De multiples listes se parant de l’adjectif « citoyennes » émergent dans les villes et les villages en vue des élections municipales. Comme il ne s’agit pas d’une appellation d’origine protégée ou contrôlée il va être extrêmement difficile pour le(la) citoyen.ne de repérer les contrefaçons. En effet comme il n’existe absolument pas de stratégie réelle en la matière à part des promesses de concertation et de consultation plus ou moins élaborées, il est évident que des illusions seront entretenues et des engagements illusoires.

Dans le fond il ne faut pas nécessairement afficher son intention de pratiquer la « démocratie participative » pour entrer dans le nouveau monde. Pas plus que l’appartenance partisane est un signe de gestion de la cité, celle de la revendication « citoyenne » ne confère un label fiable. Il n’est pas indispensable d’avoir une investiture « verte » pour décliner des mesures fortes en faveur de l’environnement, celle des socialistes pour mettre en œuvre la solidarité ou celle de Les Républicains pour afficher une gestion rigoureuse.

Il arrive malheureusement pour « LA » politique qu’il y ait au quotidien des grands écarts entre les programmes déclinés sur papier glacé et leurs mises en œuvre. C’est la raison qui poussent des électrices et des électeurs à changer la donne. 

Pour avoir rencontré des embryons d’équipes « citoyennes » en gestation il me faut reconnaître que leur motivation réconforte. D’abord parce que leurs membres sortent de cette passivité généralisée qui instille un poison mortel dans les « veines » de la République. Ils (elles) affichent une réelle volonté d’agir, de sortir du triptyque « maison, gazon, télévision » pour passer en mode « action, passion, gestion ». Parfois malheureusement perce dans les propos une forme de  « dégagisme » qui ne conduit guère à l’optimisme sur la solidité des engagements.

Avant de se lancer dans l’aventure d’une autre forme revendiquée de travail collectif il est ensuite souvent décevant de constater le niveau faible pour ne pas dire inexistant des connaissances individuelles relatives aux réalités communales actuelles. Le contexte actuel de la vie locale s’avère beaucoup plus complexe que ne le laissent apparaître des perceptions superficielles. On peut se rêver « citoyen » et se retrouver « sujet » ! 

Quid du prochain mandat après le passage de la réforme fiscale ? Quel avenir institutionnel pour les communes dont l’on prétend dynamiser, ouvrir, émanciper les habitants quand désormais une bonne part du pouvoir est transféré vers des intercommunalités de plus en plus puissantes ?

Comment prétendre promouvoir la co-construction sur des compétences de plus en plus restreintes ? Imagine-t-on que l’État actuel ne cesse de rogner les espaces créés par le décentralisation Deferre ? Sait-on que les collectivités locales ont perdu de fait à chaque loi des finances une part de leur libre gestion ?

Pour devenir « citoyenne » la gestion locale doit reposer une volonté forte, claire, concrète de défendre le niveau communal. Elle repose en effet sur le suffrage universel direct et sur la responsabilité des élu.e.s vis à vis de leurs mandants. Et c’est pas gagné !

Dans certaines collectivités de base, le conseil municipal ne gère plus en effet que le curage des fossés, les trous dans les routes communales, le cimetière, les bâtiments scolaires, l’attribution de la salle des fêtes si elle existe et des travaux d’embellissement du centre du village ou la préservation d’une église ne servant quasiment jamais ! Le mot  « compétence » fondamental à comprendre et à évaluer avant d’élaborer des théories splendides mais sans objet n’est pas forcément le plus connu.

La citoyenneté ne peut pas être revendiquée par les élu.e.s mais ces derniers doivent avoir comme seul objectif de la développer dans toute la société, de la faire germer, de la faire grandir pour qu’elle s’exprime lors des autres rendez-vous cruciaux pour la démocratie. Il faut plusieurs mandats, une résistance morale à toute épreuve, une pédagogie courageuse, une stratégie des petits pas pour détruire des années de surconsommation dans tous les domaines de la vie publique.

Une liste citoyenne est exigeante, dévoreuse d’énergie, délicate à faire vivre. Elle ne doit comporter que des actrices et des acteurs quotidiens potentiels de la vie communale qui ne poseront pas leurs fesses sur une chaise ou un fauteuil à quelques reprises dans une salle institutionnelle. Le savent-ils vraiment ? Comment leur expliquer que c’est davantage plus de rigueur, de temps, de pugnacité ? 

Une liste citoyenne doit construire le pouvoir de tous pour tous… et c’est un défi plus large que celui de concerter sur les couleurs des salles de classe, le choix des plantes, la place des bancs ou la programmation du repas des aînés. La mutation des esprits relève de la révolution culturelle. C’est un tout ! C’est de LA politique ! Et c’est pas gagné…