Un système à bout de souffle

La popularité, c’est l’opium de la politique, la drogue absolue qui permet d’oublier parfois les accidents de la vie publique. Être « populaire », c’est à dire au sens littéral être aimé ou au moins reconnu par le Peuple, devient un enjeu de gouvernance. Il est, en effet, de plus en plus facile de caresser l’opinion dans le sens du poil à partir des fameux sondages. Le but reste de fédérer autour de soi un maximum d’approbations sur un sujet défini. Une belle annonce, bien construite, avec le soutien subjectif des médias, permettra de persuader celles et ceux qui ne demandent qu’à l’être, que l’on répond à leur attente. Le principe a toujours existé, mais il n’a jamais été aussi développé. Chaque jour, des cellules travaillent d’arrache-pied, à partir d’enquêtes générales d’opinion, pour que l’image des gouvernants qui comptent colle aux besoins recensés. Il y a donc deux actes essentiels : l’un qui consiste à construire une « opinion dominante », en mettant en évidence, en accentuant des faits ponctuels (insécurité, nécessité des réformes, faiblesses du système éducatif, obligation de renflouer les constructeurs automobiles ou les banques, violences urbaines ou scolaires…) et l’autre, ensuite, en exploitant l’opinion dominante que l’on fait monter comme des blancs en neige ! Dans le premier cas, il faut alimenter la bête médiatique (d’où l’importance stratégique de contrôler l’AFP et les chaînes de télé) et nourrir son besoin permanent d’informations fraîches ou de polémiques sans risques. On divulgue en douce, on fabrique des interviews (désormais c’est l’Elysée qui fournit, comme pour la presse écrite africaine, des entretiens clés en mains, sans frais, sans travail réel et sans surprise), on « fuite », on « copine », on « arrose » afin que tout soit, en apparence, spontané. L’essentiel, c’est que la popularité se construise ou se reconstruise sur des faits juxtaposés, qui concourent à l’efficacité de la femme ou de l’homme politique que l’on doit vendre ! Souvent, c’est au mépris absolu de la vérité, mais on n’en a cure… ce qui compte, c’est d’occuper l’espace médiatique.
C’est la raison pour laquelle le Parlement doit se plier aux exigences des sondages, et renoncer à sa conscience pour n’appliquer que des consignes. Intimement convaincus du caractère néfaste de certaines propositions (réforme des collectivités territoriales), ils savent qu’elles s’inscrivent dans un plan global de communication sur le thème : « L’État est certes ruiné, mais pas question que les régions et les départements, majoritairement socialistes, continuent à mettre en évidence qu’il y a une autre gestion possible du pays). Pour tenter de juguler son hémorragie de « popularité », le Chef de l’État tente, par anticipation, de diluer sa responsabilité dans la crise terrible qui va secouer la France! Pourquoi a-t-on interdit le mot « rigueur » ou le mot « austérité »? Uniquement parce que ce sont des références… impopulaires.
Le peuple croit que les élus sont « trop payés » (alors qu’ils ne sont que maigrement indemnisés, pour 90 % d’entre eux), on lui vend une réforme efficace : diminuer leur nombre, sans se soucier des dégâts démocratiques créés. Le peuple se plaint que la justice populaire est indulgente : on va proposer de supprimer les jurys citoyens ! Le peuple veut une école traditionnelle fabriquant des cerveaux peu pleins : on le persuade que plus rien ne va, et qu’en réformant les rythmes scolaires, on redonnera un sens à l’éducation ! Et tout est ainsi : une malheureuse mère se trouve confrontée à un horrible drame : Morano propose illico une alarme spéciale dans les automobiles ! Le système tourne à plein régime, avec des médias qui survolent les événements et se contentent souvent du « prêt à publier ou à diffuser » gouvernemental. Seulement, il arrive un moment où la « mayonnaise », même parfaitement maitrisée, ne prend plus… La répétition trop voyante de la méthode finit par ne plus avoir de prise sur l’opinion !
Nicolas Sarkozy chute de quatre points en juin pour ne recueillir que 34% de bonnes opinions, son plus mauvais score depuis son élection à l’Élysée en mai 2007, selon un sondage Viavoice paraissant ce matin dans « Libération ». Le président obtient 64% d’opinions négatives, soit cinq points de plus que le mois dernier (59%). Et ce n’est pas le seul repère, car tous les autres concordent : le Chef de l’État français est inaudible, car il a abusé de tous les stratagèmes possibles, et maintenant il se trouve dépourvu d’armes tactiques de communication. Le peuple qui construit ou détruit la popularité a senti, malheureusement inconsciemment, pas de manière durable, le décalage considérable entre les affirmations présidentielles et la réalité des actes. L’indifférence constatée lors de tous les scrutins reflète cette déshérence dramatique qui s’installe…
C’est la rançon d’une gouvernance manquant à tous les principes qui fondent la république. La perte de crédibilité vient des premières semaines de son mandat, où il a accumulé les erreurs irrécupérables par excès d’orgueil. Il traîne comme un boulet son « paquet fiscal ». Il ne peut plus se débarrasser de toutes les erreurs commises au nom de la défense d’intérêts particuliers, confondus avec l’intérêt général. Il s’enferre dans des références au passé, déconnectées bien évidement du contexte de la période où elles ont été construites. Il nie la réalité, alors qu’elle entre dans tous les foyers. Il n’est plus maître du navire France, emporté par les courants financiers sous-marins vers des écueils qu’il n’évitera pas. Il y a fort à parier qu’après les vacances, et une série de mesures drastiques imposées par la situation réelle, la cote d’impopularité atteindra des sommets. Mais la gauche aurait tort de croire en sa victoire en 2012, puisque que le peuple transforme vite les martyrs en héros ! Il arrive même que l’on en fasse des saints. C’est ça la popularité !

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3 réponses à Un système à bout de souffle

  1. Alcide Nikopol dit :

    Notre guide spirituel nous montre l’Univers à conquérir, tandis que d’autres regardent les sondages…
    Ce n’est pas en 2012, mais en 2028 quant son fils Jean 1er Sarközy de France et de Nagy-Bocsa remplacera son (notre) père (éternellement regretté) que l’on devra se poser la Question !
    Aura-t-il ce même don visionnaire pour notre Grande Patrie Franceurope ?
    Et Notre excellente Equipe de « Franceurope Boboloré-Bouigue-Barière » gagnera-t-elle la Coupe du Monde de fouteballe des Empires en 2030 ?
    Mémento : Son auguste Père, protégé par son bouclier FirstCall, l’avait gagné Lui, en 2010 lors du sommet françafrique trois semaines avant le lancement de la Coupe du Monde !
    Trop fort il était, car c’est déjà la bande de ce Grant Timonier de l’Espèce Humaine qui contrôlait tous les nouveaux jeux de hasard concurrents de FDJ. Trop fort, j’vous dis ! !

  2. Michel d'Auvergne dit :

    Salut Jean-Marie,
    On peut laisser tomber la « Françafrique »,(Ne pas confondre avec la « Franceàfric » réservée à une élite porteuse de Rollex et de « raie-banne »!) on est devenu une république bananiere… Avec des figurants hors de prix. Il conviendrait d’autre-part de recadrer Mamie Lolo, (Mme Parisot pour l’état-civil) qui en à rajouté une couche sur les retraites en prétendant carrément que la retraite à 60 an était un « mensonge », une provocation qui ne redore pas le blason du patronat, je doute fortement que cette afirmation soit cautionnée dans ses rangs…

  3. JC dit :

    JMD je suis parfaitement en accord avec tes propos; mais attention ne permettons
    pas à ce qui tirent les ficèles au nom de la mondialisation et de l’argent d’en faire un martyre car les gens dans ce cas là prennent malheureusement partis pour lui; et cela permettrait à ceux qui tirent les ficèles de pouvoir continuer et intensifier avec l’accord du citoyen une politique qui ne favorise que les nantis.
    Et là les médias ne pourraient qu’obéir au pouvoir en place et cela sans faille…!!!
    C’est pour cela qu’il faut soutenir la démocratie et la republique.

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