Le coronavirus va devenir le bouc-émissaire de tous les malaises de notre société et va surtout révéler encore une fois, la réalité de l’état de la France. Elle est apeurée voire angoissée, désenchantée voire dépressive, intolérante voire raciste…Il suffit qu’un épisode paraissant irrationnel se profile, amplifié par les télés ou radios perroquets et illico une psychose plus ou moins prégnante se développe. Ce constat peut s’effectuer sur n’importe quel sujet et à propos de n’importe quel fait même le plus minime. Ce n’est qu’un affaire de valorisation médiatique.

Actuellement l’épidémie de grippe est en pleine expansion partout en France qui entre en phase pré-épidémique. Selon Santé Publique France, 22 personnes sont mortes en France de la grippe saisonnière depuis le mois de novembre, un bilan qui devrait augmenter dans les semaines à venir. Les victimes sont « deux enfants de moins de 15 ans, 12 cas âgés de 15-64 ans et huit cas âgés de 65 ans et plus », explique froidement l’agence qui surveille ces épidémies.

Depuis début novembre, « 244 cas graves de grippe ont été signalés » et admis en réanimation, dont 29 la semaine passée. L’âge moyen de ces cas graves est de 53 ans, et les trois quarts présentaient des facteurs de risque (âge supérieur à 65 ans, maladies chroniques comme le diabète ou une insuffisance cardiaque et respiratoire…).

Chaque année, cette maladie virale touche 2 à 6 millions de personnes en France et fait 10.000 morts en moyenne, selon les chiffres officiels. Au niveau mondial, le nombre de morts annuels est estimé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) entre 290.000 et 650.000. Des statistiques devenues extrêmement banales et qu’il faut ramener dans notre pays au nombre d’habitant.e.s. On ne les considère pas comme alarmantes puisqu’elles ne stigmatisent pas un type de population.

En ce qui concerne le coronavirus il n’a pas malheureusement réveillé que les peurs d’une maladie inconnue propre à toutes les époques. Sa venue de Chine a fait ressurgir le vieux fantasme du «péril jaune», partagé par de nombreuses sociétés occidentales dans lesquelles les asiatiques sont associés à des menaces économiques, démographiques, culturelles. Depuis des décennies l’idée d’un impérialisme chinois a parcouru la société.

Le livre de Alain Peyrefitte « Quand la Chine s’éveillera » a joué un rôle particulier dans cette « peur » de tout ce qui arrive de l’extrême-orient. En effet en évoquant le fameux « péril jaune » on joue sur un registre de fantasmes, de peurs. La France ne vit d’ailleurs que sur des peurs successives ou cumulées qui sont exploitées à fond la caisse par les tenants d’une forme de populisme catastrophique.

Certaines demandent l’interruption de tout contact avec la Chine…et bientôt l’expulsion des Chinois de notre territoire. Les mêmes demandent, selon leur degré de haine, des mesures similaires envers les réfugié.e.s, les migrant.e.s, les Roms, les musulman.e.s, les Juifs comme au fil des ans ils l’ont eu demandé pour les protestants, les communistes, les francs-maçons, les Communards.

Mieux 20 minutes.fr raconte deux histoires qui font froid dans le dos : « Je me suis fait interpeller par une personne qui est venue me dire « Les Chinois, les Vietnamiens et les autres c’est tout pareil, vous avez le coronavirus » : le racisme quotidien se retrouve exacerbé avec ce virus. » explique une jeune fille française vivant depuis sa naissance en France.

Des attaques gratuites, qu’une autre citée par le site a vécues. Seulement parce qu’elle est « typée asiatique » : « Je vais à la cafétéria du Crous pour prendre un goûter, un groupe d’étudiants s’aperçoit de ma présence et me dévisage… Un garçon dans ce groupe met son écharpe sur sa bouche, une fille s’étale sur son amie pour m’éviter et sort « j’aime manger des nems mais je ne veux pas manger chinois ces derniers temps ». Je n’ai pas réagi sur le coup non plus, j’étais tellement choquée de la violence des mots et de cette humiliation que je n’ai rien fait. ».

Un troisième est tout aussi significatif puisque qu’une caissière de grande surface d’origine asiatique a constaté que des client.e.s changeaient de file en la voyant. Pour peu que la personne originaire d’extrême-orient ait un masque ou qu’elle éternue et la méfiance devient… maladive ! il ne manquerait pas qu’un musulman asiatique originaire de Wuhan porte le coronavirus pour que l’affaire prenne une importance considérable

La mondialisation des échanges humains provoquera de plus en plus de crises sanitaires et renforcera ce sentiment éternel et irrationnel voulant que l’autre soit dangereux. Et ça monte… sa monte… ça monte comme la fièvre (surtout pas jaune) des grippés de France et de Navarre. En attendant ce sont les fabricants chinois de masques qui se frottent les mains…