J’avoue que je suis un peu lassé de balancer chaque jour depuis maintenant 14 ans des « bouteilles à la mer » sur les évolutions sociales et politiques. Elles mettent beaucoup de temps à gagner une plage des débats souvent ballottés par des tempêtes médiatiques qui les engloutit. Alors je vais m’amuser en vous contant quelques moments de ma vie publique. Ce ne sera que pour le plaisir… Et j’entame une série sur mes déplacements parisiens.

La première fois que j’ai eu à gagner la capitale c’était en 1970. Jamais je n’avais pris le train et encore moins le métro. A la suite de Marc Boeuf (1) et après quelques mois d’intérim de Dupont, fille de l’emblématique secrétaire général du Syndicat national des instituteurs George Fumé, j’avais été élu conseiller syndical et responsable de la commission des jeunes (j’avais 23 ans) de la section Girondine du SNI. Difficile à cet âge là d’avouer que le fait de monter à Paris générait pour moi une angoisse particulière. Et pourtant il me fallait me rendre à la commission nationale en mars 70 pour y représenter le département.

Inutile de préciser que lé déplacement il y a un demi-siècle n’avait rien de commun avec ceux de maintenant. Près de 5 heures de train dans un sens et dans l’autre avec une arrivée à la gare d’Austerlitz ce qui rendait impossible l’aller-retour dans la journée. J’eus donc ce jeudi là de débuter mon périple dans un wagon couchettes afin d’être opérationnel le lendemain à la première heure.

Nul peut imaginer ce qu’a représenté mon installation dans l’espace réduit de deuxième classe de ce lieu aujourd’hui disparu.

Le sac à viande « logotisé » SNCF en lettres rouges, le cuir robuste du « matelas », la grimpette par le bout d’échelle, la promiscuité avec des inconnus et surtout la difficulté de déplier ma carcasse certes plus svelte mais pas moins haute que maintenant me restent encore en mémoire. La nuit marquée par le tac-tac, tac-tac des roues sur les joins de rails ne fut donc pas la plus agréable de ma vie !

Le soleil se levant sur Austerlitz n’avait rien de glorieux… car la bataille la plus dure débutait : trouver le lieu où allait se dérouler la bataille idéologique. Et quand vous ne connaissez pas le « terrain » parisien et les pièges qu’il recèle trouver son chemin allait relevé de la victoire historique. J’avais la ligne de métro et la station mais pas les repères du sens dans lequel il fallait partir.

S’adresser à un Parigot pressé avec l’accent bordelais pour demander si l’on va dans la bonne direction relevait de la flagellation psychologique. Il fallut pourtant en passer par là à plusieurs reprises avec l’adresse de ma destination en mains afin de gommer ma hantise d’être en retard.

Pas rasé (ce n’était pas encore à la mode chez les instits) un tantinet fripé et un zeste ensommeillé, je finis par trouver la salle…

Stylo Bic en mais en cahier pour prendre des notes je m’installais en bon élève discrètement au milieu des délégués présents. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que le responsable national avait une stature de tribun et un talent pour le verbe assez exceptionnel. Je découvrais un syndicaliste exceptionnel du nom de Michel Bouchareissas ! Nouveau secrétaire national du SNI ila manie la formule avec une splendide aisance.

J’ai toujours en mémoire celle concernant ce que l’on appelait les « suppléants éventuels », personnels sans statut, sans garantie sociale qu’utilisait alors l’éducation nationale pour pallier le manque de titulaires : « ce sont les Portugais (sic) de l’éducation ». Que dirait-on maintenant ? « Boucha » que j’ai appris à connaître ensuite était un combattant doté d’une énergie extraordinaire…

Impressionné et conquis je pliais mes affaires à midi lorsque Claude Vieira mon homologue basque lança un tonitruant : « les Aquitains on déjeune ensemble ! » Une invitation qui me rassura puisque je ne savais vraiment pas où manger. C’est ainsi que le jeune garde montante se rendit au restaurant « Les Ministères » dans le quartier du pouvoir central… Un lieu fréquenté par les hauts fonctionnaires et le personnel politique. Claude Vieira installa son monde autour d’une table commune…

(à suivre)

(1) Marc Boeuf militant laïque devint directeur de la section girondine de la MGEN, conseiller général de Boredaux-Nord, premier vice président du département puis sénateur aux cotés de Philippe Madrelle

(2) Michel Bouchareissas devint président emblématique du comité national d’action laîque après l’élection de François Mitterrand

(3) Claude Vieira occupa de nombreuses fonctions syndicales nationales