conscience

Si le vote des 41 député.e.s en marche vers une décision déshumanisée relative au congé parental après le décès d’un enfant est révoltante sur le fond, elle n’est en définitive que le reflet du fonctionnement de l’Assemblée nationale. Ce lieu de pouvoir réputé être celui de la démocratie représentative au plus haut niveau n’a plus grand intérêt dans son système de fonctionnement actuel. La Constitution de la V° République avait voulu qu’elle soit une chambre d’enregistrement des volontés présidentielles et elle tient parfaitement son rôle.

Dans la nuit ou surtout en fin de semaine il ne reste que des député(e)s dits de permanence pour chaque groupe parlementaire afin que les discussions aillent toujours dans le sens voulu par le gouvernement. Lors de la discussion sur la durée du congé lié au deuil le plus douloureux qu’un être humain ait à supporter ils sont 80 présents dans l’hémicycle dont une quarantaine de la majorité présidentielle. Leur mission est simple : lever la main selon la position qui leur a été demandé de soutenir et faire semblant de débattre.

Le rapporteur de cette proposition d’allongement pourtant pas fondamentalement hostile à la majorité, avait jugé que cinq jours n’étaient “pas à la hauteur” pour “reprendre pied suite à la mort d’un enfant”, en appelant à l’“humanité” de ses collègues. Il avait rappelé que chaque année en France, 4.500 enfants meurent avant d’avoir atteint la majorité ce qui plongent leurs proches dans le désarroi le plus total.

Celles et ceux qui ont dû affronter un drame de ce type savent ce qu’il peut représenter. En réponse, une députée zélée, mère de deux enfants et infirmière libérale, avait défendu la “possibilité pour l’employeur de créer un compte de don” de RTT, la ministre du Travail en personne mettant aussi en avant que le texte tel que rédigé ne reposait pas sur la solidarité nationale, mais sur un congé “payé 100% par l’entreprise”… C’est donc bel et bien sur consigne du gouvernement que la proposition devait être rejetée. La consigne l’a emporté encore une fois sur les consciences et elle l’a été.

Ce cas exceptionnel mis sur la place publique n’est pourtant pas isolé et il faut le reconnaître il est le propre du fonctionnement de l’Assemblée nationale depuis 1958. La Constitution a fondé une instance de «godillots» pour reprendre une dénomination qu’Antoine de Baecque avait inscrite dans « les Godillots : Manifeste pour une histoire marchée (sic)« .

A l’époque, les députés gaullistes revendiquaient un soutien inconditionnel au Général. »Ce que l’un d’eux traduit par une image martiale : ‘Nous sommes les godillots du général' ». Le canard enchaîné utilise à satiété l’image. Le député « godillot » devient « synonyme de ringardise, d’obéissance aveugle, pour tout dire de bêtise » et en 1967, « le Volatile » publie même un « Dictionnaire des godillots ».

Très rapidement les député.e.s qui ne soutiennent pas inconditionnellement leur majorité (ou même simplement leur groupe) sont marginalisés. C’est une constante dans absolument tous les partis et souvent dans toutes les instances délibératives : il faut accepter l’inacceptable au nom de la « solidarité » dans l’action. Et pourtant…

On a donc trouvé jeudi soir exactement 40 député.e.s pour lever la main sans trop d’états d’âme et repousser une telle demande au nom de pseudos problèmes financiers créés au capitalisme. Deux d’entre eux se sont abstenus… et comme dans le camp adverse toutes tendances réunies ils n’étaient que 38 la proposition d’allongement à 12 jours a été repoussée. Cette faute a été expliqué avec son talent habituel par la Ministre qui a reconnu « une faute collective » oubliant qu’elle pouvait l’éviter simplement en levant la consigne donnée par son cabinet.

Ayant été suppléant durant deux mandats de Martine Faure, députée honnête jusqu’au bout des ongles je sais le poids que représente ce fonctionnement verrouillé. Se faire classifier dans la catégorie des « frondeurs » a été brandie lors de la législature précédente et étalé dans la presse. Tout parlementaire ayant une position différente de celle souhaitée par le gouvernement (ou son groupe) doit utiliser des subterfuges pour échapper aux consignes (absence au dernier moment pour diverses raisons).

Martine m’a toujours consulté sur les choix qu’elle avait à faire s’ils étaient problématiques vis à vis des valeurs qu’elle portait. Ainsi elle n’avait pas soutenu la loi NOTRé ou la déchéance de la nationalité et c’est un secret de Polichinelle qu’affirmer que son engagement avait fini par s’user au fil du temps.

La démocratie montre chaque jour ses limites et elles deviennent de plus en plus incertaines tellement le système politique ne repose que les apparences. Il y a des députée.e.s qui vont désormais avoir du mal à lever la main… et qui pourraient prendre des congés !