrière des actes concrets de communication. Pour ma part dans ce livre je démontre que la confiance ne se construit que sur la continuité d’une action politique et pas sur des coups de com passagers et trompeurs.

Comment voyez-vous la mise en oeuvre locale et donc départementale d’une méthode de proximité car n’est-elle pas un changement de paradigme dans le pré carré des systèmes de pouvoirs actuels? Est-ce aussi une solution à la crise du mandat rural qui subit de lourdes et parfois dangereuses responsabilités?

L’autogestion associative citoyenne représente une chance réelle pour le monde rural et périurbain. Le sentiment d’abandon est tel sur ces secteurs où la puissance publique déménage les services de base qu’il faut que les habitant.e.s se fédèrent (et le monde rural l’a fait entre les deux grandes guerres), trouvent des modes opérationnels (coopératives, mutualisation, gestion partagée) pour pallier ces carences structurelles étatiques.

Ailleurs le principe est simple : le pouvoir appartient à celles et ceux qui agissent et pas à celles et ceux qui subissent. Partager ce n’est nullement s’affaiblir c’est simplement le conforter par l’apport du plus grand nombre. Partager c’est tout simplement devenir plus fort !

Partager ce n’est pas renoncer à ses valeurs c’est concrètement les mettre en œuvre. Partager c’est essentiellement éduquer, convaincre, agir dans le respect et la confiance.

En 2008 aux élections municipales à Créon trois habitants sur quatre alors que seule la liste que je présentais était en lice sont venus voter et m’apporter leur soutien ! Une preuve que le partage du pouvoir constitue un atout et pas une faiblesse.

Pensez-vous organiser des rencontres et débats prochainement? Quels projets pour un futur proche?

Avant toute chose il me faut préciser que je mettrai fin à mon dernier mandat électif dans quelques mois et donc que ce livre ne s’inscrit pas dans une campagne de communication pré-électorale comme beaucoup d’autres qui surgissent avant les échéances. Ce bouquin aussi complet et didactique que possible se veut un support au débat le plus large possible. J’irai donc le présenter partout où on le voudra. Je suis disponible pour dialoguer, échanger, expliquer n’importe où !

Le populisme menace en Gironde et ailleurs sur certains territoires ruraux : mon seul objectif c’est de le combattre par les idées par la valeur de l’exemple et de ne pas se contenter d’anathèmes abstraits. Je consacrerai, modestement, par le biais de Gironde citoyenne (2), association laïque, unitaire et indépendante que je préside, toutes mes forces à ce en quoi je crois à cette éducation populaire seul vecteur pouvant redonner sa place à la citoyenneté dans une République mal en point.

(1) Le partage du pouvoir local Éditions le Bord de l’Eau 20 € en vente en librairie

(2) Gironde citoyenne : www.girondecitoyenne.org