Le « jaune » ne sera vraiment pas la couler favorite de ce quinquennat. Il y avait eu le rose qui avait passablement déçu mais il n’avait pas forcément déchaîné une telle contestation. En revêtant le gilet réservé aux circonstances imprévues et difficiles de la vie quotidienne, des milliers de citoyen.ne.s ont lourdement plombé le pouvoir en place.

L’agora réduite des ronds-points a fait naître des solidarités souvent hétéroclites mais précieuses dans un monde où le lien social se dilue dans l’acide de l’individualisme.

Rongé par des interférences violentes ayant souvent justifié des réponses vraiment démesurées des représentants de l’ordre le mouvement s’est peu à peu recroquevillé sur des manifestations réduites qui constituent des épines hebdomadaires dans les certitudes gouvernementales.

Ce sont aussi dans le fond des tisons sous la cendre des feux antérieurs pouvant être rallumées par le moindre souffle de vent contestataire. Or se profile le rendez-vous syndical du 5 décembre prochain avec des suites éventuelles avant la trêve des confiseurs. Et surtout une assemblée générale des « assemblées générales » des gilets jaunes destinée à ancrer les revendications dans le cadre républicain. Les élections municipales sont en vue.

Si les modalités de la gouvernance locale ne change pas il est fort possible que des réactions structurées mettent en cause les repères antérieures de la politique partisane. La structuration de ce qui se voulait spontané et épidermique constitue un enjeu réel pour le rendez-vous de mars.

La fièvre jaune même en ayant baissé d’intensité, témoigne encore de la volonté de transformer le système, revendiquer la justice sociale, refonder la démocratie directe, revendiquer des mesures fortes pour la protection de la planète. La conjonction de ces volonté vraiment politiques peut constituer le ciment d’une plate-forme d’action communale novatrice.

Les médias nationaux n’ont pas encore pris en compte un mouvement très diversifié mais bien réel qui se met en place. Des initiatives cherchent à agir et construire localement. Il y aurait eu plus de 230 groupes locaux de « gilets jaunes » présents à l' »Assemblée des assemblées » à Montceau-les-Mines, des dizaines de « Maison du peuple » sont en projet, des collectifs écolos se créent, les bases syndicales s’agitent (cf. ce qu’il se passe à la SNCF). Montpellier risque de constituer le vrai début d’une nouvelle donne municipale.

Pour l’instant les méthodes varient grandement. Certaines listes réputées citoyennes risquent de n’être que des « faux-nez » pour des militants de partis locaux ou d’ex-membres de ces mêmes partis s’étant récemment démarqués pour  accéder au pouvoir d’une autre manière.

D’autres sont vraiment résolus à conquérir des mairies de manière indépendante des partis existants, sans forcément transformer le système en profondeur. Ce sont des listes de « ripolinage » de la gestion locale.

Il existe aussi une minorité qui a élaborer une stratégie reposant sur divers outils : « assemblées citoyennes indépendante des partis » ; « pouvoir décisionnel final aux habitant.e.s » ; « référendums d’initiative locale » ; « transformation des conseils municipaux en simples relais des électrices et des électeurs »… Cette absence de consensus sur la méthode reste l’avantage le plus important des formes de pouvoirs actuelles.

(Toute) la Gauche qui devrait être en pointe sur cette « révolution » locale se contente de multiplier les retouches ou les replâtrages sans se mettre en cause et innover. Elle le paiera car ces listes si elles émergent dans un contexte d’affaiblissement général de son électorat elle va perdre bien de ses communes.

Incapable de construire un socle commun mettant en cause les « recettes » sur l’exercice du pouvoir local la Gauche institutionnelle poursuit sa course vers le précipice. Heureusement que l’imagination n’est pas vraiment présente ailleurs, ce qui peut provisoirement la sauver.

Les « gilets jaunes » et leurs « accompagnateur.trice.s » affichent réellement des volontés qui interpellent. Pour eux « les municipales ne sont pas une finalité mais un moyen pour transformer le système à la base ». Elles constituent « une opportunité de décider et d’agir à tous les habitants » et un moyen de « grignoter les bases du système – ces élus et notables qui sont souvent les instruments de la politique d’en haut, comme on l’a vu avec le Grand Débat national » et d’autres initiatives de démocratie réputée  « participative ».

Le printemps dira si la mayonnaise avec le « jaune » a pris… mais je pense sincèrement que quelques élus actuels devraient lire mon livre sur le « partage du pouvoir local…(1) » avant que d’autres le fassent !

(1) Le partage du pouvoir local Editions Le Bord de l’eau https://www.facebook.com/Le-partage-du-pouvoir-local-102978251140124/?modal=admin_todo_tour