C’était il y a maintenant plus de 50 ans. J’étais allé en voyage en RDA, alors recroquevillée derrière son mur de la honte, avec l’espoir de comprendre les raisons qui avaient bien pu pousser ce « pays » de l’Est à agir ainsi. Les rencontres institutionnelles au programme avaient permis un échange qui m’avait marqué. Les responsables politiques de la RDA se basaient sur une théorie qui n’a pas résisté à l’épreuve du temps et que tous les pouvoirs tentent de mettre en œuvre.

Quand un régime repose sur la propagande outrancière, il ne tolère absolument pas les intrusions extérieures susceptibles de casser les effets de ses montages outranciers. La RDA passéiste avait imaginé qu’une muraille lui permettrait d’endiguer le besoin de vérité d’un peuple, surveillé en permanence.

« Que feriez vous si vous voyiez une personne se jeter dans un puits ? Si cet endroit était un lieu dans lequel de nombreuses personnes se précipitent vous refuseriez de le rendre inaccessible et de le fermer ? » J’ai encore en mémoire notre discussion avec les représentants du Parti communiste est-allemand qui justifiaient ainsi l’existence du mur ! Ils prétendaient que la vie dans Berlin Ouest condamnaient ceux qui y partiraient « à devenir les esclaves du monde capitaliste ».

Il s’agissait pour eux de les « préserver » de cette mise en danger de leur intégrité morale. « Le mur protège notre peuple contre les attaques et les infamies commises à l’Ouest » expliquait-on dans les rencontre bilatérales entre étudiants. Il était pour eux un moyen de gérer la fuite vers la liberté alors que désormais on construit des murs beaucoup plus hideux pour empêcher les autres d’entrer dans la liberté par racisme et mépris.

Finalement le mur ne résista pas à cette propagande, comme la supercherie attendrissante d’Alex dans le film « Goog Bye Lenine » eut une fin. Les ondes , qu’elles soient  « radio » ou « ondes « télé »  ne s’arrêtent pas aux frontières. Et elles étaient déjà présentes en RDA, montrant un visage idyllique de l’occident et de sa société de consommation.

Impossible de résister à ce courant irrésistible qui tôt ou tard finit par emporter toutes les propagandes sur son passage. Désormais les landers de l’ex-RDA déçus votent en masse pour l’extrême droite allemande et les pays « amis » voisins dressent des murs de barbelés à leurs frontières !

Les Chinois ayant été mis en difficulté par le retour sur images des manifestations de la Place Tien An Men via les télévisions étrangères, a vite décidé de museler les possibilités de voir autre chose que sa propagande. Tant que le peuple chinois ne voyait que la « vérité officielle » sur les agissements des contre-révolutionnaires, il ne se posait pas trop de questions. L’intrusion d’éléments extérieurs via CNN a failli coûter cher au régime.

Maintenant on muselle Internet ou les réseaux sociaux. Tous les régimes autoritaires dressent des « murs » artificiels ou technologiques à part le malade de la Maison Blanche qui en décrétant la construction d’une muraille entre le Mexique et les États les plus racistes du Sud des USA a donner une image au moins aussi déplorable que celle de l’ex-RDA. L’Israël a également donné le signal en isolant la Palestine derrière plus de honteux des édifices.

La plus grande partie de cette « barrière » de 7 à 9 m de haut (sur 95 % de sa longueur) consiste en un système de protection multi-couches de 50 m de large, c’est-à-dire qu’il comprend sur des tracés parallèles avec une pile pyramidale de 6 bobines de fils barbelés et un fossé du côté cisjordanien ; un grillage central muni de détecteurs électroniques ; des fils barbelés du côté israélien ; des routes pour les patrouilles militaires de chaque côté du grillage central ; un chemin de sable qui doit permettre d’identifier les traces d’éventuelles incursions. Jérusalem est coupée en deux par cet édifice aux allures de rempart du moyen-Age. 

N’est-ce point un « mur aussi honteux » que celui de Berlin ? Peut-on considérer que les arguments des responsables politiques de l’ex-RDA avaient des fondements indignes alors que ceux des Israéliens ou des Américains seraient eux ceux de défenseurs de la liberté ? Les privations de liberté des régimes communistes étaient elles pires que celles imposées aux immigrants, aux réfugiés, aux pourchassés par des autocrates de tous poils ? 

Fanchir librement comme je l’ai fait à la mi-juillet 1967 « Check Point Charlie » au milieu des barbelés et devant des soldats en armes doit-il être considéré comme un acte de bravoure quand des femmes et de enfants ne parviennent pas dans notre monde à trouver un trou dans des murailles mortelles et sans pitié ? Les Palestiniens sont-ils moins malheureux que les ex-habitants de la RDA ? 

La Méditerranée, la Manche ou le Rio Grande ne sont-ils pas des « murs » mortels pour des milliers de jeunes n’aspirant qu’à la liberté  ? N’existe-t-il pas en ce jour de réjouissance d’autres installations à faire tomber en Europe, en Asie, en Afrique, en Mérique et à laquelle aucun discours ne feront référence ?

Les murs sont faits pour être abattus. Tous être abattus ! Tous dénoncés. Tous condamnés. Sauf que les grands de ce monde libéral sans humanité n’iront pas se fâcher avec des régimes politiques qui appartiennent à leur conception sélective de la notion de liberté. On meurt toujours devant un mur et la honte n’a plus aucun sens.